Samedi 22 septembre 2012

La conversion de l’Église

Texte de Xavier Léon-Dufour, sj

À la lumière des textes récents de l’Église romaine et à l’aide des travaux des théologiens, un changement profond d’attitude s’impose : il faut prendre conscience que l’identité chrétienne est une identité reçue d’autrui, et cet Autre est Israël, qui s’est connu lui-même comme se recevant de Dieu. L’Église n’a pas supplanté le peuple élu qui demeure à jamais sa sève vitale ; elle a été accueillie dans son élection. Comment cette vérité a-t-elle pu s’obscurcir dans l’esprit de tant de chrétiens ? L’ Église doit résister à la tentation de maîtriser à elle seule la vérité de Dieu, comme si la Synagogue n’avait plus rien à lui enseigner. Le peuple de Dieu inclut deux traditions, juive et chrétienne.

Théologiquement, il ne suffit pas de « coexister » pacifiquement, il faut exister nouvellement à partir des deux qui nous constituent. L’Église doit reconnaître, même unilatéralement, sa dépendance de la Synagogue : il ne s’agit pas seulement de « dialogue », ni même de « rencontre », mais d’une relation d’amour qui nous constitue. Si le chrétien cesse de regarder le juif comme « un chrétien en puissance », s’il sait qu’en sa racine il est lui-même juif, alors la « question d’Israël » pourra peu à peu s’éclairer.

Extrait de « Lecture de l’Évangile selon Jean », Tome 1, Seuil - Paris 1987 p. 399-400