Jeudi 2 avril 2015

Consacrée, en quoi êtes-vous reconnaissante du ministère des prêtres et des diacres que vous avez rencontrés ? (témoignage)

A l’occasion de la rencontre du Père Jean Pierre LONGEAT, président de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) avec les prêtres et diacres du diocèse ce Mardi Saint 31 mars 2015, Sœur Roselyne COAT (Sœur du Saint Esprit) a donné ce témoignage en réponse à la question qui lui était posée : consacrée, en quoi êtes-vous reconnaissante du ministère des prêtres et des diacres que vous avez rencontrés ?

Ma vie de consacrée marquée par la collaboration avec des ministres de l’Eglise, prêtres et diacres : témoignage.

L’appel initial.

Il remonte loin dans le temps (les années 52 / 56).
De mes années de première et terminale, je garde le souvenir, presque visuel de ce « Nouveau Testament » que j’avais entre les mains. Le lire, le feuilleter, m’attarder à certaines pages de l’Evangile me plaisait, m’attirait. J’éprouvais du bonheur à ce contact avec la Parole de Dieu. Je me sentais concernée, stimulée par ce livre. Je me suis souvent arrêtée à ces 2 versets de l’Evangile de Jean : Jean 14, 25-26 Jean 15, 11 « Vie » et « Joie » « en abondance ». Je demandais beaucoup. J’allais apprendre le rude et long chemin où l’Esprit Saint me conduisait à la suite du Christ. Un horizon qui m’attirait, dont je me sentais loin et qui pourtant m’apparaissait réel. Une Promesse comme Dieu sait en faire. Une sorte de socle sur lequel je pouvais appuyer ma vie.
Un prêtre, directeur de l’enseignement catholique venait régulièrement dans cet établissement. Ses commentaires de l’Ecriture répondaient à un désir d’approfondir cette foi que je sentais devenir lumière en moi. Il nous avait introduites dans ce livre du P. G.HUYGUES « Le Mystère Pascal » Ce livre date. Pour l’époque, c’était une belle éclaircie. Une très grande ouverture de notre intelligence et de notre cœur sur les mystères de la foi / sur le Grand Mystère de la foi. J’ai souhaité rencontrer personnellement ce prêtre. Commençait là ce qu’on a appelé plus tard « accompagnement spirituel » J’y ai eu recours personnellement toute ma vie comme à une aide précieuse pour reconnaître le désir de Dieu pour moi.
Pour ce service de ma vie spirituelle, j’ai toujours trouvé une grande disponibilité chez vous les prêtres et ma confiance n’a pas été déçue.

Durant les années d’enseignement après mon baccalauréat, la perspective d’être religieuse m’est devenue de plus en plus familière. En 3 ans, par la prière et l’aide de mon accompagnateur, elle s’est imposée à moi comme une évidence.
Pour moi, cette présence du Seigneur à ma vie, cet appel particulier, je le reconnaissais à des signes. Des signes qui avaient une certaine tonalité, marquée par mon histoire, mon tempérament, ma sensibilité, mes résistances, l’étape où j’en étais de ma foi. Tout au long de l’existence, je retrouve ces signes de la présence de Dieu, ces mouvements intérieurs, sensiblement les mêmes, une même couleur de fond. Ce qu’Ignace appelle les « motions de l’Esprit » Nous finissons par les reconnaître comme la manière propre dont Dieu nous parle. Notre nom dans le cœur de Dieu Oui, « l’Esprit parle à notre esprit pour nous dire, à nous, à chacun que nous sommes enfants de Dieu » Rm. 8
Un auteur spirituel, Jésuite, contemporain de notre fondation en 1706, le Père Vincent HUBY écrit :

Un point important de la vie spirituelle, est de bien connaître de quelle manière Dieu nous conduit…
Pour parvenir à cette connaissance, étudier quelles sont les lumières qui éclairent ordinairement notre esprit pendant l’oraison, quelles sont les touches et les impressions qui remuent plus fortement notre cœur. C’est dans ces lumières et dans ces impressions subites, inopinées, et qui reviennent souvent et sans aucune occasion, que consiste l’attrait de la grâce.
Je dois m’accommoder à ma grâce et à ma croix

poursuit le P. Huby.

Ayant reconnu dans ces signes l’appel de Dieu à la vie religieuse, j’entrais au noviciat des Filles du Saint Esprit. Je n’avais connu qu’elles, parmi elles des sœurs très sympa. Le nom, la référence au Saint Esprit ne me touchaient pas particulièrement. « Je comprendrai plus tard »
En prenant cette décision, en quittant ma famille (à cette époque, je ne devais y revenir qu’au bout de 5 ans) j’ai vécu la Parole de Dieu comme « coupante, une arme à 2 tranchants ». Je renonçais au mariage et à la maternité. J’ai vécu mes premiers mois au noviciat comme éprouvants : ce cadre de vie si austère, les temps de prière pas forcément très consolés. Ce qui m’a sauvée, c’est l’accompagnement de la sœur chargée du noviciat. J’ai pu avoir une très grande ouverture avec elle. Elle pouvait tout entendre, aider à discerner, à garder le cap, à reconnaître son chemin, à redonner confiance, à faire avancer.

Le « entre nous » au Noviciat a aussi beaucoup joué dans mon discernement. Entrer dans la vie religieuse, c’est faire profession des trois vœux dans une communauté, avec celles que nous allions considérer comme des « sœurs ». Nous en faisions déjà l’expérience durant les années de formation. A l’époque, nous étions nombreuses, Le groupe pouvait peser. Mais nous pouvions échanger, partager nos découvertes et nos craintes, nous savions rire…
J’ai fait profession définitive en 1961 dans la congrégation des Filles du Saint Esprit.

Dans la lumière de l’Esprit, la Parole de Dieu le visage de Jésus Christ.

J’expérimente que cette parole est vivante. Elle s’actualise pour moi. Elle est lumière et paix pour mes pas maintenant, aujourd’hui. J’y reconnais l’œuvre de l’Esprit. Je prends beaucoup mon inspiration dans les psaumes. Un exemple entre mille « Retrouve ton repos, mon âme, car le Seigneur t’a fait du bien » Dans mes troubles et mes doutes, ce verset du psaume crée quelque chose en moi : paix, réconfort, lumière. Elle m’apaise. Comme si elle était écrite pour moi aujourd’hui. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint dans le cœur. Vrai au niveau personnel, ce l’est d’autant plus pour l’Eglise toute entière. La réalisation de la Promesse de Jésus : « Je ne vous laisserai pas seul. Je vous enverrai un autre Paraclet pour être toujours avec vous. Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit » Au moment voulu, si nous sommes disponibles, la Parole de Jésus devient réellement « chemin sous nos pas ».
Il ne s’agit pas d’un rapprochement intellectuel de nos vies et de la parole : tous les mots font en nous, en chacun l’œuvre de l’Esprit Saint.

Nous avons en commun Prière du Temps Présent, certaines hymnes de la liturgie des Heures expriment très bien la manière dont cette Parole nous touche, me touche. Je prends une de ces hymnes

« Dieu au-delà de tout créé » couplet 3.

« Dieu que nul homme n’entendit, Nous t’écoutons parole enfouie là où nous sommes. Béni sois-tu d’avoir semé dans l’univers à consacrer des mots qui parlent aujourd’hui et nous façonnent »

Tous les couplets de cette hymne expriment le paradoxe de la foi… Nul homme ne l’entend et pourtant on l’écoute… Nul n’a pu le voir et pourtant, on le voit prendre sa part de nos souffrances…
Tous se terminent par un « Béni sois-tu » Le couplet 3

  • Parole « enfouie » : elle ne se donne pas à voir sans recherche Mais elle a été semée…
  • « Là où nous sommes » pas ailleurs, dans le moment présent, maintenant…notre vie personnelle, celle « du monde à consacrer » aujourd’hui.
  • Ces mots « nous façonnent », créent en nous des attitudes nouvelles, nous poussent à d’autres comportements…

Cette écoute de la parole de Dieu, nous la faisons aussi en communauté de religieuses à travers nos partages d’évangile, nos dialogues contemplatifs. J’ai été souvent émerveillée par les manières diverses dont la même parole touchait chacune. Elle produit quelque chose entre nous. On reprend en communauté la vie quotidienne renouvelée, simplifiée… du moins pour un temps.

Dans ce désir de « devenir plus familière de la Parole de Dieu », votre apport à vous les prêtres m’a été un profond enrichissement. J’ai reçu l’envoi à mes quatre années d’études à l’ISPC comme une grâce. Une grâce d’Obéissance. Nos enseignants étaient pour la plupart religieux ou prêtres diocésains. Parmi les étudiants, beaucoup de prêtres aussi. L’enseignement reçu et les multiples échanges m’ont permis une meilleure approche et une nouvelle connaissance souvent émerveillées des Ecritures.

La demande de collaboration au séminaire de Saint Brieuc puis à Rennes a été pour moi une surprise. Ma congrégation m’y a envoyée. Je l’ai accepté simplement, naïvement peut-être. Mon cadre de vie changeait complètement et ce service allait me demander beaucoup de travail. Mais, j’ai reçu autant que j’ai donné, à travers les échanges de la vie quotidienne, les réflexions étayées par des lectures, par un travail d’approfondissement, par de multiples rencontres de gens de l’extérieur.

Après 6 ans de service au Séminaire de Rennes, j’ai fait une retraite de 30 jours. Un temps qui a raffermi ma foi, approfondi mon intimité avec Dieu. Un temps pour moi où j’ai beaucoup contemplé le visage de Jésus Christ. Au long de mon retour du lieu de ma retraite j’ai été habitée par une des icônes du Christ Ressuscité marchant sur les tombeaux. Une image lumineuse qui connaîtra bien des éclipses, vous vous en doutez. Elle gardera pour moi la force d’un don reçu, jamais repris.

Actuellement, nous religieuses Filles du Saint Esprit puisons à une autre source, celle des Associés - laïcs pour la plupart- et des « Consacrées Séculières ». Nous nous entraidons à garder vivante la spiritualité des origines marquée par la foi en l’Esprit Saint. J’ai eu personnellement la chance d’accompagner le groupe des Associés quand il prenait corps en France et en Belgique. Comment ne pas y reconnaître la grâce de l’Esprit donnée « en abondance » à notre Congrégation et à l’Eglise ? Par cette « Famille » qui se cherche et se constitue peu à peu, le charisme restera vivant sur les continents où nous sommes. La situation du Chili est frappante de ce point de vue : les associés nombreux sont très investis avec les sœurs dans leur mission au cœur des favelas. Les filles du Saint Esprit chiliennes sont peu nombreuses. Elles œuvreront avec les Associés dans le même esprit.

En terminant ce point intitulé Parole de Dieu, visage du Christ, je pense à cette Semaine Sainte que nous vivons. La Contemplation du Christ au long de ce Carême nous a été offerte par la Liturgie. Où trouver, en effet une autre source que dans les célébrations qui jalonnent ce temps de notre marche vers Pâques, dans les textes que l’Eglise nous propose jour après jour ?

La grâce des Sacrements.

L’Eucharistie  : durant mes études secondaires, j’étais interne et la messe quotidienne état au programme. Ensuite : aussi bien au cours de mes 3 années d’enseignement où je logeais dans les locaux d’une communauté que dans le temps du Noviciat, je participais à la messe de tous les jours. J’ai commencé à y trouver du sens au cours de ma formation à la vie religieuse. Durant mes années d’étude, elle est devenue peu à peu le cœur de ma vie chrétienne de consacrée.
Avec ton Fils Bien Aimé, en communion avec toutes mes sœurs et tous mes frères du monde, « voici que je viens Seigneur faire ta volonté ».

Dans le cadre du Séminaire, j’ai vécu ces célébrations quotidiennes, souvent dans une assemblée jeune, chantante. Une ambiance de fête qui contribuait à entrer davantage dans ce Mystère Eucharistique, cœur de la vie chrétienne. Dans certaines eucharisties où nous étions un petit nombre, les célébrants que je rencontrais dans la vie quotidienne, je les voyais investis de cette grâce de « faire cela en mémoire de Jésus, le Christ ». Le mystère inouï célébré par Grâce par des hommes de l’ordinaire.
Mon expérience de la célébration eucharistique s’est enrichie aussi de la présence de plus en plus familière des diacres. J’étais aidée en cela par cette autre mission qui m’a été confié au Comité diocésain du diaconat. Leur présence aux côtés du prêtre est discrète. Elle m’a paru de plus en plus significative lorsque j’ai participé à la célébration des Ministères institués de la Parole, de la prière pour les futurs diacres.

La réconciliation  : j’ai jugé bon de pratiquer toujours la célébration personnelle de ce sacrement. Une médiation, celle d’un prêtre, me paraissait favoriser la prise de conscience de ma responsabilité et un signe concret du Pardon de Dieu. Au fil du temps, je réalise que l’image de Dieu comme un Dieu du Pardon et de la miséricorde m’est devenue comme plus lumineuse.

Maintenant, je m’adresse à vous, Monseigneur, en ce jour où vous célébrez la Messe Chrismale. Vous êtes déjà au milieu de nous comme un pasteur qui, par Grâce, rassemble le peuple qui lui est confié dans la communion de l’Esprit Saint. Vous allez célébrer une Eucharistie solennelle, bénir les huiles saintes. Vous allez les confier à toutes les paroisses du diocèse. Un symbole très fort de la tendresse et de la miséricorde Dieu pour tous, à tous moments de la vie : Baptême, Confirmation, Onction des malades, Ordination.
« Il est grand le Mystère de la Foi »

La vie ecclésiale dans l’unité de l’Esprit.

Rappelant mes années à Rennes, je veux parler aussi de la présence des séminaristes. Des jeunes à cette étape de leur vie, avec au cœur cette disponibilité à répondre à l’appel du Seigneur vers le Sacerdoce. Leur attente de formation me stimulait dans ma tâche d’enseignante. C’était une période difficile mais ils étaient motivés, en attente de tout ce qui contribuait à approfondir leur foi. Ils étaient demandeurs, exigeants. Ils faisaient confiance aussi. Même à cette femme seule au milieu de ces messieurs. Je me sentais en communion avec eux dans leur recherche. Ces six années de ma vie ont été et restent pour moi une étape inattendue mais forte et fructueuse.

Le service pastoral en paroisse a été très marquant pour moi. Deux paroisses : Brest N.D du Bouguen, 10 ans, l’autre Lannion 6 ans, récemment. Dans les 2 situations, j’ai fait l’expérience heureuse, exigeante d’une communauté chrétienne vivante où chacun jouait son rôle. Une collaboration franche prêtres, diacres, laïcs, religieuses.
J’étais proche des prêtres responsables de la paroisse. Qu’ai je perçu alors du ministère du prêtre à travers les homélies, les réunions de toutes sortes, la réaction aux événements locaux, les projets mis en œuvre ?

Ils avaient d’abord à accueillir, à aimer –sans doute- le lieu où ils étaient envoyés, les gens qui y habitaient, cette paroisse qui leur était confiée. Sur ce point, j’ai admiré leur attitude de pasteur : soucieux de connaître la réalité, et aussi d’apporter du neuf selon leur charisme propre et les besoins du moment. Au cœur, une grande disponibilité. J’ai connu et participé à une pastorale ouverte à la diversité des populations, réagissant au nom de la communauté chrétienne aux événements de la vie. Gardant les yeux des croyants ouverts aux autres communautés chrétiennes, à l’Eglise universelle.
Les homélies ? Dans l’ensemble, je les ai aimées. L’homélie du dimanche est pour moi, partie prenante de la pratique dominicale. Ce commentaire de l’Ecriture élargit l’horizon. Il s’adresse à un public si varié qu’il demande sûrement prière et réflexion. Je suis une auditrice attentive avec un a priori de bienveillance. Dans les 2 cas, Brest et Lannion, c’était la communauté religieuse entière qui était concernée. Les sœurs étaient diversement engagées dans la cité ou dans le service pastoral. Pour ces prêtres la vie religieuse avait du prix. Nous étions reconnues comme « présence d’Eglise dans les milieux défavorisés où nous habitions ».Quand je j’ai quitté ces lieux, d’autres prennent la relève. Un nouveau dynamisme renaît.

A travers ma connaissance des diacres, je suis de plus en plus touchée par leur disponibilité à une Mission qui leur est confiée par l’Evêque après leur avoir imposé les mains C’est un profond engagement de leur vie et, par là même celui de leurs épouses, leurs enfants. L’appel solennel qu’ils reçoivent et auquel ils consentent –diacres et épouses- suppose tout un cheminement de discernement, de réflexion, de prière.
Je suis témoin, plus ou moins proche, mais toujours admirative de l’engagement dont ils font preuve dans l’exercice de leur Mission. Ils y mettent toute leur compétence, leur cœur, leur sens du service, leur joie aussi, ils donnent de leur temps. Ils ont au cœur « l’amour de l’Eglise ». Cette disponibilité a à voir avec celle qui nous ai demandée à nous religieuses dans notre envoi à différentes communautés.

Par mode de conclusion, La Congrégation des Filles du Saint Esprit

Notre Règle de Vie nous dit : « Notre fraternité en Congrégation s’exprime essentiellement par la fraternité vécue en communauté… …Simples et ouvertes, insérées dans le peuple auquel nous sommes envoyées, elles sont une des réalités de l’Eglise diocésaine » …

Je n’ai pas trouvé meilleure conclusion que l’évocation de nos origines. Elles sont modestes : 2 femmes, Marie Balavenne et Renée Burel. Lycée Marie Balavenne à Saint Brieuc : ça vous dit quelque chose ! Mais aussi « collège Marie Balavenne » au cœur du Nigéria. « Foyer Marie Balavenne » au Burkina Faso. Le visage de Marie Balavenne attire. Sans instruction, elle avait déjà vécu une vie d’épouse et de mère avant de créer la première communauté. Deux femmes oui, avec le soutien d’un prêtre diocésain Dom Jean LEUDUGER. Un prêtre zélé et instruit nous disent ses biographes. Nous tenons, je crois, de lui la solidité théologique de la spiritualité de la Congrégation telle qu’elle est formulée dans la première Règle dite « de Taden » 1729.
« Devant être remplies de charité pour s’acquitter de leurs obligations, elles honoreront le plus parfaitement qu’il leur sera possible les trois Personnes Adorables de la Trinité. Mais, elles auront une dévotion spéciale à la troisième, le Saint Esprit qui est l’Amour du Père et du Fils comme lui étant particulièrement dévouées et consacrées »