Eglise de PLOUHA
Lundi 10 mars 2014

Homélie du dimanche 9 mars 2014 (1er dimanche de Carême A)

Appel décisif des catéchumènes

Chers amis catéchumènes, quelle joie d’être avec vous … quelle joie pour les
paroissiens de Plouha et pour tous ceux qui vous accompagnent d’être avec vous. Pour
vous, c’est le jour d’un appel particulier … on dit même qu’il est décisif : une marche en
avant, une volonté forte, un élan, une joie bien sûr. Mais pour nous aussi, qui vivons
depuis bien longtemps les sacrements de l’initiation chrétienne, c’est le moment de nous
« réveiller de notre sommeil », comme dit l’apôtre, pour suivre Jésus, pour renaître dans
sa mort et sa résurrection.

Tout à l’heure, l’une des belles préfaces de Carême dira ce que nous sommes en train de
vivre :
«  Chaque année, tu accordes aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la
joie d’un cœur purifié ; de sorte qu’en se donnant davantage à la prière, en témoignant
plus d’amour pour le prochain, fidèles aux sacrements qui les ont fait renaître, ils soient
comblés de la grâce que tu réserves à tes fils.
 » (Première préface pour le carême)

Oui, avec vous nous voulons être fidèles aux sacrements qui nous ont fait
renaître. C’est un choix important : tu choisiras la vie ! A quoi dire oui, à quoi dire non ?
Car il y a aussi des non à dire … il y a une petite bagarre en nous et autour de nous, un
combat spirituel.

Dire Non

A quoi faut-il dire non ? Suivons Jésus dans sa controverse avec le tentateur,
quelle est la bonne manière d’être enfant de Dieu, à la suite du Fils bien-aimé ?
Que propose le tentateur ?

  • La toute-puissance. Que ces pierres deviennent des pains … plus de travail, mais la
    magie … le pouvoir occulte de quelques uns … la fabrication à volonté. L’homme
    devient tout puissant, il devient roi. Il n’a plus besoin de Dieu. Il n’attend plus rien de
    Dieu.
  • L’apesanteur. Jette-toi en bas ! … faire de la voltige au-dessus du reste des hommes
    … ce n’est la mission du serviteur. C’est la négation de l’incarnation, de la pesanteur,
    de la manière d’être homme ou femme. C’est aujourd’hui la négation de la mort et le
    rêve d’un homme sans limites.
  • Le pouvoir, « si tu te prosternes pour m’adorer … ». Non ! c’est en Dieu que nous
    trouvons notre source et notre accomplissement pas dans la possession centrée sur
    nous-même. Et Jésus lui-même ne s’approprie pas ceux que le Père lui confie. Il les
    rend libres.

Dire Oui

Je continue par le oui, et c’est la lecture de vos propres lettres qui me conduit :

  • J’ai toujours su qu’il était là. Il me dit « je suis avec toi »
  • Dans les Ecritures et avec l’équipe d’accompagnement, j’ai pu approfondir le
    message du Christ
  • Dans les rencontres diocésaines, j’étais heureux de pouvoir écouter la diversité des
    démarches. Pour moi la foi, c’est comme une graine qui germe et se transforme progressivement en plante bienfaisante, qui prend de plus en plus de place. L’accès
    au baptême est une grande joie.
  • Je n’étais pas préparée lorsque Dieu m’a tapoté du doigt sur l’épaule. Je désire
    partager l’Eucharistie, mettre mes pas sur les routes de l’Evangile, approcher cette
    joie de m’abandonner au Christ.
  • Plus je grandissais et plus j’avais le sentiment d’être incomplète, de ressentir un
    manque, un vide. Mais ce vide se comble déjà par l’amour de Dieu, du Christ, de
    mon équipe d’accompagnement.
  • Malgré l’épreuve, je me suis sentie étrangement bien et entourée de bienveillance.
    Le Christ a commencé à me porter sur ses épaules.
  • J’ai découvert que, toute sa vie, Jésus a donné aux autres. Il a été trahi. Son amour
    a été plus grand que le mal. Ce qui m’a le plus touchée, c’est le chemin de Jésus
    jusqu’à la mort, le calvaire qu’il a vécu. L’amour de Dieu ne l’a pas abandonné,
    aujourd’hui il est vivant !
  • Quelqu’un me soutenait et me protégeait. Je sentais une présence en moi.

Présence bienveillante, expérience de la générosité du Christ, transformation profonde
de votre être … Quelle étonnante richesse du cœur humain, quand Dieu vient y faire
sa demeure pour solliciter notre liberté, notre intelligence, notre volonté, notre amour !

Au long de ce carême, au long de cette ultime préparation, nous voulons
progresser dans la connaissance de Jésus et nous ouvrir à sa lumière.
C’est au désert là où l’œil n’est plus arrêtée par des choses extérieures, notre
écoute n’est plus encombrée de bruits envahissants. Alors on voit les choses autrement,
et on écoute, on découvre par l’intérieur les choses essentielles.
L’expérience du désert nous conduit à quitter enfin les apparences, les
arrangements médiocres auxquels nous consentons pour regarder la vérité de notre vie :
oui, j’ai besoin d’être renouvelé recréé ; oui il y a des comportements, dans ma vie qui
élèvent mais aussi d’autres qui rabaissent ou détériorent la vie et l’amour ; oui il y a des
murs à faire tomber et des ponts à restaurer vers Dieu et vers les autres.

C’est poussé par l’Esprit

Jésus s’en va au désert … poussé par l’Esprit. Nous avons un ami intérieur, un
avocat, un merveilleux messager des choses de Dieu : l’Esprit Saint. Le carême, c’est
nous laisser faire par l’Esprit plus que d’habitude, consentir à courir vers quelqu’un qui
nous aime, c’est réapprendre à vivre en présence de Celui qui nous aime … toujours. Il
fait des ponts, crée des relations, remet en mouvement ce qui s’était arrêté et ankylosé en
nous.

Le plus important, c’est ce que le Christ fait en nous : il nous rend capables
d’aimer, avec nos faiblesses, nos batailles perdues. Il nous invite à repartir. Il nous aime
plus que jamais quand nous sommes pauvres, à l’épreuve, en panne d’espérance. Et
c’est là qu’il faut lui dire avec les mots du Psaume 50 : « rends-moi la joie d’être sauvé ! »

Bon carême … laissons-nous pousser par l’Esprit !

+ Denis MOUTEL
évêque de Saint Brieuc et Tréguier

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