Samedi 18 octobre 2014

Brève réflexion sur la dynamique missionnaire

A l’occasion de la Semaine Missionnaire Mondiale

A l’occasion de la Semaine Missionnaire Mondiale [1] - [2] nous vous offrons une brève réflexion sur la dynamique missionnaire.

1er ressort : Un seul cœur, une seule âme (Ac. 4,32) - L’unité

« Les Actes des Apôtres témoignent d’une étonnante et irrésistible dynamique missionnaire. Le fait est irrécusable ; sans cesse retentit ce cri en écho à la prédication des apôtres : « Que devons-nous faire pour être sauvés ? » et c’est par centaines et par milliers que de nouveaux croyants demandent le baptême.

Quel est le ressort de ce prodigieux élan évangélisateur ? D’abord la qualité de la cohésion et des liens de charité qui unissent les fidèles entre eux : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme » : un témoignage qui bouleverse et attire ! Garder cette unité dans un monde complexe et pour partie hostile n’avait rien d’évident ; leur secret : la fidélité à ce quadruple ciment de vie chrétienne et ecclésiale que sont l’enseignement des Apôtres, la communion fraternelle, l’eucharistie et la prière.

En vivre davantage est ferment d’unité et, quand l’unité se fortifie, la mission avance. La communion fraternelle d’aujourd’hui prépare l’évangélisation de demain : 1er ressort. »

2e ressort : « Jusqu’au bout du monde » (Ac, 1,8)

- La joie de l’Evangile.

« Jésus avait dit : « Allez jusqu’au bout du monde, de toutes les nations faites des disciples ». De fait, la dynamique missionnaire dans la première communauté chrétienne n’est pas restée circonscrite à Jérusalem. Bousculés par une première persécution, les disciples allèrent vers les « périphéries » : Philippe en Samarie, Pierre à Lydda puis Joppé et Césarée, Barnabé à Antioche, avant même les grands voyages missionnaires de l’apôtre Paul.

Quel fut donc le moteur de cet étonnant élan missionnaire : l’appel du Christ sûrement, la force de l’Esprit sans doute mais aussi le témoignage de la joie des nouveaux croyants ; joie de l’eunuque de la Reine d’Ethiopie que baptise Philippe à Gaza, joie de Corneille et de sa maison à la venue de Pierre, joie du geôlier et de sa famille évangélisés par Paul et Barnabé en pleine nuit… leur joie envahit à leur tour les apôtres et les affermit dans leur mission au-delà de toutes les contradictions.

Evangile donné, joie reçue, mission en marche : La joie de l’Evangile est bien le second ressort de la dynamique missionnaire, ne nous en privons pas !  »

3e ressort : La splendeur de la Vérité - Transmettre la foi

« « Nous ne pouvons certes pas taire ce que nous avons vu et entendu » répliquaient Pierre et Jean au Sanhédrin ; Jésus lui-même avait prévenu : « s’ils se taisent, les pierres crieront ». Témoins de la Transfiguration, témoins du Christ donnant sa vie sur la croix , témoins du visage du ressuscité, les disciples ne pouvaient pas ne pas désirer ardemment faire partager à tout un chacun ce qu’ils avaient découvert, vu et « touché » du Verbe de Dieu. Malheur à moi si je n’évangélise pas, s’exclamait saint Paul.

Par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, tous les fidèles sont eux-mêmes illuminés, fortifiés, nourris ; ils sont appelés à devenir lumière du monde et sel de la terre ; c’est Jésus lui-même qui nous y appelle. Cette vérité de foi qui a éclairé mes ténèbres intérieures et m’a libéré, la garderai-je pour moi ? - certes pas ; je la contemple, je la médite pour mieux la saisir et déjà en témoigner, la transmettre enfin comme un trésor, plus sûr moyen de ne pas la perdre.

Ne faites-pas crier les pierres : parlez ! Notre devise, contempler pour témoigner, troisième levier de l’action missionnaire. »

4e ressort : L’Espérance du salut, pour moi, pour tous …

« Jésus le proclame : « Votre Père qui est aux cieux veut qu’aucun de ces petits ne se perde » (Mat . 18, 14). C’est clair et décisif, la volonté de Dieu est bien le salut de tous ; nous ne pouvons aspirer au salut sans espérer que tous y parviennent. D’emblée cette attente du salut, de la vie éternelle, nous projette vers l’annonce de la Bonne Nouvelle à tous ceux qui ne l’ont pas encore reçue.

Toute la tradition chrétienne le crie, ce n’est pas aimer Dieu que de s’accommoder qu’il ne soit pas connu par toute la terre, dans toutes les « périphéries de ce monde ! »

Depuis les Indes, Saint François-Xavier écrivait à ses amis parisiens : « Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens uniquement parce qu’il ne se trouve personne aujourd’hui pour en faire des chrétiens. J’ai très souvent eu l’idée de parcourir toutes les universités d’Europe… pour hurler partout d’une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité, en leur disant : Hélas, quel nombre énorme d’âmes, exclu du ciel par votre faute ! ».

L’espérance du salut, un cadeau à partager avec tous, le moteur incontournable de la dynamique missionnaire »

5e ressort : A l’école du Bon Samaritain, l’élan de la charité

« Le Bon Samaritain nous laisse un exemple : peu de paroles mais beaucoup d’amour ; touché de compassion, il s’approcha. Les longs discours fatiguent, la charité jamais ; mais elle ouvre les cœurs et dispose à laisser le Christ établir en nous sa demeure. Voilà l’évangélisation en marche !

Mais, direz-vous, notre homme était trop mal en point –laissé à demi mort, sort peu enviable- il n’a pas remarqué le Samaritain et son agir secourable et, dès lors pas d’ouverture du cœur, pas de conversion… pourtant le Bon Samaritain ne se lasse pas, il transporte l’homme à l’hôtellerie, le recommande à l’aubergiste, paie même la pension du malheureux : vous l’avez reconnue, c’est toujours la charité à l’œuvre ; elle qui, est patiente, qui supporte tout, endure tout et ne manquera pas de porter des fruits abondants, secrètement, l’évangélisation avance !

La charité est la signature du Christ, sa marque propre. Elle nous fait le rencontrer dans le geste secourable qui nous sauve mais aussi dans le pauvre dont on s’approche ; par là, elle s’avère être un double et puissant vecteur d’évangélisation nous donnant d’expérimenter de façon imprévue toute la richesse du cœur de Dieu.

La charité, langage silencieux du missionnaire, parle à notre cœur. »

6e ressort : L’obole de la veuve - Le partage au service de la mission

« Vous vous êtes laissé toucher par le Bon Samaritain, sa compassion, sa charité jusqu’au bout. Vous avez peut être hésité un instant puis vous avez désiré suivre ses pas. Vous avez raison, suivre le Bon Samaritain, c’est suivre le Christ.

Maintenant voici la Veuve, la pauvre veuve ; vous la plaigniez : pauvre et veuve, double tristesse. Vous voyez son geste, sa générosité ; à quoi servira sa piécette, elle ne le sait pas au juste mais elle la donne ; elle ne doute pas qu’elle sera bien utilisée, au mieux, pour les grands besoins du peuple de Dieu ; secrètement elle s’en réjouit d’avance, joie immense que procure le partage des biens… Donner, à mon tour, comme la veuve, avec générosité c’est-à-dire avec effusion, largement ; cela me tente ; j’hésite encore… justement cette semaine, ce dimanche, l’Eglise m’invite à un geste de partage, pour les missions, pour aider les missionnaires dans leur labeur, les diocèses jeunes à proclamer l’Evangile, ceux qui sont persécutés à tenir bon dans l’épreuve. L’obole de la veuve, presque rien mais geste fort cependant, qui tisse des liens précieux, apporte un soutien longtemps attendu et affermit le courage. Votre obole au service de la mission, n’hésitez pas. »

7e ressort : Un soutien sans faille de l’action missionnaire : La prière

« Thérèse de Lisieux voulait être missionnaire, partir au loin, mourir martyr ; elle entra au carmel n’en bougea plus et mourut dans son lit ! Vocation manquée ?
Certes non ! « Ne pouvant être missionnaire d’action, écrit-t-elle, j’ai voulu l’être par l’amour et la pénitence ». La voilà à l’œuvre, priant et suppliant pour soutenir ceux partis au loin annoncer le Christ. Elle l’écrit à l’un d’eux, évoquant le livre de l’Exode (17, 8-16) : « Comme Josué vous combattez dans la plaine ; moi je suis votre petit Moïse et sans cesse mon cœur est élevé vers le ciel pour obtenir la victoire ».
Pie XI n’y tint plus, il déclara Thérèse Patronne des Missions pour que chaque chrétien se sache appelé à être vrai missionnaire là où il est, dans la vocation propre qui est la sienne ; l’un par l’action, l’autre par la prière.
La Semaine Missionnaire Mondiale se dit en trois mots : témoigner, prier, partager. Le second n’est pas le moindre ; au cœur de l’action missionnaire, il y a la prière, elle est sa source et son soutien : quand jaillit la prière les témoins se lèvent, les mains s’ouvrent, la mission avance… pour que l’Eglise vive partout dans le monde.
 »

+ Patrick Le Gal
Evêque Auxiliaire de Lyon
Directeur National des Œuvres Pontificales Missionnaires

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