Une « sainte » de chez nous
Mercredi 25 novembre 2009

Anne Le Corre, 1749-1826.

Comme tant de saints au Paradis…

Anne Le Corre, la « sainte » [1] de Pléguien.

Le 6 Avril 1866, le fossoyeur de Pléguien creuse une tombe, au cimetière, près du caveau du Marquis de Saint-Pierre ; il découvre une châsse contenant un corps conservé.

Stupéfait, il envoie chercher le recteur de la paroisse. C’est le vicaire qui vient. « Quant au corps conservé, on trouvait tous ses membres se tenant parfaitement ; la peau était comme du cuir tanné, mais point dure… J’ai pu moi-même manier le bras pour le reposer sur la poitrine » écrira le vicaire à l’évêché.

Le bruit de cette découverte attire de nombreux curieux. Le vicaire fait garder les lieux par deux personnes de confiance et fait chercher le Marquis de Saint-Pierre, la sœur supérieure des Filles du Saint-Esprit de Pléguien.

Se pose alors l’identification de ce corps, enterré 40 ans plus tôt.

Château du Bois de la Salle, à Pléguien -  voir en grand cette image
Château du Bois de la Salle, à Pléguien

Plusieurs personnes apportent des précisions : des témoins de son enterrement dans le caveau des gens du château ; puis grâce au linceul, un banal drap trop court fourni par une dame Pierre de Kergollot. Et surtout une déformation au doigt qui handicapait la défunte dans son travail de fileuse.

Il s’agissait d’une femme, Anne Le Corre, née en 1749 probablement ex-religieuse chez des dominicaines près de Rennes, revenue au pays au moment de la Révolution Française. Pour gagner son pain quotidien – seule rémunération au jour le jour - elle travaillait au Bois de la Salle chez les Saint-Pierre, comme filandière.

Tous les dimanches, vêtue d’un habit blanc… elle était admise à midi à la table du recteur.

Elle faisait le catéchisme à quelques enfants du village de Kergolot. Ce qui valut à Guillaume Pierre de se faire surnommer Annette par les autres enfants.
La Providence le gâtera donnant à sa descendance directe deux prêtres, les abbés Yves et Joseph Pierre et un neveu l’abbé le Troquer (décédé en 1955 à Guingamp).

Sa piété, d’après les gens, était exceptionnelle : elle passait souvent ses nuits en prière, et récitait mille Ave par jour.

Pendant la Révolution, elle préférait aller à la messe à Lanvollon plutôt qu’à Pléguien où régissait un prêtre jureur. Pendant la Révolution, elle fut conduite de force à Pléguien, mais refusa de se signer et ne voulut pas prier devant le prêtre conventionnel, tout en affirmant qu’elle savait bien que le Bon Dieu était là.

La tombe d'Annick Le Corre -  voir en grand cette image
La tombe d’Annick Le Corre

"Au plus fort de la Révolution de 1793,écrit le recteur à Mgr Morelle, elle va à l’église à minuit, porte la statue de vieux chêne de la Vierge, qui pèse plus de cent kilos" et la met en lieu sûr.
C’était la statue de Notre-Dame de Soumission qu’Anne Le Corre appelait N-D de Somption. Encore aujourd’hui, à Pléguien, on prie Itron Varia Soumissiou.

Guillaume Taton récupéra la statue à la mort d’Anne Le Corre et n’accepta de la transférer à l’église qu’après négociations. Il exigeait en effet qu’une procession et une messe solennelle soient autorisées par l’évêché, ce qui fut.

Fin Octobre 1900, l’Abbé Charles, recteur et le maire font ouvrir la tombe : "Cette fois, on n’a rien trouvé que quelques ossements" écrira le pasteur.

Le cimetière de Pléguien qui jouxtait l’église a été transféré le 4 Octobre 1970 dans un nouveau lieu. La tombe d’Anne le Corre est toujours fleurie. On dit, et les recteurs de Pléguien l’ont rapporté à l’évêché , que plusieurs guérisons ont eu lieu par l’intercession de la « sainte ».

« Coronas corona tua », était-il chanté à la Préface des Saints ! Dieu se glorifie dans ses élus.

L’essentiel est que le Seigneur soit remercié des grâces obtenues.

[1Expression populaire, dans le sens de la Toussaint.