Dimanche 28 mars 2004 — Dernier ajout lundi 27 novembre 2006

Epoux de La Garaye

Claude et Marguerite de la Garaye, les « époux charitables »

Au pays de Dinan en 1755 et 1767 s’éteignaient Claude-Toussaint et Marie-Marguerite de la Garaye, qui sont passés à l’histoire sous le beau nom des « Epoux Charitables ».
Qui étaient-ils ?

Une vie luxueuse et fastueuse

Claude-Toussaint Marot de la Garaye est né à Rennes en 1675. Sa mère était d’une famille parlementaire, les Marbeuf. Son père avait été conseiller au Parlement puis gouverneur de Dinan.

Claude de la Garaye fut d’abord un hardi mousquetaire du Roi. La chasse était et fut longtemps sa passion. Il se distinguait par son audace à la tête des piqueurs aux chasses royales.

A l’escrime, il battait tout le monde, mousquetaires et maîtres d’armes.

Son père, puis ses frères étant morts, il se retrouve à la tête d’une grande fortune et revient s’établir dans ses domaines principaux, au Château de la Garaye, à Taden, à deux kilomètres de Dinan.

En 1701, il épouse Marguerite de la Motte Picquet, fille du très riche greffier en chef du Parlement de Bretagne.

Elle est belle, aimable, et ils s’aimèrent parfaitement. Le beau château Renaissance de la Garaye, dont on peut encore visiter les ruines, devient le lieu perpétuel de chasses à courre, dîners et fêtes somptueuses. On vient de partout pour en être…

La conversion des époux

Deux événements vont transformer la vie des époux de manière radicale.

En 1703, Madame de la Garaye fait une chute de cheval qui occasionne une fracture du bassin et l’accouchement prématuré d’un enfant mort-né. Elle ne pourra avoir d’enfants.

Sept ans plus tard, en février 1710, la sœur de Monsieur de la Garaye, devenue Madame de Pontbriand, mettait au monde son dixième enfant. Les la Garaye arrivent au château de Pontbriand pour le baptême. Mais c’est le drame : à peine l’enfant né, le père meurt ; il était malade depuis seulement quatre jours de quelque chose que l’on avait cru bénin.

En vingt-quatre heures, la vie des époux de la Garaye prend une orientation radicale qui stupéfie autant la riche société dont ils étaient le centre que le monde des paysans et des pauvres.

Chacun des époux de son côté reçoit une grâce de conversion et l’inspiration d’arrêter la vie de luxe et d’inutilité pour se donner entièrement à Dieu dans le service des pauvres. Ils le décident ensemble et le vivront ensemble, jour après jour jusqu’à leur mort.

De retour au château, les époux réunissent leurs vingt-sept domestiques pour annoncer leur nouvelle vie : servir les pauvres. Valets et servantes pleurent, se demandent ce que cela signifie. Le lendemain, en se levant pour prendre leur service, ils voient que le comte et la comtesse de la Garaye les ont précédés : elle balaye les salles, lui casse le bois et tire l’eau du puits. A midi, les maîtres servent à table leurs trois cent pauvres. Maintenant plus de chasses, plus de dîners, plus d’autre compagnie que celle des pauvres et bientôt des malades. Trente chevaux sont vendus, l’argenterie, les robes et les bijoux de la comtesse, les fusils, sauf un pour tirer les loups, et soixante chiens de chasse.

Le château de la Garaye transformé en hôpital moderne

Mais Claude et Marguerite ne se contentent pas de donner leur argent, leurs bras et leur compagnie aux pauvres, comme à Jésus-Christ, selon leurs paroles. Ils vont donner leur intelligence et leurs talents, en vrais chrétiens vivant dans le siècle.

En 1714, voici qu’ils sont allés étudier ensemble la médecine et la chirurgie, et lui, compléter des études déjà commencées d’une science naissante, la chimie. Au retour, fini de payer des médicaments et des soins pour les pauvres malades : la Garaye est transformée en hôpital moderne : 40 lits, une apothicairerie, une chapelle contigüe aux salles des malades, des aides soignantes, des chirurgiens, et chef chirurgien-médecin chef, Claude de la Garaye. Avec des hébergements annexes dans le voisinage, on soigne jusqu’à soixante malades.

Les plus rebutants comme ces nombreux enfants atteints de la teigne, le comte et la comtesse les lavent et les soignent eux-mêmes. Faut-il se lever la nuit pour une urgence ? Ils se lèvent autant de fois que nécessaire.

Ils dirigent l’hôpital, rédigent les règles de soins, les protocoles, font eux-mêmes, chacun dans sa spécialité, les opérations importantes et délicates. Souvent, ils servent eux-mêmes le repas aux malades. Il embrassaient même, dans les débuts, les plaies infectées avant de les nettoyer « comme ils auraient aimer le faire pour Jésus-Christ ». Car c’est au nom de Jésus-Christ qu’ils ont fait pendant plus de quarante ans, jour après jour, ce service de la charité. De toute leur âme, de toute leurs forces, de tout leur cœur, mais aussi de toute leur intelligence.

Des emplois créés dans divers domaines, notamment en chirurgie

N’étant pas des religieux, le comte et la comtesse vivent cela en couple, dans leur château, dont l’argenterie et le luxe ont disparu. Ils administrent leurs biens. Mais plus ils donnent semble-t-il, plus ils ont à donner. Aucun pauvre n’est renvoyé sans rien. On donne de façon multiple, créatrice, ingénieuse, les recteurs de plusieurs paroisses des environs reçoivent également un fonds pour donner autour d’eux.

Collection Musée du Château de Dinan

Pauvres chômeurs ? M. de la Garaye crée des emplois : landes à défricher, création de marais salants à l’imitation de ceux de Guérande, à Saint-Sulniac et Saint-Père dans une échancrure de la Rance ; apprentissage du coton pour les jeunes filles de Dinan. Et surtout, formation de chirurgiens à la Garaye : il y en eut jusqu’à 18 en stage à la Garaye, qui seront recrutés ensuite partout en raison de la réputation du maître.

Et pourtant, ni l’un ni l’autre ne sont diplômés de la faculté de médecine, mais comme ils exercent gratuitement cet art médical, personne ne leur reproche l’exercice illégal.

Alors, des chrétiens dans le monde, des époux peuvent-ils eux aussi devenir des saints ? Le comte et la comtesse de la Garaye sont certainement de ceux dont la vie mérite au moins d’être étudiée et dont le témoignage est déjà source d’espérance.

C’est ce qu’avait pensé déjà l’évêque de Saint-Malo, Mgr de la Bastie qui, en 1756
(un an après la mort de Claude de la Garaye)
écrivait lui-même la vie de ce chrétien pour la donner en exemple.

« Dieu seul mes frères, peut être l’auteur d’une vie si parfaite et d’une sainteté que le monde lui même ne peut s’empêcher d’admirer ».

Et il soulignait que cette pratique de l’Evangile s’est déroulée au milieu du monde, dans l’état de mariage, pendant quarante ans, sans négliger les devoirs de la société civile et en faisant servir à cette sainteté richesses et talents, et tout ce qui est ordinairement un obstacle.

Bibliographie

  • Cathenos (R.), Vie de M. de la Garaye et de Mme de Pontbriand, sa sœur, Saint Malo, Hovius, 1790. 2nde édition : 1875.
  • Peigne (J.M.), Le Cte Marot de la Garaye ; étude biographique d’après les récits contemporains, Paris, Deflorence, 1864.
  • Bouan du Chef du Bos (H.), Claude Toussaint Marot, comte de la Garaye, Paris, Le François, 1937.
  • Richelot (R.), Eloge historique de Claude Toussaint Marot, comte de la Garaye 1675-1755, prononcé à Taden, devant son tombeau, le dimanche 3 juillet 1955, à l’occasion du 2e centenaire de sa mort. Dinan, Imp. Commerciale, 1955.

Les Filles du Saint Esprit (alors à Plérin) ont été associées dès l’origine à l’œuvre des « Epoux Charitables : leur 1ère fondation est celle de Taden (20 rue des Capucins, 22045 St-Brieuc cedex. Tél. : 02.96.68.17.17).

3à lire également3

  • Billot, Claude-Charles, Les époux au grand cœur : Claude et Marguerite de la Garaye, Paris, Pierre Téqui , 2003.

L’essentiel de cet article est extrait du dossier établi par Hélène Bonnin, Hervé-Marie Catta et Julien Rannou, paru dans le n° 2570 de FRANCE CATHOLIQUE (Nov. 1996).