Jeudi 10 mars 2016 — Dernier ajout vendredi 11 mars 2016

La laïcité, un sujet ancien mais toujours d’actualité

Hier, Jean-François Chemain, docteur en histoire et enseignant en ZEP à Vénissieux (Rhône), a donné une conférence au lycée Saint-Charles à Saint-Brieuc autour de la question de la laïcité. Ce temps-fort, qui a rassemblé un large public, était organisé par les Associations Familiales Catholiques des Côtes d’Armor. Retour sur cette rencontre.

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Jean-François Chemain

« Depuis votre tendre enfance, on vous a expliqué que l’Etat avait réussi à se libérer de la tutelle de l’Église sous l’influence des Lumières au XVIIIe, influence qui a culminée avec la loi de séparation en 1905 ». Pour Jean-François Chemain, ce constat reste à nuancer, l’État ayant eu lui-même une grande influence sur l’Église. « Sous l’Empire romain, la religion et la politique étaient indissociables », voire même, « la religion était au service de la politique ». On priait pour que « les récoltes soient abondantes, qu’il n’y ait pas de catastrophe naturelle, que les dirigeants politiques se portent bien de corps et d’esprit… ». Concrètement, « nous ne parlions pas de laïcité à Rome  », explique Jean-François Chemain. Peu à peu, « les chrétiens ont été persécutés pour leur refus de mettre leur foi au service du pouvoir politique. Car, il est vrai, l’Empire romain acceptait toutes les religions… à condition que les croyants voient l’Empereur comme leur Dieu ».

A la suite de l’Empereur Constantin, et malgré la succession des Empires (l’Empire d’Orient devenu l’Empire Byzantin et l’Empire d’occident, l’Empire de Charlemagne), tous se sont affirmés comme des Empires chrétiens en y imposant la foi chrétienne. « A l’époque, qui donnait à l’Empereur son autorité ? C’était l’Eglise. Cependant, cette dernière ne voulait plus être soumise au pouvoir en place », insiste Jean-François Chemain. C’est dans ce cadre marqué par les tensions internes que la monarchie de droit divin s’est imposée. « Le Monarque a alors affirmé qu’il tenait son pouvoir non plus de l’Église mais de Dieu directement. C’était l’auto-sacralisation du pouvoir », souligne-t-il.

Les premiers à avoir demandé la séparation de l’Eglise et de l’État sont les catholiques eux-mêmes dès 1830. Aujourd’hui, « la laïcité ne s’oppose pas aux racines catholiques de la France, il n’est pas interdit d’être croyants et il n’est pas n’interdit non plus à l’Église de s’exprimer », poursuit Jean-François Chemain. « La laïcité n’interdit pas les signes visibles : on peut entendre sonner les cloches et les fêtes chrétiennes sont inscrites au calendrier ». Jean-François Chemain est également revenu sur la possible laïcisation de l’islam, laïcisation qui ne peut intervenir que si l’islam « entre dans un cadre officiel, cadre façonné par le christianisme », appuie-t-il. « Le christianisme est l’air que l’on respire, il n’y a jamais eu de neutralité possible. L’Église catholique a une légitimité historique en France et l’État doit l’écouter, l’entendre et la laisser parler ».