Dialogue interreligieux
Mercredi 1er décembre 2010

Conférence des responsables de culte en France

Quelle définition de la religion ?

Associant représentants du judaïsme, de l’islam et du bouddhisme aux trois familles chrétiennes de France, orthodoxe, catholique et protestante, cette nouvelle coordination s’est réunie le 23 novembre 2010.

La République française parle de cultes et non de religions. Les Autorités de la République reçoivent les représentants des Cultes, le Ministère de l’Intérieur abrite un Service des Cultes et, lorsque les musulmans se sont donné des représentants, a été créé le Conseil Français du Culte Musulman. La représentativité des diverses unions ou fédérations de musulmans a été calculée à partir de la surface des mosquées. Un culte a une réalité matérielle et une existence publique. On ne s’étonnera donc pas de voir apparaître sur la scène publique une Conférence des responsables de culte plutôt que des responsables religieux.

Cependant, comme l’initiative de la Conférence a été prise par des responsables religieux, ceux-ci devaient se donner une identité commune, soit une définition de la religion. Il en existe de nombreuses, les unes jugées trop faibles, applicables à beaucoup d’associations, les autres jugées trop fortes, réductibles à une minorité de religions. Le dossier demeure large¬ment ouvert dans les sciences des religions, histoire et sociologie notamment. Alors, sur quelle définition se retrouverait la Conférence des responsables de culte en France ? Son premier communiqué, celui de l’acte de fondation, emprunte simplement une définition au philosophe et protestant Paul Ricœur (décédé en 2005) :

Ce qu’on appelle généralement la religion a à faire avec la bonté…aussi radical que soit le mal, il n’est pas aussi profond que la bonté. Et si la religion, les religions, ont un sens, c’est de libérer le fond de bonté des hommes, d’aller le chercher là où il est complètement enfoui.

Cette citation porte un message d’actualité : opposer le dialogue à une violence à l’œuvre aussi dans et par les religions. Elle se distingue surtout par une absence de référence à Dieu. Cette absence surprendra les uns et en troublera d’autres. La présence du bouddhisme parmi les signataires l’exigeait simplement. Le bouddhisme est sans foi en Dieu mais non sans chemin de salut, si l’on entend généralement par salut à la fois la libération d’un mal et l’accomplissement d’une vie. Pour les disciples du Bouddha (l’Éveillé), la voie conduira à l’extinction définitive de l’être par sortie du cycle malheureux des renaissances (réincarnations). Elle y acheminera à travers un certain nombre de pratiques cultuelles, intellectuelles et morales au nombre desquelles figure la compassion. On comprend ainsi que la définition de la religion laissée par Ricœur soit apparue acceptable à tous. Seul parmi les signataires à ne pas confesser Dieu en sa création et sa révélation, le disciple du Bouddha peut encore rejoindre ses partenaires pour « libérer le fond de bonté des hommes », « aussi radical que soit le mal ».

Dans l’attente des effets à venir de la Conférence des responsables de culte en France, on retiendra de son premier communiqué que la définition la plus large de la religion a pour horizon non pas le divin mais le salut. Nous le savions déjà depuis que le bouddhisme est entré sans retour dans le cercle des religions : non seulement pour les émissions du dimanche matin sur France 2 mais encore pour les invitations transmises par le pape Jean Paul II à Assise en 1986.

Yves Labbé
Délégué au dialogue interreligieux