Vendredi 11 mars 2016

Crise migratoire. « Les moyens mis en place par l’Etat sont largement insuffisants ».

Aujourd’hui, Jacques le Troquer, membre de l’Association de Solidarité avec tous les Immigrés, est l’invité de la Congrégation religieuse des Filles de la Divine Providence de Créhen (22). Son intervention porte sur le combat qu’il mène au quotidien : l’aide aux migrants. Ce phénomène de migration est-il nouveau ? Quelles sont les solutions concrètes qui peuvent être apportées ? Décryptage.

migrants
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« L’idée de cette journée est de faire le point et de prendre du recul sur la crise actuelle », explique Jacques le Troquer. Durant cette journée, il s’agit de mieux comprendre la situation dans laquelle nous sommes. Qu’est-ce qu’un migrant ? Un réfugié ?… sont les premières questions à se poser selon lui. « Le terme de ‘migrant’ est un terme général et générique. C’est celui qui se déplace ». Derrière le terme de ‘réfugié’, « il y a un statut juridique particulier. Le réfugié est celui qui a obtenu une protection ». L’Association Terre d’Asile explique également très bien les droits que confère ce statut. « Un demandeur d’asile est un étranger inscrit dans une procédure visant à obtenir la reconnaissance du statut de réfugié ». Il ne devient alors « réfugié » qu’en cas de « réponse favorable à sa demande », ce qui l’autorise à séjourner dans le pays d’accueil.

Au temps des « boat-people » (1979), lorsque les migrants fuyaient le Viêt Nam par la mer pour raisons politiques notamment, « 80% obtenaient l’asile contre 20% des migrants aujourd’hui ! Les frontières se sont fermées », déplore Jacques le Troquer. « Les migrants provenant de Syrie, d’Irak, d’Erythrée ou encore d’Afghanistan ont 90% de chance d’obtenir l’asile. Au contraire, ceux issus de la République Démocratique du Congo, où c’est pareillement la guerre, sont pratiquement tous déboutés de leur demande… Le fonctionnement est très inégalitaire et injuste ». Cette crise migratoire a obligé les pays européens à prendre des décisions sans précédent, à travers une répartition équitable des migrants. « La France avait déclaré avoir le projet d’accueillir 30.700 personnes. 140 ont été pris », constate Jacques le Troquer. « Notre système est devenu tellement compliqué que nous ne sommes plus une terre d’accueil. Les migrants préfèrent rallier le Royaume-Uni ou la Suède ».

Une situation « décourageante »

« Le système juridique français est de plus en plus au point… pour fermer la porte », ce qui rend le travail des associations de plus en plus difficile sur le terrain, se désole Jacques le Troquer. Sujet d’actualité brûlant, la question de l’accueil des migrants en France reste pourtant à relativiser pour ce dernier. « Les migrants ne représentent que 3,2% de la population contre 5% au lendemain de la guerre ! ». Cependant, tout n’est pas gagné une fois le statut de demandeur d’asile obtenu. La question du logement reste un point sensible au regard du nombre de places proposées dans les différentes structures. « Les moyens mis en place par l’Etat sont largement insuffisants. Seul 1/3 des demandeurs d’asile sont hébergés en centre d’accueil ». Selon les chiffres de Jacques le Troquer, les Côtes d’Armor ne détiendraient que « 265 places » pour ces personnes en mal de logement. Quelles solutions reste-il pour les autres ? « Appeler le 115 », dénonce Jacques le Troquer. Pour lui, la situation actuelle est « décourageante ».