Lundi 26 septembre 2016 — Dernier ajout vendredi 21 octobre 2016

Jubilé des catéchistes : « Ce n’est jamais moi qui évangélise, c’est l’Eglise toute entière »

Dimanche 25 septembre, s’est tenu le jubilé des catéchistes pour les équipes du diocèse de Saint-Brieuc au Sanctuaire Notre-Dame de Toute Aide, à Querrien (La Prénessaye) en présence de Mgr Denis Moutel.

« Bienvenue à chacun d’entre vous. Nous sommes en communion de prière avec le Pape François qui accueille des catéchistes du monde entier pour passer, ensemble, la Porte Sainte ». C’est par ces mots que Mgr Denis Moutel a ouvert la journée en présence des catéchistes costarmoricains. Après ce temps d’accueil, l’ensemble des catéchistes était invité à se réunir au Champ des Apparitions pour prendre un temps de prière « baptismal », autour de la fontaine. L’évêque de Saint-Brieuc et Tréguier a béni les personnes présentes avant de prendre quelques minutes de silence. « J’ai entendu les oiseaux, la source. Ici, tout commence par le silence », a-t-il repris. « Même si Jeanne Courtel est sourde et muette, ses parents l’ont initiée à la parole du Seigneur à travers l’amour ».
Alors que Jeanne Courtel dit avoir entendu « une dame » lui demander un mouton, son père s’exclamera : « Si cette dame te fait entendre et parler, je lui donne tout mon troupeau ! ». A travers ce miracle, Mgr Denis Moutel a rappelé l’importance « de se laisser toucher par la miséricorde de Dieu ; miséricorde qui nous saisit même, et peut-être davantage encore, quand nous sommes pêcheurs ». Les catéchistes, réunis en procession au départ du Champ des Apparitions, ont pris le chemin de la chapelle de Querrien, en priant Marie. « Passer la Porte Sainte, ici comme dans le monde entier, c’est se laisser toucher par le grand amour de Dieu qui fait route avec nous même quand on est en déroute ».

Une approche de la foi différente

A Cracovie (Pologne), durant les Journées Mondiales de la Jeunesse, « le Pape François a invité les jeunes à quitter le divan pour chausser les crampons et rentrer sur le terrain de l’expérience et du partage authentique », a souligné Mgr Denis Moutel durant son homélie. « L’initiation chrétienne revient à être illuminé jour après jour. La Bonne Nouvelle consiste à mettre nos pas dans ceux du Christ ressuscité ». L’évêque de Saint-Brieuc et Tréguier a rappelé les mots du Père Le Stang, accompagnateur spirituel du synode diocésain : il s’agit de « vivre l’événement et s’en réjouir ». Mgr Denis Moutel a donné sa vision de la catéchèse ; celle-ci « n’est pas d’abord des idées mais un événement spirituel. Marchez et vivez avec le Christ ! Mais que devons-nous faire ? Accueillons le don de Dieu ensemble sans avoir peur de nous relier ».
L’après-midi fut consacré à un temps d’écoute et d’échange avec Marie-Laure Rochette, chargée d’enseignement à l’institut supérieur de pastorale catéchétique de l’institut catholique de Paris. Dans un premier temps, cette dernière est revenue sur le « profil » des chrétiens issus de la société actuelle. « La baisse de la pratique sacramentelle et des enfants catéchisés est significative ; [tout comme] la baisse de la culture chrétienne. Toutes les fêtes religieuses sont reliées aux vacances mais les écoliers n’en connaissent plus le sens ». Pour Marie-Laure Rochette, la population tend à relativiser durablement les actes de foi fondamentaux. « Si vous demandez à la fin de la messe ce que veut dire la résurrection, vous aurez des surprises ! ». Celle-ci a mis en évidence que « de plus en plus de gens sont attachés au Christ sans passer forcément par les institutions ».

Une crise bénéfique pour la foi

Marie-Laure Rochette s’est posé la question du bien-fondé de la crise que nous traversons. « Les crises nous provoquent. Comme le disait Hannah Arendt : ‘Une crise nous force à revenir aux questions elles-mêmes et requiert de nous des réponses. Une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons par des idées toutes faites, c’est-à-dire par des préjugés’ ». Celle-ci a également rappelé les propos d’Edgar Morin : « Nous sommes peut-être arrivés à un moment de rupture, comme une étape préalable à une métamorphose d’où naîtrait une société-monde d’un type nouveau. Le propre de la métamorphose est de ne pas être prévisible  ». Pour Marie-Laure Rochette, « nous sommes dans une société en plein changement et c’est cela qui est compliqué. Il peut y avoir de l’espérance ou du désarroi mais se préparer à un monde incertain ne veut pas dire se résigner ».
Est-ce que cette crise peut être bénéfique pour la foi ? « Dans un temps incertain, l’incertitude n’est pas un critère pour arrêter de témoigner de la foi. L’annonce de l’Evangile est encore plus urgente ! », a souligné avec force Marie-Laure Rochette. « Sans moment de crise, peut-être que nous n’aurions pas ressenti, de façon aussi forte, le besoin de revenir aux sources de la foi ». Qu’est-ce qui fait que les paroissiens contemporains viennent à une fête paroissiale, à un pardon ou à un pèlerinage précis sans pour autant être assidus à la messe dominicale ? « Le ‘croire’ des contemporains n’est pas le même ‘croire’ que celui de nos grands-parents. Dans notre monde actuel, ultramoderne, nous sommes sur un mode : ‘je crois ce que je veux et en ce qui est bon pour moi, je sais aussi que tout le monde ne croit pas comme moi’ ». L’intervenante a rappelé que, malgré cette crise identitaire qui secoue les pratiques des chrétiens, le nombre de baptêmes des bébés était constant, tout comme du nombre des catéchumènes.

Une invitation à évangéliser

Marie-Laure Rochette a appelé les catéchistes présents à « rendre compte de l’espérance qui est en [eux] en acceptant que [leur] parole soit une parmi d’autres ». Pour cette dernière, « l’accompagnement demande de la patience. Les gens qui viennent frapper à la porte de l’Eglise en dehors des lieux, des structures et des rythmes pastoraux habituels déragent nos pratiques ». Il s’agit alors pour les catéchistes de choisir l’attitude pastorale la plus adaptée, une attitude théologale, fondée sur la Parole de Dieu comme Source : « laisser la Parole de Dieu faire son travail » ; avant de rajouter : « Nous sommes une Eglise qui propose la foi, qui témoigne de l’espérance et de la miséricorde du Christ. La foi vivante de l’Eglise est une, mais s’exprime dans différentes modalités. L’invitation à évangéliser se traduit par un appel à la conversion ».
Marie-Laure Rochette a souligné l’importance de « choisir et aimer » afin d’être des « chrétiens actifs et engagés ». Celle-ci a rappelé aux catéchistes qu’ils « étaient catéchistes » et « ne travaillaient pas comme catéchistes ». Dans son envoi, Mgr Denis Moutel a souligné ô combien l’espérance, la foi et la charité étaient importants à ses yeux. « Du côté de l’espérance, je voudrais vous inviter à vous émerveiller du don de Dieu, à être simplement heureux de votre baptême et de votre confirmation. Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas de fragilités. Comme disait le pape Paul VI : ‘Les hommes d’aujourd’hui ont plus besoin de témoins que de maîtres’. Ce n’est jamais moi qui évangélise, c’est l’Eglise toute entière ».

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