Vendredi 21 octobre 2016

L’envoi adressé par Monseigneur Moutel aux catéchètes du diocèse de Saint Brieuc-Tréguier

Jubilé des catéchistes

Je souhaite vous proposer trois points pour cet envoi ; ils sont portés par les vertus théologales de notre vie chrétienne : l’espérance, la foi, et la charité.

L’espérance

Nous sommes dans le synode « Choisir l’espérance ». Puissions-nous accueillir ensemble, de manière renouvelée, l’invitation du Seigneur à nous émerveiller du don de Dieu, à être simplement heureux de notre baptême et de notre confirmation, éventuellement de notre mariage, de notre ordination, de notre consécration, ou de toute autre vocation par laquelle le Seigneur nous parle et nous constitue comme sujet libre et heureux en sa présence. Être simplement heureux, cela ne se décrète pas. Cela ne veut pas dire ne pas avoir de problème, ne pas avoir de fragilité, ne pas avoir d’insomnie… C’est d’une autre nature. C’est écouter ce qu’Il nous dit lui-même quand Il nous dit que la Bonne Nouvelle est annoncée. Nous émerveiller du don de Dieu … Comment pourrions-nous parler de quelque chose qui ne nous réjouirait pas ? Comment pourrions-nous être de bons témoins de quelque chose qui ne nous traverserait pas ? De quelque chose… de quelqu’un ? De quelqu’un dont nous resterions nous-même étrangers ou à distance ? Bien sûr, il y a peut-être un labeur de la catéchèse, mais que ce labeur ne nous conduise pas à une pesanteur qui nous tirerait vers le bas. Même s’il y a un labeur de la catéchèse, je veux dire des choses à faire, des choses à penser, des soucis, des gens à appeler, des mails à envoyer, des SMS et autre réseau social, des épreuves aussi, des doutes… La participation des catéchistes à la mission de l’Église n’est pas d’abord un devoir à faire, elle n’est pas une organisation à mettre en place, même s’il en faut, elle n’est pas un programme à accomplir. La belle mission des catéchistes est une rencontre avec le Seigneur, avec le Christ lui-même. « On a besoin de témoins plus que de maîtres » disait le pape Paul VI.

C’est pourquoi je vous invite, plus pratiquement, à inscrire, dans toutes les rencontres de catéchistes, l’accueil joyeux de la Parole de Dieu, de la Bonne Nouvelle. C’est assez mortifère à long terme pour la foi, même la foi des catéchistes, de ne faire durant nos réunions que de l’organisation. Quand j’étais aumônier de lycée, j’avais la règle des trois tiers. Le premier tiers de la réunion : on revient sur ce qui s’est passé et on s’efforce de partager les bonnes choses. Qu’est-ce qu’on a vu dans la vie des enfants et des jeunes d’assez étonnant ou bien de difficile ? Le deuxième tiers : on reçoit la Parole de Dieu. On essaie de rencontrer le Christ non seulement dans l’intimité de la prière personnelle mais aussi ensemble. Et puis le troisième tiers c’est effectivement : que fait-on le prochain mois ? Alors ce n’est pas toujours possible à mettre en œuvre, les tiers sont inégaux, mais je vous invite à vivre cette rencontre joyeuse. Comme l’a dit un jour une catéchumène devenue néophyte : « quand j’ai rencontré le Christ, j’ai été décongelée. J’étais froide. J’étais dans une entreprise à un niveau de responsabilité assez important, je voulais tout maîtriser, j’étais une femme de calcul, de prévision, d’agencement. Cela m’énervait quand quelque chose m’échappait. Et puis tout cela a fondu d’un coup en présence de la miséricorde de Dieu. » Nous allons décongeler notre participation à la mission catéchétique de l’Église !

La foi

Je souhaite vraiment vous inviter, dans cet envoi, à ne pas borner le champ de Dieu, à ne pas vivre les choses suivant le cadrage que nous nous sommes fait, suivant le bornage que nous avons mis en place. Ce cadrage se manifeste notamment lorsque nous disons : « ceux-là, ils ne vont jamais être touchés par la grâce de Dieu. On ne les voit pas, on ne les voit plus, on ne les verra jamais. » Peut-être que, nous, nous ne les verrons jamais, mais Dieu les voit déjà et Dieu leur a déjà parlé.

Il ne faut pas exclure l’éventualité que le Seigneur, nous ayant précédé sur ce champ, ait réveillé quelque chose d’inattendu, d’inédit. Des appels sont adressés là où nous n’avons absolument rien préparé. Évidemment, ça peut nous déconcerter.

Il y a une autre manière de cadrer, de borner, d’imposer des limites à l’action de Dieu ; ce serait d’ajuster l’enseignement de l’Église, la mission catéchétique, à ce que nous en avons compris, qui est évidemment très peu. Du genre : « moi, je ne parlerai pas de la vie éternelle parce que je n’y crois pas. » Ou bien : « j’ai toujours eu des problèmes avec « né de la Vierge Marie » donc, je n’en parlerai pas. » Et bien non. Nous n’avons pas à borner le champ de Dieu. Nous n’avons pas à faire la foi chrétienne, catholique, à notre mesure. Je vous invite donc, et je m’invite moi-même, à accepter l’écart possible, l’immense écart qu’il y a entre le mystère chrétien dans son accomplissement et ce que je pense croire ou vivre moi-même. Je ne suis pas encore tout à fait complètement en lui, il y a des parts d’ombres et d’incertitudes. C’est pour cela que je dis : « Viens Seigneur Jésus. » Si un langage est difficile, cela peut-être parce que nous nous y prenons mal parfois. L’Église a besoin de revisiter certains aspects de sa pédagogie, de son langage. Mais c’est aussi parce qu’il y a un appel à progresser par la formation, par la prière, par la conversation de l’Église avec son Seigneur, à progresser dans la connaissance de la foi.

La charité

La charité, je la range du côté de la relation aux autres, je la range du côté de l’Église qui est le Corps du Christ. L’acte de charité au sens fort du mot, la Caritas, l’amour, l’amour de Dieu, l’amour de l’autre, consiste à être relié, à accepter de ne pas rester seul « C’est l’Église qui évangélise ». Ce n’est jamais moi tout seul. Ce n’est jamais à côté de l’Église que je peux évangéliser. Il peut arriver par exemple qu’on se dispute et qu’on ne soit pas d’accord sur la manière de faire la catéchèse, dans telle ou telle paroisse. Il est arrivé une fois ou l’autre que je sois même obligé d’interdire à quelqu’un de faire la catéchèse parce que c’était comme une sorte de défiance forte par rapport à ce qui se faisait dans la paroisse. Quelque chose était organisé systématiquement à côté. On ne peut annoncer l’Évangile et participer à la mission catéchétique de l’Église que si on est relié.

Être relié, cela ne veut pas dire « faire tout le monde pareil » ni « avoir le petit doigt sur la couture du pantalon ». C’est l’objet de bien des échanges et de corrections fraternelles. Mais fondamentalement, quand on se dispute, essayons de ne pas faire des choses à côté, restons quand même dans l’Église. On peut se disputer, bien comme il faut, mais toujours dans l’Église. Puis on se pardonne…on essaie.

Cet appel à être relié, à être ensemble, à ne pas être seul, revient au fait que, dans la catéchèse, c’est la communauté chrétienne toute entière qui prie, célèbre, annonce, se convertit à l’écoute de la Parole de Dieu et devient missionnaire.

Le prêtre est le premier catéchète de la paroisse. Je vous invite à les solliciter. Sollicitez avec discernement, bien sûr, parce que vous connaissez aussi leur charge et leurs divers engagements. Mais, on ne peut pas exclure le prêtre, le pasteur, de la participation à la mission catéchétique de l’Église. Cela va de soi.

Je vous invite également à rendre les personnes qui ont été évangélisées, catéchisées, participantes de la foi de l’Église, qu’elles puissent devenir à leur tour disciples-missionnaires, transmettre à d’autres ce qu’elles ont reçu avec bonheur.

Merci à vous tous et toutes qui portez cette belle mission !

Denis MOUTEL
Évêque de Saint-Brieuc et Tréguier _Dimanche 25 Septembre 2016 – Sanctuaire Notre Dame de Toute Aide à l’occasion du jubilé des catéchistes

jubilé des catéchistes Querrien