Mardi 29 mai 2007

Dieu versus Darwin

L’auteur est un dominicain habitué des plateaux de télévision, docteur en Histoire des Sciences et en théologie, et aussi consultant au plus haut niveau du Centre National d’Études Spatiales.

Dieu versus Darwin,
Les créationistes vont-ils triompher de la science ?

Jacques Arnould, op
Albin Michel, Paris, 2007
317 pages, 20 €


L’auteur est un dominicain habitué des plateaux de télévision, docteur en Histoire des Sciences et en théologie, et aussi consultant au plus haut niveau du Centre National d’Études Spatiales. Ce livre, paru en 2007 arrive presque même temps qu’un autre fortement contestable – et contesté – Atlas de la création du turc Harun Yahya qui a été envoyé récemment dans le circuit des écoles.

Dieu versus Darwin ? Dieu contre Darwin ? La question des origines du monde se pose depuis la nuit des temps et le débat qui tourne autour de l’historicité des récits de la Genèse revient de temps en temps à la surface. A l’époque de Darwin, en plein XIXe siècle scientiste, la paléontologie n’avait pas pris le développement qu’elle a aujourd’hui, et les athées se déclaraient enchantés des observations du savant, qui « prouvaient » donc que le monde n’avait pas eu besoin de Dieu pour exister et l’homme, donc, descendait du singe. Le christianisme alors s’est raidi et prit le contre-pied de ce courant athéisant. Le pape d’alors était Pie IX, homme de foi, mais peu porté sur les nouveautés de la science.

Si l’histoire du fondamentalisme n’est pas uniquement une histoire chrétienne, la question sousjacente à ce courant de pensée est : « Le récit de la Création de la Genèse, est-il un récit dicté par Dieu et donc à prendre au pied de la lettre, ou bien un récit inspiré par Dieu, dont les hommes sont les médiateurs à travers la contingence de leur histoire et de leur culture ? » Les progrès en critique littéraire ont montré depuis qu’il y a en fait deux récits de création, celui du chapitre 1 de la Genèse étant plus récent que celui du chapitre 2 de quelques siècles ! Le document de Vatican II, la Constitution Dei Verbum [1] apporte une réponse officielle de l’Eglise catholique sur ce sujet, de même que le document Interprétation de la Bible dans l’Eglise de 1993 [2] : nous sommes là dans des « mythes fondateurs », les auteurs ayant voulu montrer avec des images de leur temps que Dieu est le créateur de toute chose et que l’homme est son chef d’œuvre. Mais le « combat » n’est pas fini : la presse relate de temps en temps les prises de position d’arrière-garde des fondamentalistes aux États-Unis, dans le Moyen-Orient, mais aussi en Europe et… en France !

Jacques Arnould nous raconte l’histoire et le pourquoi de ce qu’on appelle désormais le créationisme, avec quelques épisodes savoureux quoique ridicules pour leurs auteurs. Il nous entraine ensuite dans la théologie moderne où nous savons que la science et la religion ne parlent pas de la même chose : le rationalisme étroit qui veut tout expliquer bute sur des obstacles impossibles à résoudre dans l’état de nos connaissances, le fidéisme absolu va jusqu’à contredire des vérités évidentes au nom d’une foi qui refuse de penser. Le dernier avatar du fondamentalisme s’appelle l’Intelligent Design, qui consiste en gros à dire que toute la Création est guidée par un « dessein intelligent » qui donne les coups de pouce qu’il faut quand il faut. Un problème : aucune observation ne vient corroborer ce dire.

Cela n’a pas empêché les chrétiens, dont les catholiques de réfléchir à ces questions : songeons à l’abbé Henri Breuil, « inventeur » de la paléontologie moderne, de l’abbé Georges Lemaire, « inventeur » du concept du Big Bang, du jésuite Teilhard de Chardin… même si ce n’était pas forcément facile. Ce n’est pourtant qu’en 1943 que le pape Pie XII officialisa ces recherches, avec l’encyclique Divino Afflante Spiritu.

Comment tenir à la fois une Création issue de Dieu et une évolution observée sur le terrain ? Jacques Arnould montre que cette évolution est justement l’outil dont Dieu se sert pour bâtir le monde. Alors ? Dieu contre Darwin ? Jacques Arnould répond : Dieu et Darwin !

[1Voir le texte de la Constitution dogmatique Dei Verbum 

[2Voir le texte du document Interprétation de la Bible dans l’Eglise, particulièrement les points A et 1.F

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