Récollection pour les membres des EAP
Lundi 16 novembre 2009

Avance au large et jetez vos filets… (Lc 5, 4)

Samedi 14 novembre matin, au Sanctuaire de Querrien

Laissez le Christ nous affermir dans la foi.
Vivez votre foi en réponse à l’appel du Christ.
Entendez son invitation à poursuivre la mission.

Introduction

Dans cette prière liturgique des heures qui jalonne la vie des communautés contemplatives mais aussi la vie des prêtres séculiers, des diacres, des religieux et religieuses et de bien des laïcs, la Parole de Dieu a toujours une très grande place. Elle est bien présente par les psaumes et les cantiques qui constituent la structure de cette prière quotidienne mais aussi par les lectures tirées de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

Au cœur de cet office des Laudes qui vient de guider notre prière, nous avons accueilli ces quelques versets du chapitre 5, 1-8 de l’évangéliste Luc. Ce texte va être comme le fil conducteur de notre journée de réflexion et de prière.

Je vais tout d’abord prendre le temps de relire et de méditer devant vous ce récit de Luc, au chapitre 5,1-8. Je vais le commenter un peu et ensuite j’aimerais développer quelques points autour de cette Parole de Dieu pour discerner comment le Christ nous invite à affermir chaque jour notre foi, à la vivre en réponse à son appel et comment il nous propose de poursuivre inlassablement la mission reçue.

I- La Parole de Jésus : une autorité.

Si nous voulions bien situer le texte sur lequel nous appuyons aujourd’hui notre réflexion et notre prière, il faudrait relire l’évangile de Luc à partir du chapitre 4, 31 jusqu’au chapitre 6, 11. Dans ces versets, Luc s’emploie à montrer la manière dont la parole de Jésus fait autorité. Car l’enjeu, dans ce temps où Jésus fait entendre sa parole en Galilée, autour du grand lac de Génésareth, c’est d’annoncer la Bonne Nouvelle et d’appeler à la foi qui sauve . Luc tient beaucoup à faire valoir ce grand enjeu : ce que Jésus proclame est une très bonne nouvelle. Cette Bonne Nouvelle, il nous faut l’accueillir, croire en la personne et en la parole de Jésus : c’est cette foi qui sauve. Tout l’enjeu est là.

Dans les temps où va se produire cette pêche miraculeuse, Jésus est à Capharnaüm. Il enseigne. Tous ceux et celles qui l’écoutaient « étaient frappés de son enseignement parce que sa parole était pleine d’autorité. » (Lc 4,32). Jésus provoque vraiment l’étonnement et sa renommée est grandissante. Luc n’a pas encore dévoilé le contenu de l’enseignement de Jésus à ses lecteurs. Il lui semble plus important que ceux qui le lisent découvrent d’abord l’autorité de la parole du Christ, son pouvoir sur les démons et la maladie, la force de son attraction sur ses premiers disciples.

Si nous le suivons, nous le voyons chasser les démons, guérir les malades, mais il lui faut aller ailleurs qu’à Capharnaüm. Luc note bien cette parole de Jésus : « Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » (Lc 4,43)

Imaginez. Jésus est sur le bord du lac, une foule se serre contre lui à l’écoute de sa parole. Il voit deux barques. Les pêcheurs qui en sont descendus lavent leurs filets. Il monte dans celle appartenant à un certain Simon et l’invite à quitter un tout petit peu le rivage. De cette barque, il enseigne la foule qui était là, devant lui. Et c’est après cet enseignement que Jésus donne cet ordre à Simon noté par Luc : « Avance au large et jetez vos filets pour attraper du poisson. » Jésus n’est vraiment pas du métier, c’est manifeste pour ces pêcheurs qui ont peiné toute la nuit sans rien prendre. Et pourtant, parce que la parole de Jésus fait autorité, Simon ne lui refuse pas ce qu’il demande : « sur ta parole je vais jeter les filets. » Il ne doit pas y croire beaucoup le Simon ! Et pourtant il est bien obligé de se rendre à l’évidence, les filets sont pleins, il faut même faire appel aux camarades de l’autre barque. Leur aide est nécessaire et suffit à peine. Les barques s’enfoncent sous le grand poids de ces nombreux poissons.

Quel autorité ce Jésus ! Il fait même un peu peur. Simon a peur. Devant Jésus il se trouve bien petit. Son péché personnel, ses faiblesses, ses pauvretés lui apparaissent bien grandes pour rester à proximité de ce grand maître, cet envoyé de Dieu. « Éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. » dit-il à Jésus. Que va faire le Christ ? Il ne va pas s’éloigner de Simon, tout au contraire, il va l’inviter à le suivre, il va lui confier déjà une autre mission : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » Et Luc note : « Ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent. » Non seulement Simon suit Jésus, mais ceux qui étaient venus avec la seconde barque se mettent aussi à le suivre, tout particulièrement Jacques et Jean.

Poursuivons un peu notre réflexion autour de ce texte : Que veut nous montrer ce récit ?

Cette pêche miraculeuse n’est racontée que dans Luc (une autre assez différente se trouve en Jean 21). Vous l’avez perçu : elle confirme l’autorité de Jésus puisqu’elle commence par la foule qui se presse pour entendre la Parole de Dieu, continue par l’acceptation de Simon de jeter ses filets en faisant confiance à la parole de Jésus et culmine dans cette injonction de Jésus : « Désormais, ce sont des hommes que tu pêcheras. »

  • Il semble bien que Luc, en racontant ce récit, parle de l’Église, de cette Église naissante mais qui est appelée à s’élargir aux dimensions du monde. La fonction de Pierre, sa mission, est d’abord missionnaire. Elle a été voulue par Jésus.
    Ce récit n’a pas d’abord pour but de montrer comment Pierre, Jacques et Jean ont tout quitté pour suivre Jésus. Jésus les connaissait déjà. Ce récit sonne comme une belle expression des communautés chrétiennes au temps de Luc. La parole du Christ, entendue dans les jeunes communautés, puis lue et relue quand ils avaient des textes, doit conduire les nouveaux croyants à la même transformation que Pierre, Jacques et Jean. Ils sont tous appelés à devenir pêcheurs d’hommes, à entendre Jésus leur dire de jeter les filets même si apparemment la pêche semble ne rien donner parce que le temps n’est pas favorable. Le temps des hommes n’est pas celui du Christ. Luc, dans ce texte, nous le dit avec clarté. Quand il écrit cela peut-être pense-t-il déjà aux nombreuses Églises fondées par Paul qui a eu l’audace d’avancer dans les « eaux profondes » des villes païennes.
  • Il y a un autre point que j’aimerais souligner. Simon, répondant à l’invitation de Jésus à jeter les filets alors qu’ils n’avaient rien pris de la nuit, appelle Jésus « Maître  » (v.5) Ce mot avait là le sens de ‘chef’. Au verset 8, il passe à un registre supérieur, il appelle Jésus « Seigneur  ». C’est qu’il est pris du même effroi que Moïse devant le buisson ardent ou qu’Isaïe dans sa vision de Dieu dans le Temple. Luc montre que dans toutes nos démarches de foi il y a une progression possible et nécessaire. Nous ne découvrons pas du premier coup le Christ. Nous n’entrons pas toujours aisément dans ses vues, nous résistons. Luc propose à ses lecteurs, aux chrétiens, d’aller toujours plus loin dans la découverte du Christ, dans son amour, dans notre manière de lui répondre, de le nommer.
  • Une dernière observation à partir du texte. Jésus n’appelle ici personne concrètement. II indique simplement à ses disciples ce qu’ils auront désormais à pêcher : des hommes pour les amener au Christ. Mais cette invitation est un appel très fort à se laisser transformer. Sa parole souveraine va changer le métier de Simon pour la vie. Celui-ci reste libre, mais l’attente exprimée et la confiance dans le Christ sont des forces plus fortes que l’effroi d’abord ressenti.

II – Le chemin de la Parole de Jésus dans nos vies

La parole du Christ qui a fait un tel chemin dans la vie des disciples, dans celle des chrétiens des premières communautés, peut-elle faire, fait-elle réellement, le même chemin dans nos vies à tous, dans vos propres vies à vous qui avez été appelés à être membres des équipes d’animation paroissiale, des E.A.P, vous qui avez été appelés à prendre part à l’exercice de la charge pastorale que l’Église, par l’évêque, a confiée à vos curés ?

1. La Parole du Christ est là pour nous aider à toujours nous centrer sur le Christ

« La foule se serrait contre Jésus à l’écoute de sa parole. » Cette petite indication de Luc au début du chapitre 5, au début de son récit de la pêche miraculeuse, n’est pas sans signification. Cette foule était centrée sur le Christ. Non seulement à cet instant où elle se tenait sur le bord du lac de Génésareth mais depuis bien plus longtemps encore, depuis qu’elle avait découvert Jésus et la puissance de sa parole, l’autorité avec laquelle il s’exprimait, une autorité qui ne pouvait pas émaner seulement de lui-même mais de Dieu.

La situation présente de notre monde, celle dans laquelle nous avons à annoncer sa Parole et à être les témoins du Christ mort et ressuscité, est parfois une situation éprouvante. Et pourtant elle est, je le pense, une chance à saisir pour comprendre que c’est sur le Christ et uniquement sur lui qu’il faut nous centrer. Avec sa Parole et sa Vie offertes dans tous les sacrements, nous sommes tenus d’aller ensemble à l’essentiel, à ce qui nous fait vivre comme croyant. Dans tous les lieux où nous servons le Christ, son Église et nos frères les hommes, nous avons à tenir dans le service de l’évangile en sachant en qui nous avons mis notre confiance et qui est celui dont nous entendons les appels. Mais il ne faut pas nous le cacher : nous avons tous besoin de nous entraider pour toujours et sans cesse nous centrer sur le Christ, cœur et centre de notre foi.

Cet appel à nous centrer et même à nous recentrer sans cesse sur le Christ à l’aide de sa Parole, l’Église l’a entendu bien des fois au cours de son histoire. C’est même, je le pense, une loi constante de sa croissance. En 1996, dans la « Lettre aux catholiques de France » les évêques écrivaient : « À chaque époque, les croyants sont appelés à ressaisir d’une façon particulière le sens de la Parole que Dieu leur adresse. Voilà pourquoi le mystère de la foi en sa totalité nous resterait obscur, si nous ne le considérions pas résolument à partir de son centre : le Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant, révélé et livré dans la force de l’Esprit. » (Lettre aux Catholiques de France, éditions du Cerf, p. 39)

Comme la foule se serrait autour de Jésus pour écouter sa Parole, réinterrogeons-nous sans cesse sur la place que nous laissons vraiment à la personne du Christ dans notre vie personnelle, dans la vie de notre EAP. Interrogeons-nous sur la façon dont nous aidons nos communautés chrétiennes à toujours se centrer et se recentrer sur le Christ, par l’écoute de sa Parole, dans la prière communautaire, dans la vie sacramentelle.

2. La Parole du Christ est toujours dérangeante

« Avance au large et jetez vos filets. » Cette invitation de Jésus a profondément bousculé Simon-Pierre, Jacques, Jean et les autres pêcheurs du lac. Qui était-il pour connaître les conditions de travail des pêcheurs du lac ? Eux, ils le connaissaient bien. Ils savaient que selon les vents et les courants la pêche pouvait être totalement infructueuse. Les poissons, le jour ou la nuit, ne se mouvaient pas toujours en surface. Ils n’avaient pas les moyens d’aller pêcher en eau profonde. Si Jésus n’avait pas été reconnu dans son autorité par les gens qui avaient bien entendu qu’il leur donnait cet ordre d’aller au large, jamais ils ne seraient repartis, d’ailleurs les filets venaient d’être nettoyés. Vraiment il nous dérange ce Jésus ! On a beau l’aimer … mais tout de même !

« Avance au large et jetez vos filets. » n’est-ce pas l’invitation qu’il nous faut entendre à nouveau, tous, ce matin, même si elle nous dérange ?

Comment entendre cette invitation ?

  • D’abord comme une invitation à vivre sa foi en réponse à l’appel du Christ. C’est bien dans le Christ que nous avons été baptisés et confirmés. Par le baptême, selon la formule liturgique, il nous a appelé des « ténèbres à son admirable lumière. » Entendre le « avance au large » c’est entendre le Christ nous inviter à toujours marcher dans sa lumière, à laisser toute notre vie exposée à la lumière de l’évangile, à ne jamais fermer à double tour les tiroirs de nos vies dans lesquels nous lui interdirions de rentrer parce qu’ils seraient nos petits jardins secrets inviolables ! Jésus nous appelle aujourd’hui à vivre notre foi en réponse à ses appels. Toujours ils nous dérangent.
  • Puis comme une invitation à sans cesse rechercher ensemble à rendre notre Église tout entière missionnaire. C’est tout le sens du travail, de la recherche que vous accomplissez dans vos rencontres en EAP. C’est l’appel très clair que Jésus nous adresse. Le pape Paul VI, dans son Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi – Annoncer l’Évangile, écrivait : « Si des hommes proclament dans le monde l’évangile du salut, c’est par ordre, au nom et avec la grâce du Christ Sauveur. “Comment prêcher si nous n’avons pas d’abord reçu mission ?” (Rom 10,15) écrivait saint Paul, l’un des plus grands évangélisateurs. Personne ne peut le faire à moins d’avoir été envoyé ». (§ 59) Il ajoutait même « Évangéliser n’est pour personne un acte individuel et isolé mais un acte profondément ecclésial. »
  • Et encore comme une invitation à aller chercher les hommes là où ils vivent, dans leurs réalités quotidiennes de vie. L’eau profonde est bien là. Le Christ nous invite à nous laisser pousser vers les grands larges de la vie des hommes par le grand vent de l’Esprit. Ce n’est jamais facile. Et pourtant l’enjeu est capital. Luc en rapportant ce récit voulait aussi inviter les jeunes communautés à oser l’aventure parce que le Christ l’avait demandé aux disciples.

Entendons l’appel à avancer au large et à jeter les filets. C’est d’abord un appel à vivre le plus intensément possible notre foi comme une réponse à l’appel du Christ, mais aussi entendons cet appel comme une grande attente du Christ sur chacun de nous et sur toutes nos E.A.P. pour rendre vraiment nos communautés missionnaires et aller chercher les hommes là où ils vivent. Vous l’avez bien saisi maintenant, c’est tout le sens du Projet diocésain de Catéchèse que je vous ai remis le 25 mars 2009.

3. La Parole du Christ est toujours purifiante

Comme Pierre il nous faut passer du ‘maître’ au ‘Seigneur’. Vous vous souvenez le passage purificateur que Simon-Pierre a accompli. Quand Jésus lui demande de repartir en haute mer et de jeter ses filets, il n’y croit pas. Il appelle Jésus « Maître  » ce qui voulait dire : tu es un chef reconnu, je vais t’obéir. Quand les filets sont pleins et qu’il peine à revenir sur la berge, son regard sur le Christ est tout autre, son vocabulaire se transforme parce que sa foi a grandi. Il opère une profonde transformation en lui-même. Il se laisse purifier par le Christ. Il donne au Christ le nom de « Seigneur  ». Il est passé à un registre supérieur mais surtout il ne sent pas digne d’être en sa présence. Il se trouve trop petit. « Seigneur éloigne-toi de moi »

Il a bien franchi un premier pas dans la purification mais Jésus va lui en faire franchir un autre. Il va le faire passer de l’effroi à la confiance, de la peur, de la crainte, à l’amour. « Sois sans crainte. » Ce n’était pas évident pour un homme de fort tempérament comme l’était Pierre.

Jésus nous invite toujours à opérer en nous des passages, des purifications. Elles ne sont ni simples ni toujours évidentes. Quelles sont les purifications auxquelles le Christ nous appelle aujourd’hui ?

  • À toujours servir humblement l’évangile. Ni vous, ni moi nous ne sommes propriétaires de la mission. La purification que nous avons sans cesse à accomplir est bien celle d’arrêter de prétendre que seules nos idées sont justes, vraies, efficaces. Nous avons reçu un évangile qu’il nous faut servir humblement. Jésus l’a confié à son Eglise afin qu’elle fasse connaître cette Parole à tous les hommes jusqu’aux extrémités de la terre. Et cette Eglise Jésus l’a confiée à ses apôtres et à leurs successeurs pour qu’ils la dirigent afin qu’elle accomplisse sa mission dans le monde. C’est dans cet esprit d’humble service de l’évangile que nous avons tous à nous situer. Dans la Constitution Lumen gentium du Concile Vatican II (la Constitution sur l’Église) nous trouvons cette phrase évocatrice : « Si l’Église a besoin de ressources humaines pour remplir sa mission, elle n’est pas établie pour rechercher la gloire terrestre mais pour prêcher, même par son exemple, l’humilité et l’abnégation. » (Lumen Gentium § 8) Toujours servir humblement l’évangile.
  • À être des témoins authentiques de la sainteté. Notre monde a soif d’authenticité. Il nous faut manifester clairement que nous croyons fortement à ce que nous annonçons et que nous vivons ce que nous croyons. Pour cela nous avons toujours besoin de purification. Je crois que plus que jamais le témoignage est devenu une condition essentielle de la proposition de la foi et de l’initiation chrétienne. C’est Paul VI qui nous rappelait, toujours dans l’exhortation apostolique « Evangelii nuntiandi », que « notre zèle évangélisateur » devait jaillir « d’une véritable sainteté alimentée par la prière et surtout l’amour de l’Eucharistie… Sans cette sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur des hommes de ce temps. Elle risque d’être vaine et inféconde. »
  • À être des artisans d’unité. L’unité de nos communautés est capitale. Pas simplement l’unité entre les chrétiens divisés mais même à l’intérieur de nos propres communautés paroissiales. Le Christ nous a bien fait comprendre que l’unité entre ses disciples n’est pas seulement la preuve que nous sommes siens mais aussi la preuve qu’il est envoyé du Père. Nous ne pouvons nous satisfaire des divisons qui meurtrissent nos communautés. Dans la responsabilité de la conduite des communautés chrétiennes, nous devons tout mettre en œuvre pour purifier cette blessure. L’Église est le Corps du Christ. Toute division est blessure de ce Corps. Nous ne pouvons nous en satisfaire.

Entendons l’appel du Seigneur à laisser sans cesse la Parole de Dieu nous purifier. Le Christ n’est pas simplement un maître de vie, il est le Seigneur qui nous appelle. Par cette Parole appelante laissons-nous transformer afin de toujours mieux servir humblement l’Église du Christ et sa mission d’évangélisation. Devenons d’authentiques témoins de la sainteté. Travaillons à l’unité dans toutes nos communautés.

4. La Parole du Christ nous invite à poursuivre la mission

« Ramenant alors la barque à terre, laissant tout, ils le suivirent. » Ils y tenaient pourtant à leurs barques ! C’étaient leur instrument de travail. Socialement, elles les situaient. On les appelait « les pêcheurs du lac. » Et voilà qu’ils quittent tout pour suivre Jésus. Folie pure ! Ce Jésus il n’a même pas de maison pour les accueillir, c’est la maison de Pierre qui deviendra son habitation. Quand il dira « allons à la maison » cela voudra signifier, allons chez Pierre, à Capharnaüm. Ils vont suivre quelqu’un qui n’a rien. Et pourtant ils savent qu’il a tout !

La mission après la Pentecôte les entraînera sur toutes les routes du monde. Ils auront à franchir de grands obstacles, à surmonter de grosses difficultés. Ils donneront tous leur vie pour le Christ. Forts de l’Esprit-Saint promis par le Christ et reçu au matin de la Pentecôte, ils tiendront dans le vent et les tempêtes. Ils poursuivront la mission même enchaînés. Ont-ils été, à quelques moments de leur vie tentés d’abandonner, de lâcher prise ? Ont-ils doutés de l’appel ? Peut-être, comme tout homme car le doute peut faire parti aussi de nos vies ! Mais rien, non plus, ne nous le laisse croire.

Voici que ce matin nous entendons le même appel, ce « laissant tout ils le suivirent. » Cet appel nous rejoint un jour où nous sommes peut-être lassés, fatigués, épuisés par cette mission dont nous ne voyons pas tous les fruits que nous aurions aimé voir mûrir.

Un discernement s’impose sans doute mais le Christ nous invite de toute façon à poursuivre la mission même si elle doit être autre. Dans cette aventure spirituelle qu’est l’évangélisation, nous y sommes depuis notre baptême, depuis notre confirmation. Chaque eucharistie nous envoie dans ce monde : allez… !

Et c’est à former l’Église sacrement du Christ dans notre société que nous sommes appelés. Ce travail, dans la société sécularisée qui est la nôtre, est essentiel. Poursuivons cette mission. Chacun à notre place.

Entendons l’appel du Seigneur à poursuivre la mission qu’il nous a confiée. Poursuivons, même si une certaine lassitude se fait sentir. Puisons dans le Christ et son Esprit-Saint les forces qui nous sont nécessaires.

Conclusion

Vous allez être invités à un temps de silence, à un temps d’intériorisation, à un temps d’écoute des appels qu’au cours de cette méditation à partir du texte de Luc sur la Pêche miraculeuse vous avez pu entendre.

Laissez le Christ faire son chemin en vous. Ne mettez pas d’obstacle.
L’Esprit de Dieu, force des disciples, vous est donné. Il va vous éclairer, vous fortifier, vous aider sur ce chemin.
Je vous accompagne de ma prière.

+ Lucien Fruchaud
Évêque de Saint-Brieuc et Tréguier.