Mercredi 11 juin 2014

Homélie de Mgr Moutel, évêque de Saint-Brieuc, au pardon de Notre-Dame d’Espérance

1er Juin 2014

Frères et Sœurs, la Sainte Vierge Marie a reçu, la toute première, la vertu de l’espérance et elle est entrée résolument dans l’espérance.
Comment cela peut-il se faire ? Comment le Fils du Très Haut pouvait-t-il naître en son sein ? Comment elle, l’humble servante de Dieu, pouvait-t-elle s’offrir à un si grand dessein ? Marie, c’est par l’Esprit Saint qui viendra sur toi, Il est la puissance du Très Haut.
Comme la liturgie de l’Eglise est toujours bien construite, nous avons entendu, en première lecture au livre de la Genèse, le récit du grand départ d’Abraham le commencement de cette grande marche d’espérance. Abraham s’avance à l’appel de Dieu, qu’il ne connaît pas, Il quitte tout ce qu’il a déjà en ses mains, il quitte sa terre pour aller là où Dieu lui demande d’aller.
Frères et Sœurs comme nous sommes heureux de nous rassembler nombreux pour la fête de Notre Dame d’Espérance. Pourquoi ? Parce que nous vivons également des temps d’incertitude et nous avons besoin de l’espérance que Dieu nous donne.

Fréquentant un petit peu plus l’histoire de Notre Dame d’Espérance à Saint Brieuc j’ai mieux compris, sans tout connaître, que cela a beaucoup à voir avec les confréries de Notre Dame d’Espérance. Au milieu du 19e siècle, on a voulu avoir une église plus grande parce qu’ils étaient de plus en plus nombreux, ceux qui se réunissaient pour prier par l’intercession de Notre Dame d’Espérance. A Pontmain, l’abbé Guérin avait invité tous les paroissiens à prier Notre Dame d’Espérance avant même que la Vierge n’apparaisse aux enfants dans la nuit froide qui enveloppait le village. Ces confréries, me semble-t-il, portent trois dimensions fortes pour l’espérance chrétienne.

1) L’Espérance a porté ces confréries précisément parce qu’elles se sont réunies dans des moments d’incertitude. L’Espérance, c’est quant on consent, par la foi, à évangéliser l’incertitude. L’Espérance c’est quant on laisse le Seigneur nous suggérer que la vie est plus grande que ce que nous en connaissons, nous dire que son royaume et la communion qu’il nous prépare sont plus grands, beaucoup plus grands que le bien être auquel nous pensons être arrivé. La réconciliation à laquelle il nous invite est plus belle et plus grande que les épreuves ou les divisions que nous pouvons connaître.
Notre Dame d’Espérance nous invite à lever les yeux, à élargir nos cœurs avec l’Evangile, l’Evangile de la joie. Notre Dame d’Espérance nous invite à lever les yeux, dans les difficultés personnelles, familiales et communautaires que nous pouvons rencontrer, pour comprendre ce qui a de l’importance et ce qui n’en a pas. Notre Dame d’Espérance nous invite à lever les yeux avec l’Evangile des béatitudes.

2) Les confréries se réunissaient pour la prière. Frères et sœurs, nous avons besoin d’entrer dans une prière plus libre et plus décidée. Je vous suggérais tout à l’heure pour les vocations de consacrés, de prêtres, de diacres, d’époux chrétiens, de famille où l’on accueille le don de Dieu.
Je vous invite, avec Notre Dame d’Espérance, à compter davantage sur la force de la prière.
Que pourrions-nous faire dans la mission qui nous est confiée sans demeurer d’abord avec le Christ ? Pour aller porter le Seigneur à d’autres il faut d’abord que nous comprenions qu’il est vraiment avec nous. Pour aller porter à d’autres l’évangile du royaume il nous faut d’abord consentir à nous laisser aimer, à nous exposer devant le Seigneur pour qu’il nous change, pour qu’il nous fasse grandir, pour qu’il nous prépare pour la mission qu’il nous confie. Cette prière est importante : dans tout ce que nous avons à vivre dans notre ville, dans notre diocèse, nous ne ferons rien sans la prière.

3) Et puis troisième point : les confréries, comme leur nom l’indique, reçoivent l’appel à être frères et sœurs les uns des autres, quoi qu’il en coûte. Dans ce sanctuaire, cette basilique de notre ville, je demande la grâce de la fraternité pour les temps qui viennent.
J’ai demandé à un groupe de fidèles de réfléchir à l’évangélisation dans notre ville : nous en parlerons d’avantage prochainement. Un curé a été nommé et nous dirons notre gratitude, le moment venu, au père Antoine le Meur qui a tant contribué à préparer cette rencontre de nos quartiers. Dans notre ville de vallées et de quartiers, il y a un grand désir de communion et de fraternité. Au fond le pape François nous donne la direction quand il vient de dire, dans une région très difficile, en Palestine en Israël : « pour faire la paix et pour vivre en présence de Dieu il vaut mieux construire des ponts qu’élever des murs  ». Alors, c’est la grâce que je demande pour l’évangélisation en notre ville de Saint-Brieuc ; que notre enracinement dans divers quartiers soit source de paix, de protection, de solidarité, pour tous ceux avec qui nous vivons ; mais que nous ayons aussi le souci de sortir pour aller vers ceux que nous ne connaissons pas. Le Seigneur nous presse de former sans cesse son corps, d’être ses témoins.
Pour moi comme pour vous, cela passe par une conversion profonde, puisqu’il nous arrive tout de même de dire du mal de nos voisins et encore d’avantage de ceux qui ne sont pas nos voisins. Le pape François nous a dit, il n’y a pas si longtemps : il y a des choses que l’on regarde comme de très grands péchés ; mais, la langue qui divise ou les gestes qui blessent, ce sont de très grands péchés !
Bien sûr il n’y a pas de cent pour cent ! Nous sommes appelés à la sainteté mais nous savons bien que nous avons à recevoir d’en haut cette vie nouvelle et qu’il nous en coûtera peut-être. Ce n’est pas un à côté de l’Évangile ou quelque chose de secondaire. C’est le cœur de la vie chrétienne : voyez comme ils s’aiment ! Et pour les prêtres qui vous sont envoyés, et pour nous tous qui voulons prendre soin de la communauté chrétienne, je demande la bienveillance et la miséricorde : soyons d’abord et avant tout bienveillant. Autant qu’il est possible avec les limites de notre humanité et les blessures de notre péché, soyons des frères et des sœurs dans le Christ, ancrés dans cette communion pour laquelle Dieu nous prépare.

Notre Dame d’Espérance priez pour nous ! Amen.

+ Denis Moutel
Evêque de Saint-Brieuc et Tréguier

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