Samedi 17 janvier 2015 — Dernier ajout vendredi 16 janvier 2015

Chrétiens en dialogue

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier 2015)

En 2015, la semaine de prière pour l’unité (18-25 janvier) invite tous les chrétiens à écouter le récit de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine : « Donne-moi à boire » (Jn 4,7). N’est-ce pas aussi une invitation à redécouvrir ensemble le sens et la force du dialogue entre chrétiens dans l’évangélisation ? [1]

Vers la fin de Vatican II (1965), la constitution Gaudium et spes (n° 92) avait confirmé que l’Église en concile désirait demeurer une Église en dialogue.
L’exhortation du pape François Evangelii gaudium y est revenue : « l’engagement pour l’unité  » est appelé à « se transformer en un chemin incontournable d’évangélisation » (n° 246). L’entretien avec la Samaritaine ne s’était-il pas conclu sur l’annonce de Jésus comme « le sauveur du monde » ? Qu’est-ce que dialoguer et comment les chrétiens sont-ils conduits à dialoguer entre eux ?

Une culture du dialogue

Le dialogue est devenu une valeur dans les sociétés, là même où l’État ne présente pas une constitution démocratique. La parole doit être librement et équitablement partagée. La vie passera par toutes formes de réciprocité. L’actualité s’ouvre au dialogue social, aux confrontations d’idées, aux recherches de consensus. Le quotidien aspire aussi à la réciprocité, depuis les conversations de proximité jusqu’à des coopérations inscrites dans l’espace et la durée.
Si une valeur représente un bien, ne requiert-elle pas également des règles ? Elles empêchent de se payer de mots. Elles séparent le vrai du faux. Les débats parlementaires donnent peu l’image d’un dialogue. La confrontation y cède le pas à l’affrontement. Mais le dia¬logue se retrouve-t-il dans une négociation en vue d’un compromis ? Tout échange positif doit-il être dit dialogue ? Le dialogue œcuménique pose en tout cas d’autres exigences, surtout quand il devient théologique.

Les dialogues théologiques

Alors que l’usage du mot « dialogue » était moins répandu, le dialogue œcuménique a désigné immédiatement les échanges entre théologiens de diverses confessions chrétiennes pour mieux se comprendre mutuellement ; au-delà, pour rechercher des accords doctrinaux. Renonçant à toute quête de pouvoir et à tout compromis d’intérêts, il y avait à chercher ensemble la vérité sur la révélation chrétienne en allant, grâce à des arguments partagés, d’un dissensus à un consensus. De tels dialogues sont devenus officiels après la Seconde Guerre mondiale : les uns bilatéraux, par exemple entre protestants réformés et protestants luthériens ; d’autres multilatéraux, initiés par le Conseil Œcuménique des Églises, avec bientôt la participation de l’Église catholique.
Un dialogue entre théologiens ne suffit pas. Ses résultats attendent d’être reçus dans les Églises. Ce fut le cas en 1999, entre luthériens et catholiques, pour la doctrine de la justification, à la source des séparations du XVIe siècle. Mais un accord entre deux partenaires ne s’élargit pas aisément. Ainsi l’accord de 1999 n’a-t-il pas suscité l’adhésion des orthodoxes. Identifiant l’homme sauvé à l’être uni à Dieu, ceux-ci reprocheront aux occidentaux de toujours fixer l’homme sauvé à l’être libéré du péché.
Si la rareté des dialogues aboutis met en doute l’efficacité de l’œcuménisme théologique, c’est bien par là que l’œcuménisme demeure une quête de l’unité visible de l’Église, un chemin vers une pleine communion des chrétiens.

Les dialogues quotidiens

Que le mot « dialogue » soit désormais associé spontanément avec « interreligieux » devrait étonner, car on ne cherche ici ni accord doctrinal ni a fortiori unité visible. N’est-ce pas le signe à la fois d’une plus grande discrétion du projet œcuménique et d’une plus forte attention à une vie en dialogue ? On préfère la conversation à la discussion, les rencontres aux colloques. Notre œcuménisme ne vit-il pas en effet d’échanges aux formes multiples ?
Il y a le plus visible, les prières communes : semaine de l’unité chrétienne et Journée Mondiale de Prière (mars) ; veillée avec les anglicans à Locarn (décembre), lecture de la Passion à Guingamp (vendredi saint), divers groupes de prière … Les invitations mutuelles sont bienvenues : de notre part, pour les ordinations ; à notre égard, lors de la visite canonique d’une paroisse orthodoxe ou pour l’inauguration d’une église évangélique. C’est aussi un bonheur de nous rendre des services : mise à disposition de locaux paroissiaux ou de chapelles (Plérin et Lannion). Certaines initiatives partagées ont déjà longue vie : dans l’évangélisation (Parcours Alpha, Bibl’Armor), la réflexion (Café théologique), la solidarité (ACAT). Enfin, la rencontre annuelle à Timadeuc (voir ECA 2014 n° 6) participe modestement à une interpellation réciproque des confessions. S’il resterait à dire et davantage à faire, on ne saurait oublier le témoignage des couples interconfessionnels. Un mot manque encore : l’amitié. Quand elle n’est pas au commencement, elle offre un ressourcement à tout œcuménisme.

[1Célébrations oecuméniques de la semaine de l’unité des chrétiens :
- Saint-Brieuc, chapelle Saint Guillaume, mercredi 21 janvier à 20h00.
- Lannion, chapelle Saint Yves, jeudi 22 janvier à 20h00.

Voir en ligne : Unité des chrétiens avec Croire.com