Diaconat permanent
Samedi 2 juillet 2011 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

Histoire du diaconat

Son origine

Dans le Nouveau Testament les diacres sont clairement mentionnés dans la 1re Lettre à Timothée. On cite souvent aussi Actes 6, y compris dans la liturgie, mais il est douteux qu’il s’agisse là des premiers diacres. La « belle époque » du diaconat se situe aux IIIe et IVe siècles : les diacres exercent diverses fonctions dans les domaines de la bienfaisance (la charité), la liturgie et une certaine participation à la charge pastorale. Ils assument parfois des charges importantes.

Dans le courant du IIe siècle, se met en place une organisation ecclésiale structurée autour d’un épiscope conseillé par des presbytres et assisté par des diacres. Ceux-ci se profilent petit à petit comme les auxiliaires de l’évêque, ses hommes de confiance, en relation immédiate avec lui. Citant à ce propos Ignace d’ Antioche, le P. Jean-Marie Tillard écrivait il y a quelques années : « Le diacre rend l’évêque proche de son peuple, le peuple proche de l’évêque. » Jusqu’au IVe siècle, les diacres ont pris en charge l’aspect matériel de la vie de l’Église, dans ses deux dimensions essentielles : la gestion des biens ecclésiastiques et la charité envers les pauvres.

Pour de multiples causes – création de communautés paroissiales avec prêtre résident, assistance aux pauvres assurée par les princes ou les ordres monastiques, pouvoirs jugés trop importants, etc. – le diaconat va revêtir peu à peu en quelques siècles une figure exclusivement liturgique et devenir le passage obligé avant l’ordination sacerdotale.

Entre le Ve et le VIIe siècle, les diacres, peut-être surchargés, n’ont plus honoré cette double mission. L’aspect patrimonial a alors souvent été pris en charge par les sous-diacres et l’aspect caritatif a été assumé par les moines d’abord, puis par d’autre religieux, voire par des laïcs, notamment dans le cadre de confréries de tous genres. Toutefois, ils se sont réservés les fonctions de prestige et ne laissaient donc plus transparaître la charité de l’Église. C’est sans doute là une des causes majeures de la « désactivation »du diaconat ancien.

Il y en a d’autres.

  • Les conflits de pouvoir entre diacres et prêtres, notamment liés aux prétentions de diacres à l’épiscopat ou aux attributions de l’archidiacre en charge de l’accès aux ordinations.
  • L’instauration d’un cursus clérical. Le diaconat va devenir une étape de scolarisation et de formation des candidats au sacerdoce auquel désormais ils ne peuvent plus accéder que « par degré successif » et non plus par « saut » comme jusqu’au Ve siècle où il pouvait encore arriver qu’un diacre devienne directement évêque sans passer par le presbytérat.
  • Progressivement est venu le monopole ministériel des prêtres instauré sous l’effet de la cléricalisation des ministères et de la sacerdotalisation du cursus clérical.

Le monopole ministériel des prêtres s’est traduit dans les faits et dans les mentalités. Le ministère des prêtres en est venu à absorber l’accomplissement de la plupart des tâches indispensables à la construction de la communauté et à la réalisation de sa mission. Jusqu’à la veille de Vatican II, la communauté « vivait sur le prêtre et vivait du prêtre. » Sa figure de permanent ecclésial amenait toutes les responsabilités à se concentrer sur lui : pastorale, catéchismes, finances, œuvres, transformation de l’église, chorale, action catholique… Il confisquait dans sa personne tous les ordres, étant à la fois portier, lecteur, acolyte, exorciste, sous-diacre, diacre et prêtre. La communauté se déchargeait ainsi des ses responsabilités sur le prêtre sans même en avoir nécessairement conscience.

Les textes

1 Tm 3, 8-13

08 Les diacres doivent eux aussi mériter le respect, n’avoir qu’une parole, ne pas s’adonner à la boisson, refuser les profits malhonnêtes, 09 garder le mystère de la foi dans une conscience pure. 10 On les mettra d’abord à l’épreuve ; ensuite, s’il n’y a rien à leur reprocher, on les prendra comme diacres. 11 Pour les femmes, c’est la même chose : elles doivent mériter le respect, n’être pas médisantes, mais mesurées et fidèles en tout. 12 On choisira comme diacre l’époux d’une seule femme, un homme qui mène bien ses enfants et sa propre famille. 13 Les diacres qui remplissent bien leur ministère sont très estimables et peuvent avoir beaucoup d’assurance grâce à leur foi au Christ Jésus.

Ac 6, 1-6, l’institution des sept.

01 En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées. 02 Les Douze convoquèrent alors l’assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. 03 Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. 04 Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole. » 05 La proposition plut à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d’Antioche converti au judaïsme. 06 On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

Sa restauration

Devenu progressivement au fil du temps un ministère « en cessation d’exercice », le diaconat a donc été « remis en activité », c’est le sens du verbe « restaurer ». A vrai dire, il n’avait pas totalement cessé d’être exercé : le champ où son ministère s’est perpétué, c’est dans la liturgie. C’est ainsi que pendant de longs siècles, voire quasiment plus d’un millénaire dans l’Église latine, les diacres n’ont existé que dans la liturgie. Leur visibilité liturgique a même été un véritable trompe-l’œil sur le ministère effectif dans les autres aspects de la vie ecclésiale. Pire encore, dans certaines actions liturgiques comme dans les funérailles, c’étaient des prêtres qui jouaient le rôle du diacre en revêtant ses vêtements et autre parements et en accomplissant les rites que les usages liturgiques lui réservaient.

Le concile Vatican II, préparation et suites

À la faveur d’une redécouverte intellectuelle du Nouveau Testament et des Pères de l’Église, mais aussi pour des questions pratiques et en raison de la vie décalée des prêtres par rapport à la société profane, on s’interroge sur la mission de l’Église et les ministères. Divers groupes, notamment en France et en Allemagne, vont réfléchir au diaconat, en promouvoir et en demander la relance (1935-1960).

Au concile Vatican II les pères adoptent massivement le principe de réinstaurer le diaconat comme ministère permanent. La décision laisse aux conférences épiscopales la possibilité – et non l’obligation – de cette restauration. On pense alors surtout aux pays de mission, et les tâches envisagées sont essentiellement « intra-ecclésiales ». Malgré des réticences, on admet que ce ministère pourra être conféré à des hommes mariés.

Dès 1966 les évêques de France inscrivent ce rétablissement dans leur démarche missionnaire, marquant « leur préférence pour des diacres qui quotidiennement en contact des hommes grâce « à leur situation familiale et professionnelle puissent, en pleine vie, témoigner du service que le Peuple de Dieu doit rendre aux hommes à l’exemple du Christ. » Ce choix a été confirmé en 1976 et en 1996.

Les différents textes traitant du diaconat donnent déjà une certaine idée de ce l’on a voulu rétablir. Ils ne nous présentent pas vraiment des figures du diaconat. Ils offrent plutôt des éléments d’une théologie du diaconat qui, pour la plupart, concernent plutôt la structure. Le contexte de la décision du rétablissement était essentiellement marqué par une préoccupation pastorale. Ce qui primait, ce n’était pas de présenter une théologie élaborée du diaconat – ce pour quoi, du reste, les Pères conciliaires n’étaient pas préparés. Ce qui comptait, à leurs yeux, c’était d’étayer leur décision par quelques considérations théologiques susceptibles de fonder la reprise de ce ministère. C’est pourquoi j’allais dire salva reverentia que leur théologie était plutôt une « théologie de fortune ».

Je pourrai résumer en ces termes : le concile Vatican II a rétabli l’exercice du diaconat

  1. Comme degré du ministère ordonné destiné « au service »
  2. Qui s’exerce dans les trois domaines de la liturgie, de la Parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbyterium
  3. Qui s’explicite dans un ensemble de tâches au bénéfice du peuple de Dieu et de sa mission dans le monde.

Quatre décennies plus tard, certains points de cet énoncé éclairent et en même temps interrogent la mise en œuvre du diaconat permanent.

Le texte de Lumen Gentium (constitution dogmatique sur l’Eglise du 21 novembre 1964)

29. Les diacres Au degré inférieur de la hiérarchie se trouvent les diacres auxquels on a imposé les mains « non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du ministère [110] ». La grâce sacramentelle, en effet, leur donne la force nécessaire pour servir le Peuple de Dieu dans la « diaconie » de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbyterium. Selon les dispositions à prendre par l’autorité qualifiée, il appartient aux diacres d’administrer solennellement le baptême, de conserver et de distribuer l’Eucharistie, d’assister, au nom de l’Église, au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Écriture, d’instruire et exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d’être ministres des sacramentaux, de présider aux rites funèbres et à la sépulture. Consacrés aux offices de charité et d’administration, les diacres ont à se souvenir de l’avertissement de saint Polycarpe : « Être miséricordieux, zélés, marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous [111]. »

Ad Gentes (16) (Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise du 7 décembre 1965)

Là où les Conférences épiscopales le jugeront opportun, l’ordre du diaconat devra être rétabli comme état de vie permanent, selon les dispositions de la Constitution sur l’Église [51]. Il est utile en effet que les hommes qui accomplissent un ministère vraiment diaconal, ou en prêchant la Parole de Dieu, ou en gouvernant au nom du curé et de l’évêque les communautés chrétiennes éloignées, ou en exerçant la charité dans les œuvres sociales ou caritatives, soient fortifiés par l’imposition des mains transmise depuis les Apôtres et plus étroitement unis à l’autel, pour qu’ils s’acquittent de leur ministère plus efficacement, au moyen de la grâce sacramentelle du diaconat.

Un commentaire d’Alphonse Borras (Le diaconat au risque de sa nouveauté)

La réactivation du ministère diaconal permet que la symbolique diaconale joue à fond dans l’Eglise en se déployant selon une logique sacramentelle, une des définitions classiques du sacrement étant un signe qui réalise ce qu’il signifie et qui signifie ce qu’il réalise. A tous les ministres ordonnés, évêques y compris, ainsi qu’aux laïcs, les diacres signifient et réalisent la dépendance de tous au Christ serviteur qui, par la force de son Esprit, entraîne toute l’Eglise à être davantage un peuple de serviteurs et à donner au monde le goût du service.

Sources  : site internet « Centre national du diaconat » et livre d’Alphonse Borras « le diaconat au risque de sa nouveauté »

Benoît XVI redéfinit le statut du diaconat permanent

Un Motu proprio publié mardi 15 décembre introduit une distinction nette entre la fonction du diacre et celle du prêtre et de l’évêque, de façon à ne pas assimiler le premier aux deux autres degrés du ministère de l’ordre Benoît XVI précise la qualification théologique du diacre, de façon à mieux la distinguer de celle du prêtre et de l’évêque. Par un Motu proprio intitulé Omnium in mentem et diffusé mardi 15 décembre par la Salle de presse du Saint-Siège, mais daté du 26 octobre, le pape modifie l’article du Code de droit canonique (1983) concernant le sacrement de l’Ordre, dissociant la définition du diaconat de celle maintenue pour l’épiscopat et le presbytérat.

En effet, jusqu’ici, le canon 1008 du Code disposait que, comme le prêtre et l’évêque, le diacre reçoit, par son ordination, les trois fonctions traditionnelles du ministère ordonné - enseignement, sanctification et gouvernement -, qu’il remplit « en la personne du Christ Chef ». Ce ne sera plus le cas pour les diacres, cette triple fonction étant désormais réservée aux prêtres et évêques. Ce changement est-il important ? En réalité, cette petite phrase du Code, qui définissait le diacre comme agissant lui aussi « en la personne du Christ Chef », n’était pas cohérente avec le reste de la doctrine de l’Église, aussi bien du point de vue du droit que de la théologie. Agir « en la personne du Christ Chef » se rapporte en effet à l’exercice d’une responsabilité générale de gouvernement à la tête d’une communauté. Or, Vatican II, en restaurant le diaconat permanent, avait investi ce ministère d’une fonction originale de service : auprès des malades et des pauvres, voire service des finances d’une paroisse ou d’un diocèse.

L’objectif n’était donc pas, au moment du Concile, de lui conférer la charge pastorale qui est traditionnellement celle du prêtre. Mais il y a eu une tendance, ensuite, à assimiler jusqu’à un certain point les deux ministères, du prêtre et du diacre, au nom de l’unité du sacrement de l’ordre. La rédaction du canon 1008, en 1983, est typique de cette tendance, non sans poser des problèmes de cohérence dans la mesure où elle pouvait faire du diacre une sorte de « sous-prêtre ». Sans doute aussi la modification annoncée mardi 15 décembre répond-elle à une volonté du pape, en cette Année sacerdotale qu’il a suscitée, de marquer la spécificité du ministère presbytéral par rapport au diaconat. Et de ne pas laisser d’ambiguïté sur la place du prêtre dans l’Église, lui qui seul peut aujourd’hui exercer cet office du Christ « tête », pour reprendre l’expression utilisée par le droit canonique.

(La Croix du 15 décembre 2009)

Lettre apostolique en forme de Motu Proprio Omnium in Mentem Du souverain pontife Benoît XVI apportant des variations au code de droit canonique

(extrait) La constitution apostolique Sacrae disciplinae leges [1], promulguée le 25 janvier 1983, a rappelé à l’attention de tous que l’Église, en tant que communauté à la fois spirituelle et visible, est ordonnée hiérarchiquement, a besoin de normes juridiques « pour que l’exercice des fonctions qui lui sont confiées par Dieu, spécialement celle du pouvoir sacré et de l’administration des sacrements, puisse être adéquatement organisé ». Dans de telles normes, il est nécessaire que resplendissent toujours, d’une part, l’unité de la doctrine théologique et de la législation canonique et, d’autre part, l’utilité pastorale des prescriptions, par le moyen desquelles les dispositions ecclésiastiques sont ordonnées au bien des âmes.

Afin de garantir plus efficacement, et cette nécessaire unité doctrinale, et ce but pastoral, l’autorité suprême de l’Église, après avoir pesé les raisons, décide parfois les changements opportuns des normes canoniques, ou bien y introduit quelque nouveauté. Ceci est la raison qui nous conduit à rédiger la présente Lettre, qui concerne deux questions.

D’abord, dans les canons 1008 et 1009 du Code de Droit canonique, le sacrement de l’Ordre, on confirme la distinction essentielle entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel et, en même temps, on met en évidence la différence entre épiscopat, presbytérat et diaconat. Or donc, après avoir entendu les Pères de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, notre vénéré Prédécesseur Jean-Paul II établit qu’on devait modifier le texte du numéro 875 du Catéchisme de l’Église catholique, afin de réaffirmer plus adéquatement la doctrine sur les diacres de la constitution dogmatique Lumen gentium (n. 29) du Concile Vatican II. Nous aussi estimons que l’on doit perfectionner la norme canonique qui concerne cette même matière. Par conséquent, ayant entendu l’avis du Conseil pontifical pour les textes législatifs, nous établissons que les termes des susdits canons soient modifiés comme indiqué ci-après.

Art. 1. Le texte du can. 1008 du Code de Droit canonique est modifié de sorte que désormais il soit ainsi rédigé : « Par le sacrement de l’Ordre, d’institution divine, certains fidèles sont constitués ministres sacrés par la caractère indélébile dont ils sont marqués ; ils sont consacrés et députés pour servir, chacun selon son rang, à un titre nouveau et particulier, le Peuple de Dieu ».

Art. 2. Le can. 1009 du Code de Droit canonique aura désormais trois paragraphes, dans le premier et dans le second desquels on maintiendra le texte du canon en vigueur, tandis que pour le troisième est rédigé un nouveau texte de telle sorte que le can. 1009, § 3 dispose ce qui suit : « Ceux qui sont constitués dans l’Ordre de l’épiscopat ou du presbytérat reçoivent la mission et la faculté d’agir en la personne de Christ Chef, les diacres en revanche deviennent habilités à servir le Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité ».