Jeudi 19 février 2015

Homélie pour le mercredi des Cendres.

Eglise Saint Michel de Saint-Brieuc, le mercredi 18 février 2015

C’est à l’église Saint-Michel de Saint-Brieuc que Mgr Denis Moutel a prêché le mercredi 19 février 2015 lors de la célébration des cendres.

Dans ce premier jour du Carême, l’invitation du Seigneur est claire : « ne prenez pas une mine défaite ! » On pourrait en effet voir dans le carême ce qui serait rébarbatif, avec des contraintes, une allure triste (avoir une face de carême !) et des privations. Mais nous portons aussi en nous un appel très fort à une vie renouvelée. Il y a comme un carême joyeux qui peut aussi se dessiner. D’ailleurs c’est ainsi qu’en parle la liturgie dans la 1re préface de Carême : «  chaque année, tu accordes aux chrétiens de se préparer aux fêtes pascales dans la joie d’un cœur purifié. »

Pourquoi alors des cendres ? N’est-ce pas le signe d’une terre brûlée, comme épuisée, d’une chose complètement consumée, d’une vie faite pour la mort ? Oui et non car dans l’histoire du Salut, les cendres que le croyant projette sur sa tête sont surtout l’expression de son humilité devant Dieu et de son besoin de salut : … oui j’ai été vraiment malheureux et pécheur dans mon existence, dans cette semaine, dans ma journée ; oui, je me suis épuisé dans la quête des choses superficielles ; oui, je veux être vrai devant Dieu. Les cendres disent notre vérité devant le Seigneur et notre reconnaissance de sa miséricorde : Dieu le Père est tendre et miséricordieux, le Fils donne sa vie et il nous sauve, l’Esprit Saint vient mettre l’amour en nos cœurs.

Présence de Dieu

C’est ce à quoi nous appelle le pape François dans son message : considérer le carême comme ce moment où Dieu nous montre qu’il n’est pas indifférent.

« Le Carême est un temps de renouveau pour l’Église, pour les communautés et pour chaque fidèle. Mais c’est surtout un « temps de grâce » (2 Co 6,2). Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous ait donné auparavant : «  Nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). Il n’est pas indifférent à nous. Il porte chacun de nous dans son cœur, il nous connaît par notre nom, il prend soin de nous et il nous cherche quand nous l’abandonnons. Chacun de nous l’intéresse. » (Pape François, message pour le carême 2015)

C’est aussi l’expérience que font les 23 catéchumènes de notre diocèse et que nous devons aider de toute la force de notre prière. En m’écrivant, ils m’ont parlé de cette présence bienveillante auprès d’eux, pour eux, en eux de quelqu’un qui les aime ; ils ont reconnu le passage du Seigneur. Ils sont parfois submergés de joie car ils ne pensaient pas « avoir droit » à une telle visite.
Ils comprennent ce que nous dit aussi le pape François : «  Dieu n’est pas indifférent au monde, mais il l’aime jusqu’à donner son Fils pour le salut de tout homme. »

C’est dans la prière que nous pouvons éprouver cet amour de Dieu pour nous. Si nous nous arrêtions un peu plus pour en faire l’expérience.

Résister à l’indifférence

Nous sommes indifférents à notre entourage parce que nous pensons trop vite d’une chose à une autre, parce que nous ne prenons pas assez le temps de l’attention. Jeûner, c’est alors nous défaire des choses ou des soucis trop encombrants pour que notre cœur puisse désirer ce qui en vaut vraiment la peine. Vider notre cœur de tout ce qui l’encombre pour le remplir des appels du Seigneur. Moins de nourriture, moins d’alcool, moins de connexions pour plus de rencontres … c’est à chacun de choisir. Choisir une plus grande liberté en tous cas, pour un plus grand amour de Dieu et des autres.
Car on peut le dire aussi positivement comme ces jeunes qui ont imaginé, sur les réseaux sociaux, un site de partage « 40jourspourchoisir ». Et l’on trouve des propositions toute simples que l’on peut adopter ou bien en proposer d’autres !

Je choisis :

  • de ralentir mon rythme pendant le Carême
  • d’être plus doux envers moi-même et envers les autres
  • de partager quelque chose qui me tient à cœur

Former des îlots de miséricorde.

Mais le carême est à vivre ensemble. Cherchons comment nous pouvons nous convertir également comme paroisse, comme diocèse. Cherchons quels points d’attention nous pouvons nous donner … peut-être celui de la réconciliation et d’une meilleure communion, peut-être celui de l’attention à ceux qui se sentent loin de l’Eglise.
«  Chers frères et sœurs, je désire tant que les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence ! » (Pape François, message pour le carême 2015)

Au milieu de ce carême, j’invite des familles à ouvrir leur porte à d’autres familles pour partager ce qui nous rend heureux dans notre vie de famille et les chemins que nous avons pris pour surmonter des difficultés.
Cela ne concerne pas seulement des familles qui n’auraient rencontré aucune difficulté (y en a-t-il ?). Les célibataires ont une famille également, d’une certaine manière, il faut le rappeler.

Frères et sœurs, les propositions de l’Eglise seront multiples, dans les paroisses, dans des mouvements ou associations, sur le net même avec des retraites en ligne etc …
Je vous appelle particulièrement à une pratique renouvelée du sacrement de la Réconciliation.
Soyons disponibles pour accueillir tout ce que le Seigneur veut nous donner : qu’il nous prépare aux fêtes pascales « dans la joie d’un cœur purifié ». !

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