A Noël, accueillir l’autre, si loin, si proche
Jeudi 1er décembre 2016

Amis des migrants

Plus de cent bénévoles proposent leur aide auprès des migrants de Calais hébergés dans le Trégor. Parmi eux, des chrétiens, comme Sophie Bahé.

Depuis l’arrivée à Trébeurden et Trégastel de 66 hommes de 18 à 30 ans, de nombreuses bonnes volontés se sont ainsi manifestées pour les accueillir et les aider. Des cours de français, des sorties culturelles, des balades sur la côte s’organisent. Du covoiturage est proposé pour leurs démarches administratives de demande d’asile ou pour aller à la salle de prière de Lannion (les musulmans sont majoritaires parmi les personnes accueillies).
Parmi ces bénévoles, des chrétiens comme Sophie Bahé, 35 ans. Le 29 octobre, elle participe à la soirée cabaret d’une chorale de chants de marins, au Sémaphore. Le groupe avait invité une dizaine de réfugiés. Ces derniers sont seuls à une table. Sophie Bahé les rejoint et discute avec eux, en anglais. « Je leur ai proposé de nous retrouver le lendemain pour une balade : ils étaient 30 ! Sur le port de Trébeurden, on ne passait pas inaperçus. Des promeneurs leur disaient bonjour… J’ai proposé à pas mal de gens de venir marcher avec nous. Ce fut un très beau moment. » La jeune femme espère que des instants comme celui-là aideront à « balayer les idées fausses qui circulent sur les migrants et à faire bouger les consciences ».
Membre de la Communauté vie chrétienne (CVX), Sophie Bahé aborde encore plus facilement les migrants depuis qu’elle a passé trois semaines, il y a un an, dans un centre pour réfugiés, en Sicile. « Mon rôle (avec d’autres membre de CVX) était de passer du temps avec ces 48 hommes (de 20 nationalités) et leur proposer des activités pour les sortir de l’ennui et de leurs sombres ruminations. Les réfugiés nous ont raconté leur histoire, leurs souffrances, leurs blessures. Nous avons célébré Noël avec les chrétiens du centre, situé en pleine montagne. Lors d’un goûter des peuples, chacun a présenté une belle tradition de son pays. Cela a été le plus beau Noël de ma vie. Je me suis vraiment sentie à ma place, en communion avec mes frères humains, débarrassée du trop-plein de consommation. J’ai vécu une intensité de relation humaine, dans la simplicité et la vérité. Cette expérience m’a profondément transformée. »
Les hommes logés à Trébeurden et Trégastel repartiront dès le 22 décembre pour une autre destination. « Comment faire pour que ce bel élan de solidarité ne retombe pas ? Que faire pour que, de menace, ces migrants deviennent opportunité pour l’Europe ? », interroge Sophie Bahé. Sur la Côte de Granit rose, d’autres migrants devraient arriver dès le mois de janvier.

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