Réflexion
Vendredi 31 juillet 2015

Agriculture, est-il encore possible d’oser une Parole d’Espérance ?

Les entrées de ROSTRENEN étaient barrées par des agriculteurs. René Le Meur a pris un peu de temps pour aller à leur rencontre. Après avoir échangé avec plusieurs d’entre eux, il partage sa réflexion.

Dans de multiples endroits du département des Côtes d’Armor comme à travers toute la France, les professionnels du travail de la terre manifestent, bloquent les routes, visitent les supermarchés, déversent fumier et ordures, crient leurs colères, cherchent à se faire entendre… pendant que d’autres encore se taisent au fond des campagnes ne sachant plus que faire, que dire , qu’espérer pour demain.

Ce qui s’exprime au cœur de cet été est sans doute de l’ordre d’une forte désespérance de chefs d’entreprises agricoles ne parvenant plus à imaginer un avenir serein. Certes, les situations sont diverses et il n’y a pas à classer toutes les structures agricoles selon un schéma trop simpliste qui laisserait à penser qu’il n’y a plus de modèle viable. Cependant, une part importante de la profession, notamment les productions laitières et porcines (sans en exclure bien d’autres), est fortement malmenée par des règles économiques complexes alors que les exigences et adaptations imposées au métier vont grandissantes. Il reste alors pour beaucoup peu de place au quotidien pour vivre en dehors du stress et de l’inquiétude. De jeunes exploitants mais aussi certains plus anciens sont fragilisés à l’extrême ne parvenant plus à vivre décemment du fruit de leur travail. Les prix consentis par les groupements d’achats ne couvrent plus parfois les coûts d’exploitation et interdisent de se verser un salaire. Les comparaisons des prix fixés en magasin finissent par rajouter à l’incompréhension. Pour ne prendre qu’un exemple un litre de lait vendu 30cts par le producteur sera racheté 60cts par le supermarché et revendu au minimum 1€ … Un plan national très récemment relayé à grand renfort de communication affirme allouer 600 millions d’euros pour soutenir les filières. Au final seulement 50 millions d’euros devraient venir directement renflouer les situations les plus préoccupantes … Tous ces constats sont terriblement affligeants et sans doute trop peu expliqués. Bien qu’une part importante de la population affirme comprendre et soutenir les mouvements de ces derniers jours, il apparaît que les réalités des métiers des uns et des autres sont peu connues.

Dans ce contexte, quelle Parole d’Espérance peut-on encore oser ? Il importe sans nul doute, avant tout, de redire toute notre admiration pour ceux qui choisissent de produire tout ce qui, après les nécessaires transformations, permettra de nourrir le plus grand nombre. Les efforts consentis massivement pour une amélioration des conditions de cultures et d’élevages doivent aussi être soulignés. Tout ceci marque de nouveaux signes de respect envers la nature, la création. Au-delà de ces démarches de reconnaissances se pose la question de choix de modèles économiques. Que faut-il pour redonner la première place à l’homme ? Quelles formations sont aujourd’hui proposées pour mieux armer les producteurs face aux lois du marché et éveiller les consciences ? Et nous simples consommateurs, quels espaces laissons-nous, à l’écoute, au soutien, aux échanges, à l’accompagnement… Sommes-nous disposés à donner du temps pour essayer de comprendre ?