Renouveau charismatique
Mardi 2 décembre 2008 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

À propos du discernement des esprits, du discernement des charismes

Brève introduction à ce que l’on nomme discernement spirituel

Cet article devrait permettre de mieux se représenter ou comprendre ce que recouvre le terme discernement spirituel parfois mal compris, bien que faisant partie du vocabulaire traditionnel de l’Église.

Dans la vie quotidienne, notre pensée est sans cesse en mouvement, un flot permanent d’informations, de suggestions, de raisonnements divers vient la solliciter. Et nous sommes poussés à agir, par toutes sortes de mouvements variés, par des incitations intérieures ou extérieures, venant de notre entourage, de notre environnement immédiat.

Que se passe-t-il en moi ? les « esprits » qui m’agitent

Chacun de nous ne peut donc faire autrement que de trier, parmi toutes les multiples sollicitations qui le travaillent. Pour certains, ils n’ont pas décidé : « je n’avais pas le choix,… j’étais obligé… pas pu faire autrement… » : est-ce si sûr ?
D’autres s’inquiètent, ou sans aller jusque là, s’interrogent : comment sélectionner, dans tout ce flot, ce qui convient le mieux ?

Chacun oriente ses décisions de son mieux, en utilisant divers critères, à sa manière propre :

  • Choix raisonnés, mûrement réfléchis, pesés et mesurés
  • Choix irrationnels, dans le feu de l’action, sous le choc émotionnel, ou suite à une (im)pulsion plus ou moins consciente

Cependant, beaucoup de ces choix, quand on y revient, ne semblent pas avoir été véritablement « voulus » : c’est bien moi qui en suis l’origine, mais j’ai du mal à reconnaître ma responsabilité dans ce choix. Comme s’il avait été fait par une autre ! De fait, en arrière plan, pas toujours bien conscientes, il existe tant d’autres sources qui alimentent nos motivations. Nous sommes orientés par nos habitudes ou notre formation, notre environnement, notre cadre de vie, les soucis du moment, mais aussi par les conséquences d’anciennes blessures intérieures pas encore guéries. Et je refuse ou je choisis telle chose, telle personne, telle activité en fonction de tout cela qui bouge et s’agite en moi, et que souvent je ne sens pas de façon suffisamment consciente, et dont parfois je me refuse même à reconnaître la présence.

Et Dieu, dans ma décision ?

Dans les moments de choix, les banals et quotidiens comme dans ces moments où j’oriente ma vie, quelle place, quel poids je donne à Dieu ? Et même si j’ai le souci de lui donner de la place, ou même de « faire sa volonté », je suis parfois tout autant désorienté ! Comment trouver sa volonté sur moi dans cette situation particulière ? Est-ce que d’ailleurs il s’intéresse à mes petites questions ? Et comment je peux la trouver, cette volonté qui me concerne ? Qui m’aidera ? et puis-je m’y fier à celui qui se propose de m’aider ?

Il arrive aussi que je sente comme une mise en mouvement intérieur, une « motion intérieure ». Je me sens comme poussé à agir : par exemple, à prendre la parole dans un groupe, à donner de l’argent, à poser un geste inhabituel pour moi. Dois-je me laisser aller ? Dois-je obéir à cette « motion » ? Comment savoir ?

Discerner dans l’exercice des charismes

Au sein du renouveau charismatique, l’attention apportée aux charismes et à leurs manifestations est assez importante : en effet, dans l’assemblée de prière, chacun cherche à être attentif à la présence et à l’action de l’Esprit, chacun a confiance, s’attend à sa « guidance », et se rend disponible d’une manière ou d’une autre, aux manifestations, signes de sa présence, car Dieu est vivant, présent et c’est lui qui conduit son peuple.

Et comme la liberté de parole ou d’expression dans les assemblées de prière ouvrent un large espace de participation, comme l’exercice des charismes est valorisé, chacun est confronté à un questionnement intérieur, devant les mouvements qui l’agitent durant l’assemblée : Il me vient dans le cœur telle parole pour l’assemblée, est-ce que c’est un appel de l’Esprit ? Je reçois une image, une exhortation… une parole de sagesse ou de connaissance… comment reconnaître si j’ai reçu une inspiration de l’Esprit Saint, ou si au contraire, je suis à l’écoute (involontaire) d’autres esprits ? Et comme j’ai à prendre une décision, rapide, qui m’engage par l’action que je fais poser au sein de l’assemblée, comment faire ? C’est bien plus confortable de penser que les charismes, c’est pour les autres !! et que c’est l’affaire des responsables.

Et pour les responsables ?

Mais je peux être aussi « chargé » d’exercer un discernement particulier (tout spécialement si je fais partie du noyau du groupe, ou si je suis son berger) devant chacune des manifestations qui me viennent des frères et sœurs présents : telle exhortation donnée sur un mode prophétique, telle image ou telle parole en langue, suivies d’interprétation, est-ce bien l’Esprit Saint qui est en train de nous conduire ? N’est-ce pas mon frère ou ma sœur qui se laisse prendre par leur imagination ? ou une volonté de puissance ? Tout cela vient-il bien du Seigneur ? Cette parole donnée comme parole de connaissance, d’où vient-elle ? Comment exercer mon service de veilleur ? et si je suis convaincu que cela ne vient pas du Seigneur, comment dois-je faire ? intervenir ? me taire ?

Discerner : un besoin

L’activité intérieure, qui nous permet successivement de sentir , de reconnaitre ce qui nous vient comme provenant d’un « bon esprit » ou d’un « mauvais esprit », puis de trier librement et choisir (de recevoir ou de rejeter les motions), est appelée dans la tradition de l’Église «  discernement spirituel  ». Comme toute activité, elle nécessite un apprentissage, une maturation, qui permet de tirer parti des expériences faites.

Pour ceux qui ont choisi explicitement à mettre leur pas dans les pas du Seigneur, on peut même parler d’un besoin de discernement spirituel !

Quelques étapes

L’exercice du discernement, comme les paragraphes précédents l’ont déjà suggéré, me demande une attention à ce qui se passe en moi : je dois déjà commencer par apprendre à mieux me connaître, à m’intéresser de plus près à ce qui se passe en moi. Apprendre à sentir ces mouvements, en avoir conscience. Découvrir aussi comment Dieu s’adresse à moi, de quelle manière il me parle.

J’ai aussi à apprendre à reconnaître ces mouvements intérieurs, les nommer honnêtement, identifier leur origine, ce qui leur donne naissance, à découvrir qui les inspire et regarder où ils me mènent. Travail d’apprentissage, et travail d’éducation personnelle ! car nul ne « sent » à ma place ce qui se passe à l’intérieur de moi ! Et pourtant, j’ai besoin d’être aidé ! pour apprendre à reconnaître, à affiner mon regard, l’accompagnement spirituel se révèle un soutien précieux.

Le dernier temps est celui du tri et du choix : Ignace à propos des motions dans l’âme dit : sentir et reconnaître, en quelque manière les motions qui se produisent dans l’âme, les bonnes pour les recevoir, les mauvaises pour les rejeter. La décision m’appartient, je peux recevoir ou rejeter, c’est ma responsabilité (et la grandeur de l’homme !).

Concluons

Grâce à l’exercice du discernement spirituel, je peux recevoir la lumière nécessaire pour me décider, obtenir une connaissance éclairée de mes motivations. Je peux aussi être aidé dans mon discernement, car si nul ne peut discerner pour un autre, ouvrir son cœur à un accompagnateur est un soutien précieux pour faire la lumière : ainsi souvent se dévoile ce qui me restait caché. Un des enjeux majeur de l’accompagnement spirituel est dans cette aide au discernement.

Le fruit de tout cet effort, c’est ma croissance dans la liberté spirituelle : je me détermine de plus en plus consciemment et librement.