Pastorale des Gens du voyage
Mercredi 28 juillet 2010 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

L’Eglise frappe à la porte des caravanes

Depuis septembre, la pastorale des Gens du voyage est en pleine renaissance. Son équipe parcourt le diocèse pour visiter les voyageurs qui, malgré la pression croissante de l’Eglise évangéliste tzigane, ont conservé la foi catholique.

Quelques caravanes et un cabanon de bois sous la neige. Le dernier né de la famille vient de rentrer de la maternité. Le bébé dort, posé sur une couette, dans la “campine” (caravane) de ses parents, entouré de ses tantes et cousines admiratives. Challine n’a que trois jours et fait déjà la fierté de sa famille. Quelle chaleur humaine, quelle joie, mais aussi quel froid et quelle pauvreté matérielle !

Caravanes
Caravanes

Du campement de cette famille trégorroise, on distingue le clocher de l’église du village. Lors de sa première visite au titre de la pastorale diocésaine des gens du voyage, Denis Chanteau ne fut pas admis à pénétrer sur le terrain. Il eut d’abord une longue discussion avec Georges, le patriarche. Ayant du mal à le croire lorsque Denis lui indiqua sa démarche au titre de l’aumônerie catholique, Georges s’est alors tourné vers le village et a dit : “Si tu es catholique, tu es de la vraie Église, alors dis-moi que tu es de la même église que celle-là”, en désignant du doigt le clocher. Depuis ce jour-là, Denis Chanteau est convaincu que “oui, cette Église c’est la leur, pleinement unis et en communion avec nous sédentaires ; et, par Lui, nous ne formons qu’un seul peuple, le Sien.” Aujourd’hui, Denis Chanteau visite régulièrement cette famille catholique ainsi que trois autres sur le département. Quatre familles qui comptent jusqu’à quatre générations, de dix enfants et quarante petits-enfants chacune. Soit près de 200 personnes.

Depuis septembre et la nomination du P. John Francis Keys au poste de responsable diocésain, la pastorale des Gens du voyage est en pleine renaissance. À leurs côtés, deux laïcs, Denis Chanteau et Marie-Paule Collin, et un prêtre, le P. Hubert Forget, qui parcourent le diocèse depuis six mois pour visiter les voyageurs. L’objectif étant, pour l’instant, de recenser ceux qui, malgré la pression croissante des évangélistes tziganes et Témoins de Jéhovah, sont restés par conviction dans la foi catholique. Comme cette famille sédentarisée dans une maison de l’agglomération briochine. Les cousins de Marcel, alias Boubou, sont tous devenus évangélistes, et un de ses cousins se prépare à devenir pasteur. C’est grâce à son épouse Sonia que “Boubou” est resté fidèle à l’Église romaine. La foi mariale de Sonia, mère de quatre enfants est telle qu’elle a dressé un autel avec deux statues de la Vierge dans son salon. Elle s’y recueille régulièrement. Et chaque année, la famille reprend la route avec la caravane. Destination Lourdes, pour le pèlerinage annuel des gens du voyage. Sonia sort l’album photo et montre les clichés de la Vierge des gitans qui voyage elle aussi toute l’année avant de revenir au sanctuaire, portée à bout de bras par les voyageurs. Boubou explique : “Pendant l’année nous ne participons pas aux messes paroissiales. Nous craignons d’être les seuls de notre peuple. Mais quand je faisais les marchés, je poussais toujours la porte d’une église dans la ville où je travaillais. À Lourdes, ce n’est pas pareil : pendant une semaine nous prions et chantons ensemble. Et nous gardons toujours la même place pour la campine, au parking du Paradis !

Au quotidien pourtant, Sonia regrette l’isolement dans sa foi. Il y a un demi-siècle, la majorité des voyageurs étaient catholiques, mais les évangélistes tziganes ont su occuper le terrain délaissé par l’Église diocésaine. Ils ont ainsi formé des pasteurs issus de leur peuple, plus à même de rassembler les foules. “Nous ne sommes plus qu’un tout petit peuple de catholiques parmi les gens du voyage. Les catholiques sont trop discrets. Il faudrait qu’on se réveille pour annoncer la Parole de Dieu !”, lâche Sonia.

Et c’est bien l’intention de l’équipe diocésaine. Annoncer l’Évangile, l’aumônerie des gens du voyage ne pourra le faire qu’avec la participation des autres services diocésains. Denis Chanteau explique : “Quand un service, une paroisse ou un prêtre reçoit une demande de sacrement (souvent de baptême ou de funérailles) d’une famille de voyageurs, ce serait bien qu’il nous prévienne. De même, l’équipe a besoin de relais qui pourraient signaler l’emplacement d’un campement installé sur leur commune. “Ces personnes, ayant conscience que cette pastorale est un peu particulière, nous permettraient de poursuivre notre travail de repérage des familles afin de les visiter, leur apporter un accompagnement spirituel et leur proposer une catéchèse adaptée à leurs conditions de vie”, précise Denis Chanteau qui ajoute : “Être auprès de ces gens-là, c’est être pèlerin, disponible pour annoncer Jésus Christ à un peuple qui ne vit pas bien, qui n’est pas admis mais qui garde des valeurs évangéliques fortes comme le sens de la famille et de la fidélité.”

La proximité avec ces familles se tisse peu à peu par des relations simples et confiantes. L’équipe diocésaine aimerait organiser, au printemps, la première eucharistie rassemblant les familles de voyageurs catholiques du diocèse. Et les fruits de cette pastorale des petits pas commence déjà à poindre : la famille de Ploufragan a demandé au P. John Francis Keys de bénir leur maison. Cette bénédiction a eu lieu le 11 janvier. Au cours du repas convivial qui a suivi, Sonia a parlé de son désir de se marier à l’église. Puis la discussion a permis au “rachaï” (appellation du prêtre chez les gens du voyage, signifie “envoyé de Dieu”), de comprendre qu’un de ses neveux de 18 ans aimerait demander le baptême, mais fut mal accueilli par une paroisse catholique. Il s’apprête à s’adresser aux évangélistes. Dans ces familles de voyageurs qui ne font appel à l’Église diocésaine que pour les baptêmes et les funérailles, le P. John Francis Keys sait qu’il a un rôle important à jouer. Il reviendra voir cette famille qui, comme les autres, a soif de Dieu.

La pastorale des Gens du voyage aimerait organiser au printemps une célébration rassemblant les familles de voyageurs catholiques.
La pastorale des Gens du voyage aimerait organiser au printemps une célébration rassemblant les familles de voyageurs catholiques.

Histoire oubliée

L’année 2010 commémore la déportation du peuple tzigane. Le camp de Villeneuve-St-Odile, à Plénée-Jugon, comme la quarantaine d’autres en France, ne fut libéré qu’en 1946, bien après l’Armistice. Chaque mois de mai, l’aumônerie provinciale catholique des Gens du voyage anime une commémoration annuelle au camp de rétention d’Avrillé, près d’Angers. Pour en savoir plus, consultez le site web http://www.memoires-tsiganes1939-1946.fr/ et l’association Itinérance qui accompagne les Gens du voyage au niveau social, médical, scolaire et professionnel. 89, bd Edouard Prigent, 22003 St-Brieuc, tel 02 96 60 86 40.

Cet article a été publié dans le numéro de février 2010 d’Église en Côtes d’Armor.

Voir en ligne : Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-1946