Lundi 29 décembre 2014

Homélie de la nuit de Noël de Mgr Denis Moutel

Eglise Saint Michel de Saint Brieuc
Homélie de la nuit de Noël 2014 par Mgr Denis Moutel

Lectures :
Isaïe 9, 1-6
Tite 2, 11-14
Luc 2, 1-14

Frères et sœurs, chers amis,

Comme les bergers de Bethléem, nous nous sommes approchés de la crèche. En cela, nous suivons les enfants qui se laissent volontiers attirer par l’étoile, les lumières et ces personnages inhabituels dont nous connaissons l’histoire plus ou moins bien.

La crèche … des images à regarder : un tout petit.

La crèche, c’est un signe religieux bien sûr mais aussi une scène et des images qui ont laissé une marque profonde dans notre culture. On aurait bien tort de vouloir l’effacer des références communes ; à mon avis on aura du mal !
Si l’enfant s’approche -et nous avec-, c’est peut-être parce que nous nous sentons à la bonne hauteur … pas besoin d’être bien grand pour apercevoir là-bas dans la mangeoire, l’enfant-Dieu. C’est aussi ce qui se passera d’ailleurs quand le même Jésus se mettra à genoux pour laver les pieds de ses disciples, avant d’offrir sa vie pour eux et pour nous, pour le salut du monde.
Simplicité du décor ! Ce soir je voudrais faire un petit détour vers une autre crèche. Mais quelle est donc la crèche la plus connue ce soir dans le monde ? Celle de Bethléem ? Ou bien la très belle crèche de la place Saint-Pierre à Rome ? Non, c’est celle qui est dressée depuis plusieurs semaines à Erbil au Kurdistan irakien, dans un camp où se sont réfugiés des chrétiens. C’est une simple tente, comme celles qui abritent des familles. Nous prions pour ces frères et sœurs chrétiens qui ont du quitter leur maison pour rester fidèles à leur foi ; et aussi pour d’autres, comme les Yazidis, issus d’une minorité religieuse persécutée. Ces petites lumières, devant la tente, sont comme un cri de l’espérance dans la souffrance, une protestation contre la barbarie.

Mais, chez nous aussi, les enjeux sont grands pour travailler à la paix. Devant les effroyables souffrances du monde nous pouvons nous décourager, devant les menaces violentes, nous risquons de prendre peur et de nous diviser. La peur est toujours une défaite de l’esprit et du cœur. La tentation est grande alors de jeter un regard de soupçon sur l’ensemble des musulmans. Ils souffrent en ce moment de ces actes de barbarie qui font injure à leur foi et à leur désir de paix. On demandait hier soir à Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, ce qu’il avait envie de dire en ce moment à des amis musulmans. Il a répondu : « je vais d’abord leur dire mon amitié », avant de parler ensuite de ce que les uns et les autres nous avons à changer dans notre manière de vivre en hommes et femmes religieux.

La crèche, une histoire à raconter : Dieu sauve !

Devant la crèche, les chrétiens ne veulent pas donner de leçons mais ils racontent une histoire, une historie qui est arrivée ! Les premiers mots de l’ange du Seigneur aux bergers annoncent cette histoire : c’est une bonne nouvelle.
Et l’histoire continue dans l’Evangile que nous recevons. Le problème, c’est que, parfois, les enfants s’en vont –et les parents avec eux- avant d’avoir entendu la fin de l’histoire et avant d’avoir pu donner leur réponse. Pourtant il faut du temps pour recevoir toute l’histoire ; il faut une initiation chrétienne, du catéchisme. C’est là que l’on entend la suite. Cet enfant de Bethléem, il s’appelle Jésus, et autour de lui, il y a Marie, sa maman et puis Joseph et tous ceux qui ont bien voulu s’approcher ; il appellera des gens à le suivre et apprendra à beaucoup que Dieu les aime et veut les recevoir dans son Royaume.
A Noël, les chrétiens racontent l’histoire du grand amour de Dieu manifesté en Jésus. C’est la manifestation de Dieu dans notre histoire, la venue du Fils de Dieu dans notre chair : l’Eternel est entré dans le temps, l’Amour infini se donne dans le fini et le fragile, le Tout Autre se fait tout proche, le Très Haut accepte d’être tout petit et tout en bas, Dieu-avant-nous veut être Dieu-pour-nous et Dieu-avec-nous. Sa présence est offerte … on n’est pas obligé de lui répondre mais la conversation et la vie qu’Il nous propose nous font plutôt grandir et nous rendent peut-être un meilleurs.

Notre réponse de foi, devant la crèche, ce n’est donc pas seulement la mise en application, le temps de quelques jours, de belles valeurs. Il faudrait être un peu plus gentil à Noël ! Remarquez que c’est déjà un bon début. Mais la question essentielle est la suivante : avons-nous besoin d’un Sauveur ?

  • Avons-nous besoin d’être sauvés de l’autosuffisance, du rêve de toute puissance de l’indépendance de l’individu-roi et maître absolu de lui-même … cette manière de vivre où nous n’aurions plus rien à recevoir de Dieu et des autres ?
  • Avons-nous besoin d’être sauvés du manque de confiance et d’espérance ? Avons-nous besoin d’apprendre de nouveau de l’enfant de Bethléem que la vie et l’amour sont plus forts que la haine et les blessures ?
  • Avons-nous besoin d’être sauvés du mal que nous avons pu faire ou que nous subissons ? Avons-nous besoin de pardon et de nous réconcilier ?

Si nous répondons oui à ces questions, nous savons que nous pouvons compter sur la présence du Christ et de son Esprit Saint qui nous fera connaître les bons chemins de l’espérance et de la paix. Et déjà, nous lui disons dans l’Eucharistie : « viens Seigneur Jésus, viens Lumière des peuples pour nous conduire aux chemins de la paix. »

Joyeux et Saint Noël !

+ Denis MOUTEL
évêque de Saint Brieuc et Tréguier.

Voir aussi :