Samedi 3 avril 2004 — Dernier ajout jeudi 30 novembre 2006

Abbé Armand Vallée

Abbé Armand Vallée
1909 – 1931 – 1945
Prêtre

Mort pour la France
au camp de Mauthausen,
le vendredi de la Passion, 1945.

L’étudiant - séminariste, 1909 - 1933

Armand Vallée naît le 9 avril 1909 à Saint-Brieuc. Suivant la tradition de son père, Armand est confié à l’école Saint-Charles. Il y passe brillamment le baccalauréat de sciences, puis celui de philosophie.

En octobre 1927, le jeune homme à la taille élancée et flexible entre au Grand Séminaire de Saint-Brieuc, où il est ordonné prêtre quatre ans plus tard, à seulement 22 ans. Déjà titulaire d’un doctorat en droit, il complète ses études à Paris par un doctorat en droit canon et un doctorat en sciences sociales.

Remarquablement doué, ce prêtre – étudiant excelle dans les travaux théoriques, mais ce qui l’attire et qu’il se met à scruter à fond, c’est la question sociale.

L’apôtre social, 1933 - 1939


Le 29 août 1933, à peine revenu de Paris, l’abbé Vallée est nommé secrétaire des Œuvres du diocèse. A ce poste, l’abbé apporte son aide au directeur, le chanoine Heurtel. Il prend tous les contacts utiles, il assume la rédaction du bulletin de l’Union Catholique des Hommes. Déjà, il songe à fonder un Secrétariat Social.

Le Secrétariat Social est créé officiellement le 10 novembre 1933, sous forme d’association déclarée. On l’établit dans une mansarde. Victor Rault (futur maire de la ville) en est le trésorier, puis le secrétaire permanent. Il est le collaborateur immédiat de l’abbé Vallée, d’un zèle sans égal, d’une compréhension parfaite.

Dès 1934, les deux hommes ont compris l’importance sociale de l’artisanat. Ensemble, ils fondent l’Union des Artisans des Côtes-du-Nord, munie d’un journal et d’un service juridique.

Puis ils se lancent dans une série d’œuvres opportunes. Et c’est ainsi qu’en deux ans, des positions solides ont été conquises sur quatre fronts : ouvrier, paysan, maritime et artisanal.

Comme aumônier-conseil et animateur principal du Secrétariat Social, Armand Vallée fut nécessairement appelé à jouer un rôle actif dans les conflits du travail qui se produisirent à Saint-Brieuc en même temps que dans le reste de la France.

Même si dans une certaine partie de la société « bien pensante », on s’irritait de voir l’abbé prendre avec ardeur le parti des opprimés, son apostolat social se poursuivit au cours des années qui précédèrent la seconde guerre mondiale.

L’aumônier militaire et le résistant, 1939 – 1942


Automne 1939… La France mobilise son armée. Dégagé de toutes obligations militaires pour raison de santé, l’abbé Vallée s’engage cependant comme aumônier au sein du 271e Régiment d’Infanterie. Sur le front, il prodigue les soins aux blessés, assiste les mourants, et continue à l’organisation du rembarquement des unités combattantes et des équipes sanitaires.

Sa conduite lui vaut une citation et la croix de guerre. Après six mois de captivité, il est de retour en France. De nouveau, il s’intéresse au travail social, partageant son temps entre Paris et Saint-Brieuc.

Mais dans cette patrie divisée, il sent urgent de maintenir l’unité : il se dévoue donc à la liaison entre la zone nord et la zone sud. La traversée en fraude de la ligne de démarcation prend tout de suite pour lui un air d’aventure. Dès son premier essai, qui réussit de justesse, il devient très vite une sorte de professionnel du passage à bicyclette.

Parallèlement, l’abbé rédige la presse religieuse dans les journaux clandestins. Il est à l’origine du journal « Véritas », dans lequel on trouve, entre autres, des messages de Pie XII, de longues notes sur la situation religieuse en Allemagne, des lettres des évêques allemands et hollandais contre le nazisme.

L’œuvre héroïque de « résistant chrétien » d’Armand Vallée s’achève en février 1942, lors de son arrestation par la Gestapo. Commencent alors trente-huit mois de calvaire dans les bagnes hitlériens.

Le déporté - le martyre, 1942 - 1945

L’abbé Vallée est incarcéré à Fresnes, d’où il réussira à faire parvenir aux siens des notes, telles que des articles sur l’artisanat, un sermon sur la messe, des méditations sur le Rosaire. En juillet 1942, après cinq mois de captivité à Fresnes, il est envoyé vers une destination inconnue, et ne donnera plus jamais signe de vie.

En 1945, on saura qu’il avait été incarcéré à Sarrebruck jusqu’en novembre 1943, puis à Sonnenburg, au camp de Sachsenhausen (le 14 novembre 1944), au camp d’Heinkel, et en février 1945 au camp de Mauthausen où, épuisé, il meurt en faisant toujours secrètement fonction d’aumônier.

Témoignage

Voici un extrait de la notice nécrologique de l’abbé Vallée parue dans la Semaine Religieuse du 18 mai 1945. Ces quelques phrases reflètent bien la personnalité de l’abbé :

« Mardi dernier 8 mai, nous recevions la nouvelle de la mort de M. l’abbé Vallée, Aumônier du Secrétariat Social et Secrétaire des Œuvres. Deux lettres qui préparaient sa famille à ce coup terrible nous avaient fait présager la triste nouvelle. Il a tenu jusqu’au mois de mars dernier. Il avait été arrêté en février 1942. […].

Il est de ceux qui, en une courte vie, firent une longue besogne. Il sema dans toutes les directions, laissant à la Providence le soin de faire germer le grain ; il eut le souci de la masse, de la connaître et de l’écouter réagir ; il eut la passion d’incarner dans la vie la pensée de l’Eglise qu’il voulait montrer présente au monde et prête à accueillir toutes les bonnes volontés… […] ».

Bibliographie

  • L’abbé Armand Vallée, prêtre social, Paris, Spes, 1950.
    Ouvrage collectif qui rassemble les témoignages de différents prêtres
    et probablement de membres de sa famille.
  • Secrétariat Social, Abbé Vallée, Souvenirs de Fresnes (fév.-juil. 1942), Saint-Brieuc, 1946.
  • Il ne faut pas oublier dans sa biographie le témoignage rendu
    par l’écrivain briochin Louis Guilloux qui parle de l’abbé Vallée
    dans son Jeu de Patience et dans ses Carnets.