Dialogue Interreligieux
Samedi 2 avril 2011

Jean-Marc Aveline, « théologien du dialogue interreligieux »

Jean-Marc Aveline était invité en mars à l’Abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer, dans le cadre du cycle des journées « Questions de société ». Prêtre du diocèse de Marseille, fondateur à Marseille l’Institut de sciences et théologie des religions, il dirige l’Institut catholique de la Méditerranée et est, depuis 2007, Consulteur au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Son apport théologique, sa riche expérience et sa maîtrise du sujet ont passionné son auditoire…
Il répond ici au journaliste de Ouest France :

Le dialogue interreligieux, c’est quoi ?

Il faut d’ores et déjà faire la différence entre des réunions organisées par les pouvoirs publics, maire, conseil général, régional, ou autres, avec des instances religieuses et des réunions organisées dans un contexte religieux pour aborder des problèmes de théologies multiconfessionnelles. Il n’y a pas lieu d’établir ici de jugements de valeurs entre les deux genres, mais il faut rester vigilant car les deux facettes ne coïncident pas toujours. La religion doit rester neutre pour rester audible. Cette neutralité peut être amoindrie si la main qui vous invite à prendre la parole, est à la fois juge et partie. Le dialogue interreligieux a pour but de trouver des solutions à certains problèmes de société en invitant chaque confession à révéler son potentiel d’autocritique pour s’auto-analyser et apprendre à cohabiter en s’appuyant sur des points communs de théologie.

Il semble que cette volonté de dialogue émane très souvent de l’église chrétienne, est-ce le cas, et pourquoi ?

Oui, pendant longtemps ce fut le cas, mais les choses changent. Il y eut en 2007 l’initiative de ces théologiens musulmans connue sous le nom de « Lettre des 138 » qui ont écrit à Benoit XVI. Il y eut également des démarches d’israélites américains, et aussi des initiatives de certains États musulmans, mais ces dernières ont parfois une arrière-pensée plus politique que spirituelle. L’église de Rome a souvent lancé ces dialogues en réponse à la mondialisation, ou à des problèmes de société et pour des raisons qui tiennent à l’essence profonde de la religion catholique, mais trop longues à expliquer ici.

Le dialogue est-il possible avec la montée de l’intégrisme que l’on observe dans toutes les religions ?

Oui, possible et même indispensable. S’il y a dialogue, il y a échange, et donc ouverture. Il est très compliqué de dialoguer avec un intégriste, quelle que soit sa confession. Pour lui, dialoguer, signifie être sur un pied d’égalité avec une autre religion et c’est inconcevable, car contraire à ses dogmes. Le dialogue est pourtant indispensable pour permettre aux leaders religieux plus tolérants ou modérés, la possibilité de continuer à s’exprimer. De toute façon, le dialogue est avant tout une affaire de personne. Le côté humain de votre interlocuteur est indispensable pour garantir un échange fructueux. Interreligieux veut dire avant tout interpersonnel ; le moteur c’est l’Humain, la réciprocité.

Craignez-vous une récupération politique ?

Il faut rester vigilant pour ne pas être récupéré par ceux qui pratiquent le politiquement correcte en affichant un angélisme hypocrite face aux problèmes de la cohabitation pluri-religieuse et par ceux qui seraient tentés de jouer sur les peurs que cette cohabitation engendre. Nous devons poser les bonnes questions et tenter d’y répondre honnêtement sans nous voiler la face, et pouvoir ainsi conserver notre neutralité.

© Ouest-France, 22 mars 2011.

Voir en ligne : Actualités de l’Abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer