Le chant dans le liturgie
Jeudi 13 janvier 2005 — Dernier ajout mercredi 17 août 2011

3- Le chant et le temps liturgique

Nous avons déjà indiqué que pour choisir un chant qui convienne bien à la célébration liturgique, deux critères étaient essentiels : la foi exprimée par les paroles et la façon dont le chant était bien articulé au rite célébré.
Un troisième critère doit encore être considéré : celui du temps, du temps liturgique

L’année liturgique

Depuis les début du christianisme, la Pâque du Christ a tenu un rôle central dans la vie de l’Église, Pâque comprise dans sa globalité : incarnation, passion, mort et résurrection, glorification. Et très tôt, les chrétiens ont célébré le Mystère pascal chaque dimanche. Ils ont aussi célébré la fête de Pâque.

C’est à partir de ces deux pôles que l’année liturgique s’est progressivement développée : Pentecôte, Avent, Épiphanie, Carême.
La rosace liturgique

Elle a une fonction structurante du chrétien et, si elle est répétition, ce n’est pas pour enfermer le chrétien sur lui-même,mais pour le faire participer à ce grand mouvement de salut qui va de la mort à la vie, pour que sa propre histoire soit saisie dans l’histoire de l’Alliance.

L’année liturgique est le temps de Dieu qui agit , et le chrétien se laisse modeler par un Dieu qui l’oblige à un déplacement permanent, celui de l’expérience catéchuménale en tant qu’elle apprend un nouveau rythme de vie.

L’année liturgique n’a donc rien d’un film ou d’un feuilleton aux multiples épisodes retraçant la vie de Jésus. Son but est de donner sens à notre vie, un sens que nous avons à vivre et à interpréter de dimanche en dimanche.

La célébration liturgique

Cette notion de temps liturgique va fortement marquer la célébration liturgique, et il serait sans doute bon qu’on en tienne un peu plus compte lorsque nous choisissons les chants ou l’ordinaire de la messe.
Chasuble violette
Ceux qui ont un certain âge se souviennent certainement comment Rorate coeli ou Venez divin Messie, alliés au changement de couleur des vêtements liturgiques et à une certaine retenue de la célébration caractérisaient ce temps si particulier de l’Avent et indiquaient , sans aucun discours inutile, cette tension vers la venue du Christ. Le temps liturgique disait avec justesse ces moments où le temps de Dieu croise le temps des hommes.
Chasuble rouge
Nous devrions mieux tenir compte de cette réalité spirituelle qui donne des points de repères à la vie chrétienne. Nos célébrations ont à rendre compte, particulièrement par le chant, du moment du mystère chrétien célébré. On ne célèbrera pas le deuxième dimanche de Carême comme le jour de Pâques, ou le dimanche des Rameaux comme le 25e dimanche du temps ordinaire.

Notre manière de colorer la célébration par les chants et l’ordinaire choisis doit tenir compte des caractéristiques de la rencontre de Dieu et des hommes dont nous faisons mémoire. Et même si c’est Pâques tous les dimanches, nous n’allons pas faire de chaque dimanche un dimanche de Pâques, sinon nous brisons le cycle de la révélation, nous faisons voler en éclats les repères et les structures du croyant.

Cela signifierait que nous sommes incapables de prendre en compte la temporalité de la vie du croyant, et il serait aussi saugrenu de chanter « Seigneur, avec toi nous irons au désert » le jour de l’ascension que de promener un Père Noël sur les plages au mois d’août !

Le choix des chants

Dans le choix des chants et des pièces de l’ordinaire, il faut être attentifs au temps liturgique et ne pas vouloir toujours coller systématiquement aux textes du jour.

Avant de célébrer des idées, si belles soient-elles, c’est le Seigneur ressuscité que nous célébrons, c’est l’action de grâce que nous faisons monter dans l’eucharistie.

Cela veut dire qu’il ne faut pas changer de chants ou d’ordinaire tous les dimanches.

Au contraire, il faut avoir un « chant-signal » pour tout un temps liturgique, au moins pour les grands temps liturgiques. Ce chant qui sera repris plusieurs dimanches à la suite marquera nettement le temps de Dieu dans l’histoire de notre propre salut.

Et pour éviter un éventuel ennui, une possible saturation de l’assemblée, on pourra varier les mises en œuvre du chant retenu. (je crois pour ma part que ce sont les animateurs plus que l’assemblée qui manifestent ette crainte de la redite : une assemblée chante toujours avec plaisir ce qu’elle possède bien dans sa mémoire.)

Il faut aussi , pour les grands temps liturgiques, savoir choisir un ordinaire de la messe qui colore la célébration : retenu et plus intimiste pour l’Avent et le Carême ; populaire et festif pour Noël, Pâques et la Pentecôte ; plus neutre pour le temps ordinaire.
On voit que si chaque communauté portait ce souci, quatre ou cinq Kyrie, Saint le Seigneur, Agneau de Dieu suffiraient, comme deux Gloire à Dieu ou deux Credo.

Une telle pratique aurait l’avantage de créer par le chant, une vraie mémoire de l’année liturgique, et donc de l’histoire du salut. Ce serait particulièrement important pour structurer la foi des enfants, comme le sont les ornements aux couleurs différentes, les lumières ou l’encens plus ou moins abondants, les bouquets plus ou moins colorés, etc…

Ainsi, sous l’apparence d’un perpétuel recommencement, on ferait découvrir à nos communautés chrétiennes la radicale nouveauté d’un Dieu qui sans cesse vient à la rencontre des hommes.