Lundi 6 février 2017

Initier par les 5 sens : l’aventure de la PCS

Journée diocésaine de la PCS 2017

« Si donc, dans l’Église, tous ne marchent pas par le même chemin, tous, cependant, sont appelés à la sainteté et ont reçu à titre égal la foi qui introduit dans la justice de Dieu » (Lumen Gentium n° 32)

Toute personne en situation de handicap, quelle qu’elle soit, quelle que soit son âge, peut être intégrée dans la vie de l’Église, c’est à dire qu’elle peut être catéchisée et recevoir les sacrements. La foi est un don de Dieu proposé à tous.
Ce don, relation intime avec Dieu n’a pas de frontière, il est pour tous et se moque du handicap. La personne en situation de handicap est touchée également par cette intimité, cette grâce, cette intériorité et a donc une vie intérieure. Nul ne peut juger de cette intériorité. C’est ma conviction profonde.
Comment peut-on se demander s’il est bien raisonnable de préparer à un sacrement quelqu’un qui à priori ne comprendrait rien à la démarche ? Ce serait remettre en cause l’efficacité de la grâce de penser cela.
Une aumônier d’hôpital me disait : « lorsque je vais communier, je communie au corps du Christ tout entier. Le corps du Christ est composé de tous ses membres forts ou handicapés. »

L’expérience d’Emmanuel

Je me rappelle d’Emmanuel touché par le handicap de la défaillance mentale. Il a participé au pèlerinage des ados à Lourdes. Sa maman se demandait bien ce qu’il pouvait retenir de ce pélé. Elle n’était pas convaincue ! Après une célébration, Emmanuel nous a demandé de communier. Quelle conscience en avait-il sinon de devoir rester à sa place pendant que les autres communiaient. Mais Emmanuel voulait communier pour autre chose, c’était pour lui un manque et il l’exprimait par des pleurs. On aurait pu penser là aussi à un caprice mais ce qui s’est passé le jour de sa première Eucharistie, à Lourdes pendant le pélé des ados, nous montre bien qu’une autre relation s’installait. Une relation intérieure qui nous invitait, nous les animateurs, à un « pas de côté » (Véronique Margron). Nous prenions le risque qu’il refuse au dernier moment. Nous avons parlé avec Emmanuel de la façon dont ça allait se passer. Il écoutait avec une oreille parfois distraite. Le jour de l’Eucharistie, avant le rite de la communion, tout s’est arrêté. Emmanuel est venu devant l’autel avec sa maman ; il a communié seul, s’est mis à pleurer et a embrassé les uns et les autres. Cela devant plus de 500 jeunes. Le mystère de l’Eucharistie, pain de Dieu pour chacun s’est dévoilé à la vue de tous. C’est comme pour les disciples d’Emmaüs, le Christ est avec eux sans se dévoiler participant à la vie du moment. Il ne se dévoile qu’à la fin lorsqu’il partage le repas avec eux.

Solliciter les cinq sens

Comment comprendre lorsqu’on est sur un terrain de la relation symbolique, une relation construite par des représentations (fiche 2 Accompagner vers l’Eucharistie). Chacun a, de par son histoire, de par sa compréhension, de par ses sensibilités, de par ses fragilités, de par les renvois que cela peut faire dans son esprit, une représentation de ce qu’il entend, de ce qu’il voit, de ce qu’il sent et touche. Cela permet de faire sens à une situation, une relation. Nous sommes invités à accompagner avec les cinq sens pour faire communion : communion avec la grâce, communion avec l’ensemble du corps du Christ. « Cette communions fait mieux qu’avoir du sens : elle fait sens. Et elle fait sens jusqu’au point où elle réalise quelque chose : l’émergence d’un sujet. (Fiche 2 Accompagner vers l’Eucharistie). » Le désir de la rencontre du Christ à travers les sacrements est de l’ordre de la grâce plus que de la raison. Le désir de l’Amour, don de Dieu, est pour tous.

Nous touchons, dans cet accompagnement, à la gratuité de l’Amour. Nous aurions tort de priver quelqu’un, parce qu’il est handicapé mental, de cette gratuité.
Relisons St Paul dans sa 2e lettre aux Corinthiens, plus particulièrement au chapitre 12 le verset 10 : « car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » On pourra aussi chanter : « ce qu’il y a de faible dans le monde voilà ce que Dieu a choisi ».