Mercredi 9 novembre 2016 — Dernier ajout samedi 12 novembre 2016

L’abbaye de Coatmalouen (Abati Koad-Maloen) en Kerpert

Au sujet de l’abbaye de Coatmalouen ou Coetmalouen (en breton Koad-Maloen) on a évoqué un « lugubre spectacle sous un ciel très gris assombri encore par de fréquentes averses, […] celui de ces ruines aux contours fantastiques… » (1) Certes, il ne reste que des murs du XVIIIe siècle, mais ils vibrent encore de la psalmodie des moines cisterciens dont les derniers furent chassés par la tourmente révolutionnaire. Récemment dégagés de la végétation qui les envahissait, et, pour peu que le beau temps soit de la partie, ces pierres vénérables ont encore fière allure, attirant de nombreux visiteurs dans un coin de terre dont l’histoire a également été marquée par la Résistance.
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Dans l’ouvrage collectif Les Abbayes Bretonnes (Fayard, 1983), Michel Duval qualifie très justement l’ensemble encore imposant des restes de l’abbaye de Coatmalouen de « grand fantôme » (2). On lira avec intérêt sa monographie dont nous tirons l’essentiel de cette notice.

Notre-Dame de Coatmalouen - Itron Varia Koad-Maloen

Ces ruines sont celles de l’ancien monastère cistercien de « La Bonté-Dieu, encore appelé Notre-Dame de Coatmalouen (en latin Beata Maria de Silva Mellonis)". Il en reste aujourd’hui une façade du XVIIIe siècle, de style classique, qui laisse deviner quelle était la magnificence de l’ensemble du bâtiment. C’est le logis des hôtes (40 m de longueur).

Façade aux 22 fenêtres vers 1983 -  voir en grand cette image
Façade aux 22 fenêtres vers 1983
La façade aux 22 fenêtres (XVIIIe s.) vue de l'ouest -  voir en grand cette image
La façade aux 22 fenêtres (XVIIIe s.) vue de l’ouest
Mur aux 22 fenêtres vu de l'est (cloître) -  voir en grand cette image
Mur aux 22 fenêtres vu de l’est (cloître)

Un écusson situé dans le fronton triangulaire du logis des hôtes représente les armes de la seigneurie de Coatmalouen (d′hermines plein avec mitre et crosses).

Armoiries de Coatmalouen -  voir en grand cette image
Armoiries de Coatmalouen

Autre vestige important : l’abbatiale en croix latine, dépourvue de bas-côtés, dont subsistent la façade (milieu du XVIIIe siècle) et le chevet. « Hélas, elle a été dépouillée au début du [XIXe siècle] de la plupart de ses ornements », dont une partie se trouve disséminée dans diverses églises et maisons de la région.

l'abbatiale vue du sud-ouest -  voir en grand cette image
l’abbatiale vue du sud-ouest
Abbatiale (XVIIIe s.) : l'entrée vue du chœur -  voir en grand cette image
Abbatiale (XVIIIe s.) : l’entrée vue du chœur
Coatmalouen : la façade ouest de l'abbatiale  -  voir en grand cette image
Coatmalouen : la façade ouest de l’abbatiale
Chevet de l'abbatiale, extérieur N-E -  voir en grand cette image
Chevet de l’abbatiale, extérieur N-E
Chevet de l'abbatiale, extérieur S-E -  voir en grand cette image
Chevet de l’abbatiale, extérieur S-E
Porte de l'abbatiale donnant sur le cloître -  voir en grand cette image
Porte de l’abbatiale donnant sur le cloître


Une fenêtre de l'abbatiale -  voir en grand cette image
Une fenêtre de l’abbatiale
Autre fenêtre de l'abbatiale -  voir en grand cette image
Autre fenêtre de l’abbatiale


Dans l’aile gauche du transept, on peut voir deux pierres tombales. Sur l’une d’elles « est sculpté en mi-relief le buste d’un moine […] dont la tête repose sur un carreau entre deux écussons portant trois merlettes posées 2-1. » La pierre est traversée par la croix abbatiale avec l’inscription : F :O.abbas jacet hic. Cette sculpture paraît remonter au XVIe siècle (d’après M. Duval).

Tombe 1 -  voir en grand cette image
Tombe 1
Tombe 2 -  voir en grand cette image
Tombe 2


Principales étapes de l’histoire de l’abbaye

  • Fondation le 25 juin 1142, à proximité de la route antique qui reliait Guingamp à la voie romaine Carhaix-Corseul. C’est la cinquième « fille » de l’abbaye de Bégard. Elle faisait partie de la paroisse de Saint-Gilles-Pligeaux.
  • Premiers abbés : Daniel (1142) ; Eudes 1er (1167) ; Jean (1188) ; Eudes II (1202).
    Extension au XIIIe siècle. Bonne réputation de piété. Constitution d’un important domaine.
  • XIVe siècle : l’abbaye souffre des guerres de Succession de Bretagne. Ayant épousé le parti de Charles de Blois, elle dut subir le contrecoup de la défaite de celui-ci par Montfort (1341). Ce fut l’abbé Geffroy qui parvint à restaurer les bâtiments et la vie conventuelle.
  • Fin XIVe-début XVe siècle : puissante, l’abbaye devient l’enjeu de luttes d’influences entre le pouvoir ducal et divers puissants seigneurs. Bonne notoriété de l’abbé Bertrand.
  • XVIe siècle : à partir de 1526, l’abbaye subit le régime de la commende : les bénéfices reviennent à un abbé (parfois civil) qui n’y réside pas, d’où un certain laisser-aller. Nouvelles tribulations pendant les guerres de la Ligue.

Réformes, travaux et ruine

  • Au XVIIe siècle : on note diverses tentatives pour lutter contre les abus et désordres provoqués par le régime de la commende. L’abbé de Cîteaux, dom Denys Largentier, venu y rétablir la discipline, fut emprisonné par les moines récalcitrants, et ne fut libéré que par la maréchaussée de Guingamp. Finalement, en 1613, Coatmalouen dut se plier à l’Étroite Observance de l’Ordre de Cîteaux.
    La vie de l’abbaye se résume à des procès et des désordres, parmi lesquels des rébellions de paysans hostiles à l’introduction du congément sur les terres du monastère. Le congément (ou domaine congéable) est un mode particulier de concession de la terre. Une partie des bois furent abattus et vendus au profit de la restauration des bâtiments, que d’ailleurs les moines partageaient avec des personnes étrangères à l’abbaye. À la fin du siècle, la faillite d’un abbé entraîna l’abbaye vers sa ruine.
  • Au XVIIIe siècle : c’est finalement à la veille de la Révolution que, sur des plans dressés en 1782 par Jacques Piou, les travaux de réfexion eurent lieu.
  • En 1783, il n’y avait que quatre moines. Dernier abbé : Monsieur De Goyon. Sous la Révolution, les moines durent quitter les lieux. Jean Meslays (orthographe incertaine), dernier prieur, mourut en martyr le 3 mars 1796 à l’abbaye de Saint-Aubin des Bois (en Plédéliac) où il s’était retiré. Augustin Pascal, qui partagea son sort, venait peut-être également de Coatmalouen.
    Après la Révolution, les biens de l’abbaye furent divisés et vendus . En 1806 et 1808 ils furent acquis par M. Loyer, dont les descendants en sont encore propriétaires.

Les Amis de l’abbaye de Koad-Malouen

L’association des Amis de l’abbaye de Koad Malouen a entrepris depuis 1993 la restauration des vestiges du XVIIIe siècle : l’église abbatiale, la façade ouest du bâtiments des moines, l’espace du cloître et les fondations des bâtiments perdus. Elle s’occupe également de l’animation de ce lieu prestigieux dont la visite est possible. On peut notamment y voir les plans de l’abbaye, l’évocation de toute son histoire et d’intéressantes explications.

Photos complémentaires

Intérieur vu de l'est (mur et chapelle) -  voir en grand cette image
Intérieur vu de l’est (mur et chapelle)
fenêtres dans l'abside -  voir en grand cette image
fenêtres dans l’abside
autres fenêtres dans l'abside -  voir en grand cette image
autres fenêtres dans l’abside
intérieur de l'abbatiale (1) -  voir en grand cette image
intérieur de l’abbatiale (1)
intérieur de l'abbatiale (2) -  voir en grand cette image
intérieur de l’abbatiale (2)

Notes :

(1) Notice sur l’abbaye de Coat-Maloën. - Par Dom Alexis Presse, abbé de Tamié, avec la collaboration d’Albert Loyer. Traduction en breton : Koad-Maloen : abati sistersiat : notenn war an abati gant abad Tamie / brezhoneg gant J. Kergrist ; [luc’hskeudennoù A. Garandel]. - [Tréguier] : An Tour-Tan, DL 1993. (32 p.) 
(2) Les Abbayes bretonnes, ouvrage collectif, éd. Le Sarment-Fayard (1983), p. 381-392.

Element de l'abbatiale (sud)