Mardi 9 janvier 2007 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

Le Centre de Formation à la Mission en Cité de l’Emmanuel

Avoir 20 ans, être un jeune chrétien et vouloir rejoindre les jeunes des banlieues.

Le Centre de formation à la mission en Cité de la Communauté de l’Emmanuel propose une année d’enseignements théoriques et de mise en pratique, pour des chrétiens prêts à servir dans les banlieues, nous avons choisis quelques extraits d’ « Oasis » , le journal des missionnaires en cité.

Quelques extraits d’ « Oasis » , le journal des missionnaires en cité

La promo 2006-2007 et leurs formateurs -  voir en grand cette image
La promo 2006-2007 et leurs formateurs

Une année commence, pour dix jeunes désireux de vivre la mission en cité. Après une période de formation spirituelle, sociale et pratique, les voilà partis, deux par deux, afin de soutenir les mission existantes en Seine-Saint-Denis et dans le Var, ou d’entamer l’édification d’une quatrième à Lyon. Une année donnée au Seigneur, une année donnée au service des plus pauvres,…une année perdue ?

Aux yeux du monde, peut-être, mais aux yeux de Dieu, une année de bienfaits et de grâces, accordés au centuple du don consenti. Non pas une année facile, mais une année remplie de joie, une année pour semer et moissonner, dans les larmes ou en chantant… une année pour laisser le Christ nous aimer et nous combler, une année pour laisser les autres nous « manger »…Une année pour appliquer et méditer ces paroles : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », et encore « Qui perd sa vie à cause de moi la sauvera. »

Anne-Sophie

« Le semeur est sorti pour semer … » à Lyon

Aide aux devoirs -  voir en grand cette image
Aide aux devoirs

La cité, le quartier, le ramadan ; l’Algérie, la Tunisie, le Maroc ; les yougos, les maghrébins, les gitans, les gaulois ; le foyer, l’animation de rue, la tour ; la vie fraternelle, la paroisse et la louange ; voilà résumée en quelques mots la formation que nous venons de vivre durant un mois et demi. La vie durant cette première partie de l’année est rythmée par la prière en début de journée, les cours puis le foyer. Le mercredi est différent, animation de rue et groupe de prière constituent le programme.

Aide aux devoirs -  voir en grand cette image
Aide aux devoirs

Le premier mercredi, premier contact avec la réalité du quartier. Une foule de petits enfants étaient là. A un moment, avec deux des plus petits qui ne savaient pas lire, nous commençons deux livres à la fois. Outre la découverte des champignons, de la moissonneuse batteuse, des vignes et autres, une page fut particulièrement incroyable. Le départ en vacances. Je vous décris l’image, une maison à deux étages, devant, une voiture avec une famille à l’intérieur, des bagages sur le toit, la maman qui fait coucou par la fenêtre. La petite fille raconte cette image, « Et voilà, c’est les vacances, nous avons préparé les bagages et nous partons en Tunisie ». Il fallait voir ses yeux pétiller en disant cela.

Je voudrais mettre en parallèle à cet épisode de vie un autre moment de la mission. Un soir, nous devions aller avec Sophie inviter les enfants à une sortie découverte « aventure barbecue » que nous organisions pendant les vacances. Nous partons visiter une famille d’origine géorgienne rencontrée en porte à porte. Les parents parlent difficilement le français mais les enfants sont visiblement surdoués. Leur fils qui ne parlait pas français il y a 3ans vient de passer en CM2 après avoir sauté le CM1 ! Durant la rencontre, Marie, une de leurs deux filles me fait voir son cahier de poésie et récite la dernière. Je voudrai vous citer une strophe « J’habite un champignon, un champignon de béton, dans un ensemble de barres… »

A la lumière de ces deux histoires, comment ne pas voir notre double rôle de missionnaire et d’éducateur. « Le semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain est tombée au bord du chemin […]Une autre est tombée sur le roc […] Une autre est tombée au milieu des épines […] Une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple. » (Lc 8,5-8). Donner de l’espérance, être avec ces enfants, faire ressortir ce qu’il y a de plus beau au fond de chacun des cœurs ; donner de l’espérance et casser les tours de béton qui enferment les cœurs.

Hockey sur goudron -  voir en grand cette image
Hockey sur goudron

Etre semeur dans les cités c’est savoir que bien des paroles que nous disons, bien des moments que nous passons, bien des fatigues que nous endurons vont être foulés au pied, mangés par les oiseaux, se dessécher, être étouffés, mais que malgré cela, en révélant ce qui est bon dans les cœurs, l’espérance peut pousser et grandir dans les cœurs et se transmettre. Quatre soirs par semaine, nous sommes au foyer.

Cette année, il prend un élan vraiment nouveau, principalement par le fait qu’il n’est plus un lieu où seuls les garçons de la cité se retrouvent, mais où les filles viennent également. Le foyer se trouve sur une colline, sous l’église du Christ-Roi. Des trois cités, il suffit de regarder vers cette colline pour indiquer le foyer, pour indiquer l’église ! Tous connaissent. Jusque 80 jeunes pouvaient passer en juin 2006. Les parents les laissent venir malgré une route à quatre voies à traverser. Signe de confiance. Une partie des jeunes commencent par le soutien scolaire, mais il y a également la partie jeux, ping-pong, baby, jeux de société…

Apprendre à jouer, c’est apprendre les règles, apprendre à les respecter, apprendre à les vivres avec les autres, apprendre à attendre son tour. Les soirées au foyer sont divisées en deux, de 17h à 18h30 jusqu’à treize ans et de 18h30 à 20h00 pour les plus âgés. Durant la première partie de la soirée, les enfants peuvent être très nombreux il faut alors déployer des trésors d’organisation pour pouvoir gérer les nombreux conflits qui pourraient arriver. Redonner la direction à suivre, exhorter à l’entente et à la complémentarité… C’est vraiment notre présence en tant qu’éducateur qui est importante à ce moment. Durant la seconde partie de la soirée, c’est le rôle de témoins de la foi, témoins du Christ qui prend le relais. Le plus beau est de voir que dans ces temps donnés, c’est souvent le meilleur côté des jeunes qui ressort, facette cachée ou ignorée dans le quartier. « Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6) invite le Christ.

La cité. Nous avons évolué pour le moment dans quatre cités. L’une a pour population les « primo arrivants », l’autre surtout des maghrébins et des yougos, une troisième un mélange entre maghrébins, gitans et gaulois enfin, la plus grande, 12 000 habitants, regroupe des personnes de toutes origines.

La cité comme carrefour des nations, la cité comme laboratoire de la Civilisation de l’Amour peut se trouver en fait aux portes de toutes les villes, petites où grandes. Quel regard voulons nous avoir ? Prendre le temps d’être là, être là non pour soi mais pour eux, être là à cause du Christ, être là pour le Christ, choisir un regard de pardon et de miséricorde, facile à dire, plus dur à vivre mais si beau à pratiquer !

Benoît

Voir en ligne : Le site de la Communauté de l’Emmanuel