Patrimoine religieux
Mardi 6 septembre 2011 — Dernier ajout vendredi 14 septembre 2012

La chapelle du Grand Séminaire de Saint-Brieuc

À l’approche des Journées du Patrimoine, nous vous proposons de visiter la chapelle du Grand Séminaire. Le prêtre qui va nous servir de guide eut le privilège d’assister à la cérémonie de sa consécration. C’était en 1929…

Juillet 1929. L’abbé Joseph Le Guen, professeur de dessin émérite à l’École des Cordeliers de Dinan, découvre, émerveillé, les mosaïques et les fresques qui ornent l’intérieur de la chapelle. De son œil averti et sa plume alerte, il fait part de ses émotions et impressions aux lecteurs du bulletin diocésain de l’époque. Morceaux choisis.

Un ensemble architectural harmonieux d’un bel effet décoratif

La chapelle du Grand Séminaire de Saint-Brieuc

« Le ciment armé œuvre toute la membrure de cette chapelle, croise les fenêtres, découpe dans le fond de l’abside une croix aux allures celtiques. Dans la voûte, les caissons que séparent des arcs polygonaux s’ornent de rosaces aux tons chaleureux. Un pavage dessiné avec art soutient cet ensemble qu’il complète lui aussi par ses arabesques et ses carrelages de belle venue.

Au bas de la chapelle, une grille bien étoffée dont les brindilles s’enroulent avec grâce et ampleur, sépare le vaste chœur de la porte d’entrée, accostée de deux autels, bijoux de granit poli, riche de tons et qui s’harmonise avec les tons chauds des décorations murales qui les complètent. »

Une profusion de couleurs, une variété de combinaisons géométriques

Motifs sur les piliers « Les ocres, les rouges discrets, les verts, les accents plus sonores des bleus ou des mauves chantent dans ce concert de tons dont pas un ne donne à l’œil l’impression d’une dissonance, et la chapelle paraît ainsi moelleusement feutrée de tapis aux tons orientaux savamment éteints, adaptés à la lumière toujours un peu voilée de Bretagne.

Les belles arabesques polychromes aux lignes souples sans être molles, enlacées avec grâce, où les ondulations des courbes alternent avec la franchise géométrique des carrés, amusent l’œil et le reposent. Ces tapis s’ourlent d’une frise d’un archaïsme savoureux rappelant les premiers siècles de l’Église. »

Autour de l’autel majeur, une subtile composition riche en symboles

Rosace avec chrisme « L’autel, dont les verts chantent sur les tons éteints des tapis muraux, gagne en valeur. Sur ces tapis, tels des colonnes, les noms des douze apôtres, surmontés de l’Agneau, se verticalisent. Puis le symbolisme atteint la grande croix celtique. Au milieu, le “Chrisme” [1], sur les bras horizontaux l’aigle et l’ange dont les détails ingénieusement prennent la verticale afin d’élever la composition. Sur le fût et sur la verticale de la Croix, en sens inverse et stylisés horizontalement : le lion et le taureau. Le maître et les évangélistes ! »

Apprenons à regarder, nous dit en substance l’abbé Le Guen, et savourons sans modération la « beauté qui chante » ! La chapelle est ouverte à la visite lors des Journées du Patrimoine, les 17 et 18 septembre. Souhaitons que cette magnifique œuvre d’architecture éveille en vous autant de plaisir et d’émotions !

Yves-Marie Erard

Repères historiques

Le 6 août 1923, Mgr Serrand est sacré évêque du diocèse. Le 7 décembre de la même année, la “Semaine Religieuse” informe qu’un concours est ouvert pour la construction d’un nouveau Séminaire. Le 21 février 1924, le plan présenté par Georges-Robert Lefort, architecte à Guingamp, est choisi. Une souscription est ouverte. La première pierre est posée le 17 août 1925. Les séminaristes prennent possession des nouveaux locaux au retour des vacances de Pâques 1927. Le chantier de la chapelle débute l’année même de l’Exposition des arts décoratifs. L’édifice est consacré le 15 juillet 1929. Les mosaïques sont l’œuvre du célèbre céramiste rennais Isidore Odorico. La chapelle est inscrite à l’Inventaire des Monuments Historiques depuis 1995.

Article paru dans le numéro 9 de septembre 2011 d’Église en Côtes d’Armor.

[1Chrisme : le mot désigne le monogramme du Christ, car il correspond aux deux premières lettres du nom grec du Christ (X et P)