Jeudi 18 juin 2015

Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés

Pour un changement de regard sur les migrants… Les récents drames de migrants

à la dérive en Méditerranée et en mer d’Andaman ont, une fois encore, sollicité notre émotion
et notre compassion. Des hommes, des femmes et des enfants prennent des risques extrêmes
sur mer pour chercher une terre d’accueil, alors que trafiquants et parfois autorités étatiques ou
forces armées se comportent avec une inhumanité que l’on croyait révolue. En écoutant les
medias diffuser dans le monde entier des scènes d’horreur

Souvenons-nous … Vous avez été des exilés ! De nombreuses voix ont manifesté leur

indignation devant ces évènements. Il est bon qu’il en soit ainsi. Nous nous adressons ici aux
catholiques de notre pays pour les inviter à prendre du recul devant ces évènements récents, à
changer de regard sur les migrants, à agir en citoyens auprès des autorités de l’Union
Européenne qui se réuniront les 25 et 26 Juin… bref à ne pas se taire après l’émotion légitime.
En ne laissant pas l’émotion retomber …

Souvenons-nous… Vous avez été des exilés !

Les migrants ne sont pas des problèmes, ce sont des hommes, des femmes, des enfants : des
êtres humains. Les migrants ne doivent pas être considérés d’abord comme un risque ou une
atteinte potentielle à la souveraineté étatique. Il faut sortir d’une vue exclusivement sécuritaire
ou policière du phénomène des migrations. L’enseignement social de l’Eglise est connu. La
personne humaine doit être au centre de nos réflexions. On ne peut jamais instrumentaliser l’être
humain. La souveraineté d’un Etat n’est jamais absolue, car il faut prendre aussi en compte le
bien commun le plus large qui dépasse tout Etat particulier. En interpellant nos états et les
responsables européens…

Souvenons-nous…Vous avez été exilés !

Il faut dédramatiser la question : la France est un pays de migrations réussies. Chacun peut
chercher dans l’histoire de sa famille ou dans l’histoire des migrations les signes d’un accueil
ou d’une intégration réussie. Il ne s’agit pas de nier les difficultés passées ou présentes. Mais
s’appuyer sur les histoires de réussite de la migration pour chercher ce qui favorise l’accueil, la
fraternité, le vivre ensemble. De nombreux concitoyens connaissent des problèmes de chômage,
de logement, d’exclusion, de discrimination… les migrants ne sont pas responsables de ces
maux sociaux, ils en sont victimes, souvent plus que d’autres résidents du pays. A nous de
trouver les moyens d’associer ces migrants pour qu’ils puissent devenir un élément de la
solution de nos maux sociaux. En célébrant les moments et les modalités d’un Vivre ensemble
réussi
 [1]

Souvenons-nous… Vous avez été exilés !

Le nombre des migrants explose lorsqu’on a affaire à des Etats en faillite, ils sont des centaines
de milliers, des millions. De ces migrants provenant d’Etats faillis, la France et l’Union
Européenne n’en accueillent qu’une proportion minime. Ce sont les pays voisins des Etats faillis
qui en portent le poids. C’est la responsabilité de la communauté internationale de venir en aide
à ces « réfugiés » et de restaurer le fonctionnement des Etats en faillite.
L’histoire des migrations nous enseigne l’importance des acteurs non étatiques dans l’accueil
et l’accompagnement des migrants : famille élargie, associations de migrants, groupes de
soutien, communautés ethniques ou nationales d’appartenance, communautés religieuses,
collectivités locales, services publics de proximité (école, emploi)… Il faut tirer de l’histoire
des leçons pour l’action d’aujourd’hui. En participant activement à la construction d’un monde
vraiment solidaire…

Souvenons-nous… Vous avez été exilés !

L’idéal serait évidemment de favoriser une coopération entre la société de départ et la société
d’accueil, entre les associations de migrants et les associations d’originaires… on sait
l’importance que jouent les diverses diasporas dans le monde d’aujourd’hui, pour le
développement et parfois la survie des communautés d’origine des migrants. En partageant les
richesses communes et en multipliant les partenariats avec les plus fragiles…

Souvenons-nous… Vous avez été exilés !

Nous n’avons pas voulu indiquer de recettes miracles pour la gestion des migrations. Car il n’y
en a pas. Toute instrumentalisation des migrants est à rejeter, elle est contraire aux droits de
l’Homme, fondements de notre ordre politique. Elle est contraire à l’enseignement social de
l’Eglise. Le migrant est d’abord une personne humaine.

Souvenons-nous… Vous avez été des exilés !

La générosité des valeurs fondatrices de l’Europe ne peut faire l’impasse sur la lutte contre les
trafiquants, ni sur la nécessaire coopération avec les pays d’origine afin de favoriser la stabilité
des résidents.

Nous appelons à un changement de regard sur les migrants… et nous suggérons que chaque communauté sache, le dimanche 21 Juin accompagner sa prière d’un geste de rencontre, de partage, de jeûne, de silence, d’information. Souvenons-nous … Vous avez été exilés … !

+ Jacques BLAQUART
Evêque d’Orléans
Président du Conseil pour la solidarité

+ Laurent DOGNIN
Evêque nommé de Quimper et Léon
Président de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Eglise

+ Renauld de DINECHIN
Evêque auxiliaire de Paris
Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Eglise,
Pastorale des migrants

[1Ex. 23.9 : Tu n’opprimeras pas l’immigré : vous savez bien ce qu’est sa vie, car vous avez
été, vous aussi, des immigrés au pays d’Égypte. Dt 10.19 : Aimez donc l’immigré, car au pays
d’Égypte vous étiez des immigrés.