Mardi 17 octobre 2017 — Dernier ajout lundi 30 octobre 2017

17 octobre : Journée mondiale du refus de la misère

Ce 17 octobre 2017 marque les 60 ans de la création d’ATD-Quart Monde par le père Joseph Wresinski. Chaque année, à cette date, est célébrée la Journée mondiale du refus de la misère. Une cérémonie solennelle se déroulera à 16h30, place des Droits de l’Homme à Saint-Brieuc, en présence de la maire Marie-Claire Diouron. Explications avec le diacre Jean-Claude Lemercier, délégué épiscopal à la diaconie de l’Église.

- Vous avez travaillé durant quelques années auprès du père Joseph Wresinski, que pourriez-vous dire de sa pensée ?

Joseph Wresinski est un prêtre diocésain français. Il a fondé le Mouvement des Droits de l’Homme Agir Tous pour la Dignité ATD Quart Monde. Deux situations ont fait de lui cet initiateur de la lutte contre la misère : son origine sociale et son attachement au Christ.
Le père Joseph, comme je l’appelais, a vécu la misère durant son enfance. Il servait la messe le matin chez les sœurs du Bon Pasteur, à Angers, pour avoir une soupe. Il a travaillé comme apprenti pâtissier et très vite a rejoint la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), puis il est entré au séminaire. Ce n’est pas une philosophie que le père Joseph a acquis. C’est une spiritualité qui s’enracine dans une vie partagée, à travers la reconnaissance d’un peuple : celui du quart monde, avec son histoire, sa fierté, son espérance. Cet enracinement s’inscrit à la suite du Christ. Sa pédagogie est celle du compagnonnage avec les plus pauvres. Je l’entends encore me dire : si tu discutes avec une personne et qu’une plus pauvre vous croise, quitte la première et va rejoindre la seconde. Le père Joseph a fondé un mouvement interconfessionnel, inter politique. Il croyait à une communauté de destin, dont les personnes les plus pauvres seraient le centre, le cœur du dispositif. Le père Joseph voulait que les familles du quart monde montent les marches de l’ONU, du Vatican, de l’Élysée. C’est aujourd’hui une référence dans la lutte contre la pauvreté, pour l’accès à l’école, au travail, aux soins, au logement, à la culture pour tous. Outre « les pauvres sont l’Eglise (1) » il a écrit « Heureux, vous les pauvres !(2) » et encore « Les pauvres, rencontre du vrai Dieu (3) » .
Le jour de mon ordination diaconale, le 17 octobre 2004, nous avons lu les strophes du père Joseph à la gloire du quart monde de tous les temps que nous redisons chaque 17 octobre lors de la Journée mondiale de refus de la misère.

- En quoi est-il important de remettre la question des pauvres au cœur du débat ?

Cela oblige la société à prendre soin des plus fragiles de ses membres. Une société qui ne prendrait pas cette responsabilité ne peut pas s’inscrire dans le développement durable de l’homme, comme nous l’a écrit le pape. Prendre soin des pauvres pour une société c’est grandir en humanité. « Liberté égalité fraternité » prend alors tout son sens. Sinon, je crains que la violence ne prenne la place. Si nous apprenons des plus pauvres, nous touchons tout le monde. Si nous ne décidons pas des choix de société en prenant en compte les plus pauvres, nous aurons toujours des oubliés.

1 Les pauvres sont l’Eglise. Entretiens entre le père Joseph Wresinski et Gilles Anouil – Joseph Wresinski, Cerf § Editions quart monde, Paris, 2011, 247 p
2 Heureux vous les pauvres ! , Joseph Wresinski. Cana, coll. L’Evangile lu par les plus pauvres, Paris, 1984, 293p.
3 Les pauvres, rencontre du vrai Dieu, Joseph Wresinski. Cerf/Sciences et Service, Paris, 1986, 158 p.

Sur la photo : Dalle apposée le 17 octobre 2011 place des Droits de l’Homme à Saint-Brieuc.