Mercredi 24 janvier 2007 — Dernier ajout mercredi 12 novembre 2008

La statue de st Tugdual à La Clarté

Au début du XXe siècle, après avoir été sauvé par un enfant du feu destructeur d’un vieux sacristain, voici revenu, grâce à la générosité de sa détentrice, Mme Francfort-Labbé qui avait conservé en mémoire son itinéraire, notre Saint Tugdual absent durant de très longues années de la chapelle Notre-Dame de La Clarté.

Statue de st Tugdual dans la chapelle de la Clarté à Perros-Guirec
Statue de st Tugdual dans la chapelle de la Clarté à Perros-Guirec

Cette grande statue en bois ciré, rongée par les vers et en piteux état, s’apprêtait à être réduite en cendre lorsque passe un jeune garçon, ancêtre de Madame Labbé qui interpelle le sacristain et lui fait savoir que son grand-père qui habite Trestraou aime beaucoup les saints.
— « Le veux-tu ? »
— « Bien sûr mais comment le lui porter ? »
— « Prends ma brouette et rapporte-la moi ».

Sitôt dit, sitôt fait. Le saint suit les déplacements de la famille et en 2005 il « regagne » St-Brieuc par l’intermédiaire de la Commission d’Art Sacré. Sa détentrice avait fait savoir à l’évêque de Saint-Brieuc son désir de le restituer à la chapelle de La Clarté avant son départ pour une maison de retraite.

Né au IVe siècle dans l’actuel Devonshire, de sang royal, Tugdual se consacre très jeune à Dieu. Suivant les injonctions d’un ange vu en songe, il émigre en petite Bretagne avec soixante douze de ses plus fervents disciples qui l’avaient élu comme abbé.
Parmi eux il y avait ceux qui allaient devenir saint Guévroc, saint Gonéry, saint Briac mais aussi sainte Pompée, sa mère, et sainte Sève, sa sœur.

Vers 535, la petite compagnie arrive en la baie des Bas Sablons, sur la côte de Léon où Saint Pol prêchait. Elle vient évangéliser la péninsule armoricaine, alors soumise à la religion druidique.

Tugdual se dirige alors vers Morlaix et fonde un grand monastère à Lann Tréguer, le Tréguier de nos jours. Sa mère meurt, son tombeau est dans l’église de Langoat, dont elle est la patronne tandis que son fils est élevé, malgré lui à la dignité d’évêque par le roi Childebert 1er qui lui confie l’évêché de Lexobie, nom ancien de Lisieux. Il y subit des persécutions, qui l’obligent à quitter son siège épiscopal. Il revient en Bretagne auprès de sa sœur, se tient à l’écart de toute charge ecclésiastique et part pour Rome mais son absence entraîne de telles calamités que les Trégorrois le rappellent, sollicitent sa bénédiction, ce qui lui permet de gouverner en paix jusqu’à son extrême vieillesse.

Elle est bien jolie, la légende de saint Tugdual, qui était arrivé à Rome au milieu d’une troupe d’humbles pèlerins le jour de la mort du pape. Pendant qu’il priait à Saint-Pierre, une colombe venant se poser sur sa tête, le désigna pour la tiare, et l’hymne de Tréguier chante :
In papam eligitur, nuta Deitatis, Tugalus…
« Est élu pape, sur un signe de Dieu, Tugdual… ».
Il porte donc la tiare.

Mais sa modestie, son humilité, lui font renoncer à la dignité papale. Cet épisode lui aurait valu l’appellation de Pabu, vieux breton signifiant Père (Pape, en breton moderne, se traduit par Pab, et la racine est le grecque pappas ; père). D’où les toponymes : Trepabu, St-Pabu, Lanpabu, Lopabu et d’autres encore.

Ce titre de Père se donnait autrefois aux évêques. Or, si St Tugdual n’a pas été pape, il a sûrement été évêque. Sillonant la Bretagne il a aidé ses com-patriotes à s’organiser et leur a appor-té soutien spirituel et réconfort. Son influence fut grande. Il mourut le 30 novembre 564.

Extrait de :
Yvonne Jouan, Chapelle Notre-Dame de la Clarté - Perros-Guirec, éd. Art Jack, Louannec, 2006
avec l’autorisation de l’auteur.