Mardi 22 juillet 2008 — Dernier ajout mercredi 13 octobre 2010

De retour du Congrès Eucharistique International

Le logo du Congrès sur écran géant -  voir en grand cette image
Le logo du Congrès sur écran géant

Plus de 15000 délégués du monde entier étaient réunis à Québec du 15 au 21 juin, pour vivre le 49e Congrès Eucharistique International, autour du thème : « L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde. » Nous avons eu la chance Philippe et moi, de faire partie des 11 délégués du diocèse et de vous rendre ainsi présents dans ce grand rassemblement.

Qu’entend-t-on par « Congrès Eucharistique International ? »

Adoration du Saint Sacrement -  voir en grand cette image
Adoration du Saint Sacrement

À la messe d’ouverture, le Cardinal Tomko légat du pape, en a donné le sens : « Nous sommes ici pour célébrer la mémoire du Christ, le don ultime de Dieu pour l’humanité. L’Eucharistie est le don d’une personne. Ce n’est pas un objet, mais une personne vivante. Ce n’est pas une relique, mais le Christ qui ne meurt plus. C’est la présence de Dieu au milieu du monde. » Ce Congrès, a-t-il dit, se souvient du don du Christ qui a donné sa vie pour le salut du monde et institué l’Eucharistie en disant : « Faites ceci en mémoire de moi. » En ce 400e anniversaire de la fondation de la première ville française en Amérique du Nord, comment ne pas établir un lien, entre le thème du Congrès et les devises du Québec : « Don de Dieu feray valoir » et : « Je me souviens » ?

Mais comment se passait une journée au Congrès ?

Mgr Fruchaud partageait le repas avec les congressistes -  voir en grand cette image
Mgr Fruchaud partageait le repas avec les congressistes

Le matin, une catéchèse enseignée par un cardinal ou un évêque, était suivie d’un témoignage. La matinée se terminait par la célébration eucharistique. Nous allions ensuite prendre notre « boite à lunch » et nous retrouvions « chez St Paul », une des nombreuses tentes dressées pour accueillir les congressistes. L’après-midi, différents ateliers étaient proposés, puis nous rejoignions nos familles d’accueil. Impossible d’évoquer ce Congrès sans parler de l’accueil chaleureux des Québécois !

Un « Gwenn ha du » fièrement porté par une… québécoise !  -  voir en grand cette image
Un « Gwenn ha du » fièrement porté par une… québécoise !

Notre diocèse était hébergé à la paroisse St-Yves ; plusieurs paroissiens ont créé des liens avec des Lannionais lors du 700e anniversaire de la mort de saint Yves et des JMJ de Toronto. Nous ne sommes pas prêts d’oublier la gentillesse et l’attention de nos hôtes, ni la soirée de fête organisée pour nous le mercredi soir ! La joie d’Hélène et Gilles, d’accueillir un couple de Lannion avec qui ils ont pu évoquer les bons souvenirs de leur passage à Lannion et recevoir des nouvelles de leurs amis était bien palpable ! Tant de chaleur humaine nous a fait oublier la pluie qui a bien arrosé la semaine !

Difficile de résumer une semaine si intense !

15000 participants… -  voir en grand cette image
15000 participants…

Plutôt que de la raconter, je me contenterai d’évoquer quelques « inattendus » de ce que le Congrès dans son universalité, nous a fait voir : Des cardinaux et des évêques marchant dans les rues de Québec dans leurs habits épiscopaux lors de la procession eucharistique ; un laïc, José H. Prado Flores, fondateur de l’école d’évangélisation St-André, sortant de sa poche un bifteck congelé pour expliquer qu’avant de se laisser pénétrer par la Parole, il était aussi dur que ce morceau de viande.

La burundaise Marguerite Barankiste -  voir en grand cette image
La burundaise Marguerite Barankiste

Une femme merveilleuse, Marguerite Barankiste, Burundaise au culot monstre, fondatrice de la Maison Shalom qui a accueilli et sauvé de la violence des dizaines de milliers d’enfants Tutsis et Hutus. Elle a osé rappeler aux cardinaux et aux évêques, que l’Eucharistie ne se trouve pas dans leurs lettres pastorales, mais dans la rue et sur les places : « C’est là que vous verrez Dieu ! » C’est en chantant « Allez-vous en sur les places et sur les parvis », qu’elle a descendu les marches de l’estrade sous un tonnerre d’applaudissements. En écho à ce témoignage, les propos du cardinal de Douala : « L’Eucharistie doit faire de nous des fous de Dieu. Une folie qui ne conduit pas à l’exclusion de ceux qui ne partagent pas la même foi, mais qui au contraire rassemble, car l’Eucharistie est sacrement d’une communion et comporte donc une dimension sociale. Voilà pourquoi l’Église ne peut, ne doit pas rester à l’écart de la lutte pour la justice dans le monde. » Mgr L. A. Tagle, des Philippines n’en disait pas moins : « L’Église qui prétend offrir le vrai sacrifice, ne peut se dispenser de dénoncer les faux-dieux. »

La délégation à Ste-Anne de Beaupré -  voir en grand cette image
La délégation à Ste-Anne de Beaupré

Pour avoir eu le bonheur de vivre cette expérience, et malgré des questions qui restent encore en suspens, nous gardons en nous d’avoir touché de près l’Église universelle vécue dans la fraternité et l’accueil, tels qu’on aimerait les vivre au quotidien dans nos lieux de vie : ça aussi c’est l’Eucharistie, c’est Jésus qui se donne pour la vie du monde à travers nous.

Avec nous aussi pour témoigner de ce concret de l’Eucharistie dans nos vies, Jean Vanier, fondateur de la communauté de l’Arche, « la voix des sans voix. » rappelant aux pèlerins, que s’ils veulent être à l’image du Christ, ils doivent se tourner vers les pauvres, non pour créer des institutions qui s’occuperont d’eux, mais pour s’engager à être en relation avec eux : « L’humanité doit passer maintenant à l’étape de la relation, à celui d’être une présence réelle, compatissante et aimante comme Jésus l’a vécu en prenant parti pour les plus petits. »

Nicola Buttet, de la Fraternité Eucharistein -  voir en grand cette image
Nicola Buttet, de la Fraternité Eucharistein

_ Nicola Buttet, fondateur de la fraternité Eucharistein en Suisse, qui accueille des personnes souvent jeunes « au bout du rouleau ». « Le monde a-t-il dit, a le choix de la transfiguration par l’adoration ou de la défiguration par la consommation, les drogues et autres misères. L’Eucharistie invite à une autre logique, celle du don de soi. »
Mme Nguyen, sœur du cardinal F.-X. Nguyen qui a passé 13 ans en prison, et dont l’ouverture de la cause de béatification a eu lieu en septembre 2007. Chaque jour il célébrait la messe avec une goutte de vin et un peu de pain, et gardait la présence eucharistique dans sa poche, sans que ses geôliers ne s’en aperçoivent.
Mme Nadau-Laour, docteur en théologie et philosophie, évoquant dans un atelier, Marie dans l’Église naissante au Québec. Marie, Notre-Dame de la Nouvelle-Alliance, première femme docteur de l’Eglise, icône de l’Eglise naissante, discrète mais toujours là au bon moment. L’Église naissante c’est nous : « chaque fois que je dis « je crois », l’Église naît en moi. » Marie première Église parce qu’elle a porté le Christ. On ne peut séparer Marie de son fils. Toute dévotion mariale est d’abord centrée sur le Dieu Trinité : c’est une dévotion christocentrée parce que Marie est habitée par Dieu, et elle n’a de sens que par rapport au Christ. « Marie « femme eucharistique » (J.Paul II) nous place dans la juste attitude pour être disciple, recevoir le don, donner Dieu au monde, rendre grâce : eucharistia ! »
Mgr Tessier évêque d’Alger : nous a sensibilisés au fait de « célébrer au milieu des nations. »

La liturgie byzantine -  voir en grand cette image
La liturgie byzantine

Et puis encore, la liturgie en rite byzantin, une expérience de « lavement des pieds », les chants, l’orchestre, la bonne organisation… bref, de tout ce qui nous a permis de vivre une semaine d’amitié et de prière sous le regard du Christ !

Benoît XVI nous a rejoints via le satellite pour l’homélie de la messe de clôture. Il a indiqué que la participation à la messe appelait à « faire face aux défis présents » et à « faire de la planète un lieu où il fait bon vivre. » Après avoir invité les pèlerins à prier pour les vocations, il a annoncé la tenue du prochain Congrès, à Dublin en 2012.
Sans doute étions-nous nombreux à attendre de sa part, des paroles à propos de l’unité des chrétiens et de la disparition des barrières que les croyants élèvent entre eux, ainsi que de celles que leurs Églises dressent aussi envers ceux et celles qui vivent en marge de leur orthodoxie ?…

Vue sur le Saint-Laurent -  voir en grand cette image
Vue sur le Saint-Laurent

Quoi qu’il en soit, je suis convaincue que ce 49e Congrès Eucharistique International aura des retombées pour l’Église. Il aura tout su briser des frontières, toucher les cœurs, et appeler à un changement en profondeur des comportements, à la fois par son universalité et par la manière dont chacun s’est senti interpellé. Cela ne peut pas être sans effet sur la façon d’être de tous les congressistes de retour chez eux.
« Il est grand le mystère de la Foi ! »

Cet article est paru (paraîtra) dans le numéro d’août 2008 du Bulletin paroissial de Lannion et Pleumeur-Bodou « D’une rive à l’autre », et sous une forme condensée dans la revue diocésaine « Église en Côtes d’Armor » du même mois.