Ecclesia 22
Mercredi 12 octobre 2011

Église de Quessoy : homélie pour le dimanche 9 octobre 2011

(28e dimanche A)

Une table …

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En recevant la Parole de Dieu, ce dimanche, nous sommes mis devant l’extraordinaire promesse de Dieu : un repas, un banquet … « Venez ! tout est prêt ! »
Le prophète Isaïe emploie des mots extraordinaires : « un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés ».
À des gens qui souffrent, qui sont peut-être en exil, le prophète dévoile un avenir de concorde et de paix, où tous les peuples pourront s’asseoir à la même table.
Bien sûr nous savons que l’annonce d’Isaïe est symbolique et qu’elle ne décrit pas une opulence matérielle ou une absence d’épreuve. Nous comprenons aussi, dans la foi, que la promesse est accomplie en Jésus, dans ce lieu de la croix où le plus grand amour se donne à voir, s’expose et se livre dans l’abandon et le rejet, dans ce lieu où il donne sa vie « pour vous et pour la multitude ».

Mais il s’agit bien d’un repas : un repas de noces, un banquet avec des nourritures succulentes, c’est bon ! Frères et sœurs, ce que nous annonçons est bon.
Réunis « pour l’annonce de la foi », sommes-nous convaincus de la bonté, de la saveur, de la beauté, de l’Evangile que nous avons reçu ? Est-ce que nous savons nous en étonner ? Si nous disons, dans l’Eucharistie, que nous rendons grâces, c’est parce que nous avons reçu grâce sur grâce dans le Seigneur.
Oui il faut savoir nous étonner du don de Dieu, nous en émerveiller, nous raconter les uns aux autres ces pas décisifs que nous avons pu faire à cause de Jésus, nous dire et nous redire « la longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur… de l’Amour de Dieu ».
Le pape Benoît XVI le disait dans des mots très simples dans l’Eucharistie qui rassemblait des jeunes pèlerins du monde entier :
« Oui, le Seigneur vous aime et il vous appelle ses amis (Cf Jean 15,15). Il vient à votre rencontre et il désire vous accompagner dans notre cheminement pour vous ouvrir les portes d’une vie pleine et vous faire participants de sa relation intime avec le Père. »(Homélie du dimanche 21 août 2011 à Cuatro Vientos)

Croyons-nous qu’il est bon pour nous de demeurer en présence de Dieu, non pas tout seul, mais ensemble avec la famille nous donne, dans le corps qu’il construit ? Si nous sommes faits pour être avec Dieu pour toujours, autant commencer tout de suite. Si nous sommes faits pour former l’unique famille de Dieu, autant commencer tout de suite à fréquenter quelques frères et sœurs.

Une table ouverte …

Permettez-moi d’emprunter le titre de cette belle initiative vécue à Saint Brieuc pour apporter un deuxième élément : Dieu invite largement.

Vous entendez dans la parabole de Jésus que l’invitation est large et généreuse. Et même quand les premiers invités ne viennent pas, allant jusqu’à malmener les envoyés, le roi ne se décourage pas et renouvelle l’invitation plus largement encore : « tous ceux que vous rencontrerez, les mauvais comme les bons, invitez-les au repas ».
L’invitation du Seigneur n’est pas seulement pour ceux dont nous pensons qu’ils répondront positivement. Nous savons qu’elle n’est pas d’abord pour les bien-portants ou pour les justes. Nous n’avons pas à réduire à priori l’appel de Dieu.
Avec Ecclesia 2007, avec le projet diocésain de catéchèse donné le 25 mars 2009 par Mgr Lucien Fruchaud, nous sommes mieux entrés dans cette compréhension large et ouverte de l’initiative de Dieu.
Je cite : « c’est désormais chaque baptisé qui dot porter le souci de l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ ». Vous êtes tous ces serviteurs que le Seigneur envoie aux croisées des chemins. C’est à vous qu’il dit aujourd’hui : « tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas des noces ». (Projet diocésain de catéchèse).
C’est le sens des initiatives nouvelles que nous nous partageons aujourd’hui. Initiatives nouvelles, c’est-à-dire, inédites, inhabituelles, inventives, audacieuses, parfois incertaines ou risquées. Elles seront vraiment nouvelles si nous les portons d’abord dans la prière personnelle et communautaire, dans le discernement d’une E.A.P ou d’une équipe de préparation aux sacrements.

En tenue de service

Une table, une table ouverte, en tenue de service …
Car il y a un problème de tenue. Celui qui n’a pas de vêtement de noce se fait jeter dehors. Là, c’est même choquant : voici que le roi, bon et miséricordieux, devient exigeant et impitoyable. Comme comprendre cette deuxième parabole ? Que peut donc représenter ce vêtement de noce pour que son absence soit si grave ?

C’est comme si cet invité était bien là, bien présent physiquement mais finalement absent, non participant, non consentant. C’est comme s’il venait seulement en spectateur, comme s’il ne voulait pas partager la joie des autres invités. Et le roi ne peut rien faire, car il ne peut pas l’obliger, le contraindre.

C’est comme si nous ne voulions pas revêtir le Christ, comme si nous ne voulions pas vivre vraiment notre baptême et notre confirmation, spectateurs non engagés de la mission de l’Eglise.
Mais nous choisissons de nouveau aujourd’hui d’être avec le Christ : « chaque communauté chrétienne est invitée à se mettre en état d’initiation, c’est-à-dire en état d’apprentissage de ce qui fait la vie croyante. » (Projet diocésain de catéchèse page 7).
Pour annoncer le Christ, il faut prendre la tenue du serviteur …
Pour annoncer le Christ, il faut vivre du Christ … faire l’expérience de la vie nouvelle qu’il nous ouvre. Nous connaissons les lieux de cette expérience chrétienne, qui sont aussi les lieux de l’annonce de la foi et de la mission.

  • Écouter la parole de Dieu avec plus d’engagement et d’assiduité, ne pas la mettre à la fin mais au début de nos rencontres, ne pas la mettre à côté mais au cœur de nos échanges.
  • Regarder et proposer la préparation des sacrements comme la rencontre d’une personne vivante, comme la rencontre du Christ.
  • Dire, comme de bons témoins, comme des « aînés dans la foi » ce que nous sommes devenus à cause de Jésus ; nous en étonner, nous en réjouir, le partager.
  • Servir ceux qu’on risque d’oublier, dans l’Eglise ou dans la société, leur donner la première place.

« Venez ! Tout est prêt … » Mais le Seigneur nous demande de faire avec lui… et maintenant, dans l’Eucharistie, de nous offrir avec Lui.

+ Denis Moutel
évêque de Saint Brieuc et Tréguier