Samedi 27 mars 2004 — Dernier ajout lundi 27 novembre 2006

Jean Leuduger

1649-1722
« Missionnaire Apostolique en Haute Bretagne »

Enfance - études - marche hésitante vers le sacerdoce

Le 9 novembre 1649, naissait au hameau de la Ville-Hervy, en Plérin, le cinquième enfant de Jean Leuduger et de Louise Quinio.

Ses parents ayant résolu de le faire étudier, ils confièrent Jean très jeune à un maître de langue latine, nommé Jean Ruellan.

A l’âge de 12 ans, Jean fut jugé apte à suivre les cours du Collège de Saint-Brieuc, dirigé par des prêtres séculiers du diocèse. Le jeune Leuduger, « à l’esprit vif, à la mémoire excellente », ayant puisé au foyer familial l’amour du travail bien fait, se distingua bientôt par sa capacité. Ses parents, encouragés par ses succès, résolurent de l’envoyer à Rennes au collège que dirigeaient les Pères de la Compagnie de Jésus.

Au moment où Jean Leuduger arrivait à Rennes, « âgé de seize ans environ », donc vers l’automne 1665, le Collège était en plein essor ; il comptait quelque 3000 élèves, et se trouvait classé parmi les « grands collèges » par l’érection d’une chaire de théologie scolastique, établie en 1654.

Il y fit sa Rhétorique, qui fut suivie de deux années de Philosophie : la première étant consacrée au latin et à la logique, la seconde à l’étude de la physique et de la métaphysique.

Ses trois années d’étude terminées, Jean Leuduger accepta, tout en s’initiant à la théologie, de donner des leçons particulières à des jeunes gens de famille aisée.

Après quelques interrogations quant à sa vocation sacerdotale, Jean Leuduger entra au séminaire de Saint-Brieuc. Il fut ordonné prêtre en décembre 1673 et célébra sa première grand’messe à Plérin, le 1er janvier 1674.

Ministère paroissial et premières expériences missionnaires

Entre 1674 et 1678, Jean Leuduger fut chargé de desservir la chapelle St-Laurent, dépendant de la paroisse de Plérin.

Il mit à profit le temps dont il disposait pour approfondir l’Ecriture Sainte, étudier les Pères de l’Eglise et les Conciles. Mais il voulut, parallèlement, se rendre utile à sa paroisse ; il sollicita de son recteur, l’autorisation de réunir les enfants, se chargeant de leur enseigner le catéchisme et de tenir les petites écoles.

Mais, « de tous les moyens propres à ramener les âmes à la vertu, un de ceux qui parurent le plus utiles à M. Leuduger », affirme l’abbé Tresvaux, « fut l’usage des missions. Aussi désirait-il ardemment se consacrer à ce genre de ministère. La Providence ne tarda pas à lui fournir l’occasion de satisfaire son pieux désir ».

En effet, quelques mois après le Carême de 1675, le jeune prêtre fut appelé à Lanvollon, petite ville du diocèse de Dol, où M. l’abbé De la Pinsonnière allait ouvrir une mission.

Mais c’est l’année 1678 qui allait être décisive dans l’orientation du ministère de Jean Leuduger, en même temps qu’elle serait une année de deuil familial, avec la disparition de son père.

En novembre 1678, l’abbé Leuduger était nommé à la cure de Plouguenast. Ennemi des innovations intempestives et soucieux de respecter les « bons usages » établis par son prédécesseur, le nouveau curé gagna très vite la confiance du peuple et son estime.

Son grand souci fut le soin des pauvres et des malades. Interpellés par lui, les notables de la paroisse suivirent son exemple et se préoccupèrent du sort des indigents. C’est sans doute vers cette époque que fut constitué, à l’instar de nombreuses autres paroisses des diocèses de Saint-Brieuc et Tréguier, le « Bureau de Charité » que l’on voit fonctionner encore vers 1756.

Pour consolider le bien déjà fait, Jean Leuduger forma, au bout de quelque temps, dans le bourg de Plouguenast, une communauté de filles pauvres et pieuses qui se dévouèrent entièrement à l’instruction des enfants et au soulagement du prochain.

La paroisse de Plouguenast ne put conserver longtemps son vertueux pasteur. Une autre cure, celle de St-Mathurin de Moncontour, vint à vaquer et M. Leuduger y fut nommé.

Jean Leuduger se consacra à fond au service de sa nouvelle paroisse. Mais, malgré le zèle qu’il apportait à l’accomplissement de ses fonctions paroissiales, son attrait pour les missions le sollicitait sans cesse !…

Non content de travailler, par cet apostolat, à la sanctification de ses compatriotes, il se sentait pressé du désir d’aller porter la foi chez les infidèles, et fit deux voyages à Paris, dans l’intention de s’agréger au Séminaire des Missions Etrangères. Mais l’évêque de Saint-Brieuc (Mgr de Coëtlogon) connaissait trop le mérite et le zèle de Jean Leuduger pour consentir à ce qu’il quittât son diocèse ; il lui en refusa la permission et l’empêcha ainsi d’exécuter son dessein.

Vers la fin de l’année 1689 ou début de l’année 1690, on proposa à Jean Leuduger la charge de Scolastique de l’Eglise Cathédrale de Saint-Brieuc. Le Recteur de Moncontour, que son activité missionnaire retenait bien souvent éloigné de sa paroisse, accepta d’autant plus volontiers cette responsabilité, qu’en lui confiant la direction de l’enseignement dans le diocèse, elle lui permettait de se consacrer entièrement à l’œuvre des missions !…

Il dut cependant reprendre des études universitaires de théologie, avant d’être reçu officiellement dans sa nouvelle charge le 18 décembre 1690.

Le missionnaire

Jean Leuduger entra en relation avec le centre mystique de Vannes, créé par les Jésuites, surtout avec le P. Huby, héritier des PP. Lallement et Rigoleuc, qui lui fit prêter serment de se consacrer aux Missions Bretonnes ; à quoi Dom Jean consentit sous cette restriction pleine d’humilité « aux Missions dans la campagne seulement ! ».

Fortement marqué par ses origines paysannes aux valeurs faites de réserve, de mesure, de solide bon sens, d’amour du travail bien fait…, Jean Leuduger visait plus à la profondeur qu’à l’éclat, gardant en tout une grande simplicité :

« Je ne parle point aux Sages et aux Prudents de ce siècle qui aiment mieux la vanité que la vérité, l’ornement que la simplicité (…) », note-t-il dans son « Bouquet de la Mission » destiné aux peuples de la campagne.

Au total, Jean Leuduger aurait dirigé une quarantaine de missions. A l’exemple des missions des Jésuites bretons et des « bandes » de prêtres séculiers qu’ils avaient formé et qui avaient pris la relève dans les différents diocèses de Bretagne, ces missions étaient de trois semaines ou d’un mois, selon l’importance du lieu ou les possibilités des missionnaires.

Comme il ne sut jamais le breton, sa zone d’action fut pratiquement restreinte à l’ancien diocèse de Saint-Brieuc

En outre, s’étant aperçu que, dans les lieux qu’il évangélisait, on rencontrait souvent des prêtres très ignorants, il s’occupa d’instruire les guides des fidèles eux-mêmes et de les former à la direction dans le tribunal de la pénitence. Pour y réussir, il faisait des conférences ecclésiastiques. Cette œuvre de zèle produisit son fruit. Au lieu de prêtres oisifs, on vit se former un clergé instruit et plein d’ardeur pour procurer le salut des âmes

Si nous avons peu de détails sur le déroulement des Missions de Jean Leuduger, par contre nous sommes mieux informés sur le contenu de son enseignement grâce à son « Bouquet de la Mission ».

L’ouvrage connaît un tel succès qu’on en est déjà à la quatrième édition en 1710 !… à la sixième en 1718 !…, l’ auteur corrigeant, augmentant son œuvre, d’une édition à l’autre.

Voici ce qu’en dit le chanoine Jacques Raison du Cleuziou dans un article paru dans la Semaine Religieuse de 1956 :

« Le Bouquet de la Mission, il faudrait le lire à haute voix. Je suis persuadé que la plupart des chapitres qui le composent ne font que reprendre les sermons qui ont été prononcés. On y sent l’assurance tranquille du pasteur et du père. La clarté d’esprit et d’élocution d’un maître. La finesse et le bon sens, l’équilibre d’un classique. Des longueurs souvent. Mais il n’y a pas là pure rhétorique ou verbiage. C’est quelqu’un qui parle paisiblement à des gens attentifs à l’écouter. Le langage de son temps, sans doute. Mais il n’est ni pédant, ni trivial, ni subtil. Il est à remarquer qu’il veut conserver les termes techniques de la théologie et de la morale. Il parle d’occasion prochaine… de dommage naissant… de profil cessant… Mais il ajoute : …c’est-à-dire… voici… par exemple… Il explique sans avoir l’air de condescendre. Il juge que ses auditeurs sont capables de comprendre. Il tient à leur donner un vocabulaire, des principes de pensée et de jugement. Il veut éclairer leur conscience ».

Le souci constant de Jean Leuduger était d’aider les « peuples de la campagne »- (clergé -religieux -religieuses, tout autant que simples fidèles)- à approfondir leur foi, à la lumière de la parole de Dieu, des écrits des Pères de l’Eglise, de St Augustin auquel il se réfère très souvent, et à passer de la simple « pratique » à une foi de plus en plus consciente et responsable, s’exprimant dans le concret de la vie.

L’édition de 1700, qui débute par « Le lever du Chrétien » avec le texte des « Prières du matin et du soir », et l’énoncé des « Devoirs du Chrétien », se présente comme une suite de 45 chapitres traitant successivement :

  • Des Péchés : Péché mortel – véniel – péchés capitaux et leurs remèdes…
  • De la sanctification des Dimanches et des Fêtes
  • De la Sainte Messe
  • Des devoirs concernant divers états de vie :
  • Devoirs mutuels : Maris et femmes, - Parents - enfants, - Maîtres - domestiques
  • De l’honneur dû aux prêtres
  • Des devoirs communs à tous les chrétiens :
  • Bonnes œuvres – Prière – Méditation – Jeûne – Aumône…
  • Du Sacrement de Pénitence et de la Communion
  • Des dévotions
  • au Saint-Sacrement de l’Autel
  • à la Passion de Notre-Seigneur
  • à la Ste Vierge, à St-Joseph, aux saints Anges, aux âmes du Purgatoire.
  • De la Lecture Spirituelle, suivie de « Méditations sur la Passion » pour chaque jour de la Semaine, des « Litanies dites de la Passion » et des « Litanies des Saints pour demander le Saint Amour de Dieu

Jean Leuduger et la fondation de la « Société des Filles Charitables » de Plérin

Libéré de charge paroissiale, ayant son pied-à-terre à Saint-Brieuc depuis 1691 ou 1692, Jean Leuduger partageait le temps dont il disposait, dans l’intervalle des « Missions » et « Retraites », entre Plérin, sa paroisse natale, et Saint-Michel, sa paroisse d’adoption.

Lui qui fonda, ici ou là, au cours de ses « Missions », des « Confréries de Charité », associations de dames ou de filles pieuses, attentives à visiter les malades pauvres, à faire le catéchisme… eut l’idée de regrouper, sans doute dès les années 1698-1700, quelques jeunes filles de Plérin, afin de s’adonner à des œuvres de piété et de charité.

Fin 1706, deux de ces jeunes filles –Marie Balavenne et Renée Burel- s’engagèrent à vivre ensemble, en communauté, pour aimer et servir –de façon indissociable- le Christ et les pauvres. Le règlement de cette toute première « Maison de Charité » du Légué fut rédigé par Jean Leuduger lui-même.

La maison s’avérant sans doute trop petite pour accueillir les enfants qui s’y présentaient, et s’occuper des pauvres de tout genre qui sollicitaient une aide, Jean Leuduger négocia bientôt l’achat d’une maison plus vaste.

En achetant cette maison du Légué, qui serait « possédée » en leur vivant par Marie Balavenne et Renée Burel, mais passerait à leur mort, -non à leurs héritiers respectifs- mais à des filles qui, à leur suite, seraient comme elles consacrées à l’éducation des enfants et au soin des pauvres et des malades, Jean Leuduger entendait poser les fondements d’une société caritative qui se perpétuerait, par delà le noyau communautaire actuel formé par Marie Balavenne et Renée Burel, — société dont les membres dépendraient du recteur de Plérin, sous l’autorité de l’évêque de Saint-Brieuc. Ainsi se trouvait nettement souligné, dès ses origines, le caractère paroissial et diocésain du futur Institut !

Avant sa mort qui survint en 1722, Jean Leuduger consacra les Sœurs de la « Maison de Charité » du Légué au Saint-Esprit, puis à l’Immaculée. La Maison prit alors le nom de « Société des Filles Charitables de Plérin ».

L’essentiel de cet article est issu d’un ouvrage de Sœur Marie Pierre Torlay (qui fut archiviste de la Congrégation des Filles du Saint-Esprit).