Paroisses de Merdrignac et de Collinée
Lundi 23 mars 2015

Homélie du 3 ème dimanche de Carême : 8 mars 2015

200 portes ouvertes pour les familles

Pour ce dimanche 8 mars, j’ai demandé aux paroisses du diocèse de participer
par réflexion et la prière à la préparation du Synode ordinaire sur la Famille qui se
déroulera à Rome du 4 au 25 octobre prochain. Il était normal que je rejoigne l’une des églises du diocèse pour préparer avec vous ces « portes ouvertes pour les familles ».

Je vais le faire en revenant avec vous sur la Parole que l’Eglise reçoit aujourd’hui
par les trois lectures qui ont été proclamées : trois bonnes nouvelles pour la famille. Dans un second temps, je vous proposerai de résister pacifiquement à trois idées un peu trop convenues ; ce sont en fait trois points d’attention.

1. Trois bonnes nouvelles pour les familles

1. Appelés à la liberté …

Au livre de l’Exode, nous avons entendu la loi de Dieu, le décalogue, c’est-à-dire
ces dix paroles que le peuple reçoit pour demeurer dans l’Alliance avec Dieu et faire
progresser la paix entre les hommes. Certains commandements concernent d’ailleurs la famille : « Tu honoreras ton père et ta mère »« tu ne commettras pas d’adultère ». Le sens de ces engagements est contenu dans les premiers mots du texte : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. » (Ex.20,1). Autrement dit, nous sommes faits pour la liberté et pour le bonheur qui consiste à aimer Dieu et le prochain. Les époux ne veulent pas se soumettre à un sentiment changeant ou provisoire, mais ils choisissent d’aimer maintenant et toujours, ils le décident librement et y engagent leur volonté avec la grâce de Dieu.

2. Appelés à donner et à pardonner …

Dans la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens, nous contemplons en
Jésus un amour qui va jusqu’au don total, et c’est folie : « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1Cor 1,23). Dans la famille, dans l’amour des époux, sanctifié par le sacrement de mariage, c’est le don de soi et l’amour sans conditions qui sont la source et le ciment du bonheur familial. Parce que le Christ s’est tenu auprès de nous et pour nous dans nos blessures, il y a un chemin de vie, même quand nos familles sont éprouvées, malmenées et blessées, car « ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes ».(1Cor 1,25)

3. Appelés à être une maison pour Dieu …

Enfin, l’Évangile de Saint Jean nous raconte l’intervention de Jésus dans le
temple de Jérusalem : « Il fit un fouet et les chassa tous du temple … Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce » (Jn 2, 13 … 25). Jésus nous invite à habiter une nouvelle maison, qui ne sera plus faite par la main des hommes, mais qui sera son propre corps. Et nous sommes associés à cette nouvelle construction : vous êtes la maison que Dieu construire, vous en êtes les pierres vivantes. Et Jésus en est la pierre d’angle, cette pierre que les bâtisseurs avaient rejetée. Chacune de nos familles peut être à sa manière la maison de Dieu. Nous pouvons le prier pour que son amour sauveur puisse circuler et s’exprimer librement, pour que chacun grandisse en sa présence, pour que chacun puisse recevoir et donner, prendre toute sa place.

2. Une espérance pour les familles

2.1. Les familles sont essentielles pour la société.

Pris de découragement ou trop soumis à l’air du temps, certains finissent par
douter : la famille serait-elle inutile et dépassée ? Non, les familles heureuses sont
essentielles pour la société, nous dit le pape François. Chaque famille est une belle
école d’humanité. On y apprend à ne pas se voir « tout-puissant » ou « seul au monde », on y fait l’expérience d’une solidarité quotidienne où ceux qui sont faibles ou fatigués peuvent s’appuyer sur les autres. On apprend à donner et à recevoir, à pardonner aussi.
Le mariage est une communauté de vie et d’amour, dans laquelle les époux ne sont pas abandonnés : l’Esprit Saint diffuse l’amour même de Dieu dans leur cœur, dans leurs paroles et dans leurs gestes.

2.2. Le corps retrouvé.

Le corps est-il oublié. Il faut dire avec force que la compréhension chrétienne du
mariage souligne fortement la place centrale et la beauté de la sexualité. Nous vivons en effet une foi de l’Incarnation du Fils de Dieu. Nous croyons que Dieu s’est fait connaître dans l’histoire concrète des hommes. Nous croyons aussi qu’il se révèle aux époux dans la promesse qu’ils se font mais aussi dans leur union charnelle, dans le don respectueux et passionné de leurs corps. Au contraire, le corps est oublié quand on s’en empare, quand on veut le posséder dans l’ignorance de l’autre et de sa liberté. Le corps oublié, « le corps en miette » pour reprendre les mots de la philosophe Sylviane Agacinski, c’est plutôt quand il devient l’accessoire de recherches égo centrées et changeantes qui conduisent vite au dégoût. Finalement ce sont les époux qui peuvent dire en vérité les mots de Jésus qui donne sa vie : « Ceci est mon corps ». Mais cela signifie : se donner tout entier, non pas un peu ou pour un temps, mais sans conditions.

2.3. Accueillir les personnes qui ont connu l’échec.

Les père du Synode ont souhaité accueillir les personnes qui connaissent un échec dans leur mariage. Je cite : « Au cours du Synode, la nécessité de choix pastoraux courageux a été clairement ressentie. Confirmant avec force la fidélité à l’Évangile de la famille et reconnaissant que la séparation et le divorce sont toujours des blessures qui provoquent des souffrances pour les époux qui les vivent, comme pour les enfants, les Pères synodaux ont ressenti l’urgence d’itinéraires pastoraux nouveaux, qui partent de la situation effective des fragilités familiales, en sachant que souvent elles sont davantage subies dans la souffrance que choisies en pleine liberté » (N°46 de la relation post-synodale).
Je souhaite que le prochain Synode puisse nous aider à conjuguer la beauté de l’unique mariage avec un accueil plus large des personnes en échec et qui, vivant leur participation à l’Église de manière incomplète, en ressentent une grande souffrance.
Mais cela dépend aussi de nous : pourquoi arrive-t-il encore qu’une personne divorcée ne soit pas admise à la chorale ou que l’on hésite à lui confier une responsabilité de catéchiste ? Pourquoi notre table est-elle moins ouverte à l’autre ou notre relation plus réservée quand il connaît de graves difficultés ou n’est plus « dans les clous ». Ne sont-ils pas des frères et sœurs, chrétiens tout comme nous, appelés à la conversion et au progrès humain et spirituel tout comme nous ? Nous pouvons mieux nous aider les uns les autres.
Que Dieu bénisse toutes nos familles, qu’il nous donne l’audace d’ouvrir notre porte à d’autres familles pour partager les dons que nous avons reçus et nous soutenir dans les épreuves traversées.

+ Denis Moutel
évêque de Saint-Brieuc et Tréguier

Voir aussi :


http://www.dimanchedanslaville.org/date___2015-03-08

Voir en ligne : 200 portes ouvertes