Jeudi 17 septembre 2009

Le Christ Prêtre, le sacerdoce des baptisés, le ministère sacerdotal

Intervention auprès des membres du Conseil Épiscopal élargi, le 17 septembre 2009.

Le 19 juin 2009, le pape Benoît XVI décrète une « année sacerdotale ». Pour qui ? et pour quoi ? Essentiellement pour ceux qu’on appelle « les prêtres », à qui il s’adresse dans une Lettre où il les invite à réfléchir sur leur identité et sur leur ministère dans l’Église et pour le monde. La DC en présentant cette Lettre titre « Le prêtre, un don immense pour l’humanité ». Et le pape s’adresse aux prêtres en ces termes « Chers frères dans le sacerdoce ». J’ai du mal à me défendre contre l’impression qu’en présentant les choses de cette manière, et en inscrivant cette année sous le patronage du saint Curé d’Ars dont on célèbrera le 150e anniversaire de la mort (1859), on révèle une sorte de recul par rapport à la théologie développée par le concile Vatican II.

C’est pourquoi il me semble nécessaire de reprendre la question du sacerdoce et l’utilisation chrétienne du vocabulaire sacerdotal. Mon point de vue sera biblique, mais aussi historique, car l’histoire peut nous apprendre beaucoup : elle révèle non seulement des avancées et des progrès, mais aussi parfois des reculs et des défauts d’orientation. Il faut savoir en tirer leçon.

Il est vrai qu’à une certaine époque, et même pendant assez longtemps, et encore aujourd’hui très souvent, on utilisait le terme de « prêtre » pour qualifier le ministre ordonné, ce ministère étant défini essentiellement en termes de pouvoir : pouvoir de consacrer et pouvoir d’absoudre. La fonction pastorale, consistant à rassembler et à conduire le Peuple de Dieu, arrivait au second rang quand elle n’était pas totalement effacée (cf. les prêtres « altaristes », au Moyen Âge, dont la fonction était exclusivement de célébrer la messe à l’intention des défunts).

Une étude historique soigneuse serait nécessaire pour montrer l’évolution du ministère presbytéral depuis les origines et les raisons de cette évolution. Il n’est pas possible de la faire ici. Restons-en à la situation de la fin du Moyen-Âge et à cette sorte d’inflation qui, jointe à d’autres excès – que l’on pourrait classer sous le registre de « simonie » - a suscité la vigoureuse réaction de Luther, proclamant à juste titre le sacerdoce des baptisés, mais en déduisant à tort qu’il n’y avait pas de place pour un sacerdoce ministériel, le ministère étant, selon lui, une fonction transitoire que tous peuvent accomplir, moyennant le consentement et l’investiture de la communauté. Ceci constitue à nos yeux une dénégation formelle du caractère sacramentel du ministère, autrement dit du « sacrement de l’ordre ».

Quelques citations prises dans l’un des trois grands Écrits réformateurs, le manifeste À la noblesse de la nation allemande, daté de 1520 :

p. 83 Tous les chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique ; il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction.

p. 85 Chacun peut, en cas de nécessité, baptiser et absoudre, ce qui ne serait pas possible si nous n’étions pas tous prêtres.

p. 87 Un prêtre n’est plus prêtre une fois qu’il est destitué.

Ces positions ont été, bien entendu, dénoncées et combattues par le Concile de Trente : 23e Session (15 juillet 1563).
Le Concile de Trente va insister sur le fait que l’Ordre est un vrai sacrement, qui plus est, un sacrement imprimant un « caractère », c’est-à-dire décisif, définitif et irréversible (et non pas temporaire) [1].

Moyennant quoi, le sacerdoce commun, le sacerdoce des baptisés, va être à nouveau passé sous silence…
Toutefois on notera, dans la suite du Concile de Trente et dans ce qu’on a appelé la Réforme Catholique, une insistance sur le ministère pastoral. L’instauration des Séminaires allait œuvrer dans ce sens, ainsi que la pratique de certains pasteurs ou congrégations. On citera spécialement l’Oratoire, société de prêtres fondée par Bérulle, et constituant l’École Française de spiritualité. On va y trouver les noms de Condren, Bourgoing, Tromson… On peut y associer le nom de Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice ; Jean Eudes, fondateur des Eudistes ; Vincent de Paul, fondateur des Prêtres de la Mission. Nous sommes là au 17e siècle. L’École Française a nourri la vie spirituelle de nombreuses générations de prêtres mais a entretenu une survalorisation du caractère sacerdotal du ministère presbytéral :
« Notre sacerdoce est une image de celui de Jésus-Christ ; le sien est l’exemplaire du nôtre » (Bourgoing, 3e Supérieur Général de l’Oratoire).

En poursuivant dans cette voie, on arrivera à des formules dont il sera difficile de se débarrasser par la suite. Telle l’expression « Sacerdos alter Christus ». Cette expression manifestement inexacte va nous obliger à préciser quelle est la situation du ministre ordonné, du prêtre si l’on veut garder ce terme, par rapport au Christ, d’un côté, et par rapport au Peuple, de l’autre…

  • Par rapport au Christ, on préférera l’expression « in persona Christi Capitis agere » utilisée par le Concile Vatican II, ce qui signifie qu’il agit « en la personne du Christ-Tête », soulignant à la fois que son ministère n’est pas une délégation du peuple, et que pour autant il n’est pas lui-même la Tête.
  • Par rapport au peuple, on utilisera la notion de « présidence », soulignant que son rôle est essentiellement pastoral, voué à la construction de l’Église sous le triple rapport de la Parole, des sacrements et du gouvernement. Et ceci le situe en « vis-à-vis » par rapport à la communauté… Il n’en est pas seulement un membre parmi les autres, même si, comme les autres, il est d’abord un baptisé.

Ces considérations font déjà avancer la réflexion, à savoir qu’il est préférable de parler de ministère pastoral plutôt que de ministère sacerdotal pour qualifier le ministère confié à celui qu’on appelle prêtre.

Une des difficultés réside dans le fait de l’indigence de la langue française, qui ne dispose que d’un mot, le mot « prêtre », pour désigner le « presbyteros  » (l’Ancien, sans connotation sacerdotale) et le « iereus  » (figure sacerdotale offrant un sacrifice qui réconcilie Dieu et les hommes).

Nous repartirons de là tout à l’heure pour situer respectivement le Christ, les chrétiens et ceux que nous appelons les prêtres, sous le rapport du sacerdoce.

Mais auparavant, il nous faut indiquer l’apport de Vatican II, qui est considérable. Vatican II renouvelle l’ecclésiologie et la question des ministères en opérant une remontée aux origines, un retour aux sources.

Quels sont les documents principaux ?

  • Il y a d’abord et essentiellement la Constitution sur l’Église Lumen Gentium, et le fait symptomatique qu’on y traite du Peuple de Dieu (ch. 2) avant de développer la constitution hiérarchique de l’Église et spécialement l’épiscopat (ch. 3).
  • Il y a le Décret sur la charge pastorale des évêques Christus Dominus.
  • Il y a les deux Décrets, respectivement sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum Ordinis et sur la formation des prêtres Optatam totius Ecclesiae renovationem.
  • Il y a le Décret sur l’Apostolat des Laïcs Apostolicam Actuositatem et celui sur l’activité missionnaire de l’Église Ad Gentes.

Pour prolonger l’apport de Vatican II, on mentionnera deux documents importants :

  • Tous responsables dans l’Église ? Assemblée de l’Épiscopat Français 1973
  • Les Laïcs fidèles du Christ Christifideles laici, Exhortation apostolique de Jean-Paul II (1988).

Dans un propos un peu plus systématique, je vais tenter de répondre à 3 questions :

1) Comment le NT parle du sacerdoce ?
2) Que recouvre l’expression « sacerdoce des baptisés » ?
3) Quelle est la spécificité du sacerdoce ministériel ?

Il va de soi que dans le temps qui m’est imparti chacune de ces questions ne recevra qu’une réponse succincte.

1- Comment le NT parle du sacerdoce ?

1°) Contrairement à l’AT, où la terminologie sacerdotale est très utilisée pour désigner des fonctions de médiation entre les hommes et Dieu, notamment par l’offrande de sacrifices dans le Temple, le sacerdoce, dans le NT, est l’apanage du Christ, qui le possède de manière unique, décisive et définitive…
C’est toute la doctrine de l’Épître aux Hébreux, qui désigne le Christ comme le Grand Prêtre et qui, dans des termes sans équivoque, ramène toutes les institutions anciennes : le sacerdoce, le sanctuaire, les sacrifices, à n’être que l’ombre, la préfiguration, l’annonce des biens à venir.
Le Christ, seul Grand Prêtre, obtient une fois pour toutes, par l’offrande de sa vie, notre libération effective, notre accès à Dieu.
Le culte ancien est périmé, le sacerdoce caduc, les sacrifices inefficaces. Le Christ est à lui seul le prêtre, le sanctuaire (Temple de son corps) et la victime (dans sa Passion). cf. également 1 Tim 2, 5 « Il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes » et les passages de Jn sur le culte (Jn 4) et le Temple (Jn 2, 21).

2°) Paradoxalement, l’expression de « sacerdoce » reçoit une extension sans limites, puisque, par participation, on l’attribue au peuple tout entier : 2 Pt 2, 5 parle d’une « sainte communauté sacerdotale (hierateuma) pour offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu ».
Autrement dit, par le fait qu’ils sont agrégés au Christ par le baptême, devenus membres de son corps, les chrétiens participent de son sacerdoce, capables de rendre à Dieu le culte qu’il souhaite, c’est-à-dire l’offrande de leur propre vie.
C’est ce que saint Paul dit en Rm 12 : « Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel ».
Saint Augustin s’exprimera de façon semblable pour définir le sacrifice (Livre X de la Cité de Dieu).

3°) Le NT n’emploie jamais le vocabulaire sacerdotal pour désigner les ministres. Les termes utilisés pour désigner les ministres sont divers et variés selon les lieux ou selon les temps. _ On trouvera les apôtres, les prophètes, les docteurs… puis les anciens ou presbytres, les épiscopes ou surveillants. On trouvera des diacres, des évangélistes et des pasteurs… Vers le milieu du 2d siècle on voit le ministère se structurer et se stabiliser selon une hiérarchie tripartite : évêque, prêtre et diacre.
Mais il faut faire état (et là nous dépassons le cadre strict du NT) d’une certaine « sacerdotalisation » du ministère pastoral, qui va s’affirmer dès les 3e et 4e siècles et ne cessera de s’imposer jusqu’à Vatican II.
Cette tendance apparaît dans la pensée et dans la liturgie par une reprise des catégories vétéro-testamentaires… Elle est aussi influencée peut-être par le néo-platonisme (Plotin 204-270).

2- Que recouvre l’expression « sacerdoce des baptisés » ?

On l’appelle encore « sacerdoce universel » ou « sacerdoce de tous les croyants » ou « sacerdoce commun ». On parlera encore du « ministère baptismal des laïcs », titre d’un chapitre du livre de Bernard Sesboüé « N’ayez pas peur » p. 115, lequel rappelle la définition du mot « laïc » : le « laikos  » est un membre du « laos  », c’est-à-dire du Peuple de Dieu qui est un peuple sacerdotal… En ce sens le terme de laïc veut dire consacré, sanctifié, membre du sacerdoce royal. Ce statut de sanctification repose sur le baptême, participation à l’onction du Christ.
Mais le mot « laïc » a une autre connotation, qui le distingue des ministres ordonnés et des religieux. Le Laïc est celui qui vit dans le siècle, dans le monde profane.
B. Sesboüé conclut : En retenant les 2 traits (membre du Peuple saint vivant dans le monde profane) « on dira que le laïc est une personne consacrée par son baptême, et destinée à vivre dans le monde non consacré pour y faire advenir le Royaume de Dieu et le sanctifier » (NB : c’est le contenu développé dans la journée FoDAP intitulée « un monde à habiter, à humaniser, à créer »)
On trouvera des développements intéressants à ce sujet dans « Christi fideles laici ». Mais ce qu’il faut retenir c’est que la vocation des laïcs ou l’exercice du sacerdoce baptismal n’est pas pour eux une matière à option : le Décret sur l’Apostolat des laïcs le souligne de toutes sortes de façons (l’apostolat n’est pas réservé à quelques-uns seulement) et il détaille les champs et les modes d’apostolat. Nous ne pouvons pas nous engager très loin dans cette voie : le temps nous manque… On peut toutefois relever les notions de ferment ou de contagion, très évangéliques au demeurant, pour qualifier la présence des chrétiens dans le monde (BS p. 122)… Et la Lettre à Diognète (1re moitié du 2e s.) allait également dans ce sens.

Alors, on parle aussi de « ministères baptismaux »… Peut-être que l’expression « ministère baptismal des laïcs » employée à l’instant pour désigner l’apostolat, n’est pas tout à fait adéquate. En effet, B.S. nous dit p. 121 : « L’apostolat est une notion plus globale que le ministère. Le ministère est une détermination particulière que peut prendre l’apostolat en certains cas. Il faut donc distinguer les deux ».
Pour le mieux saisir, on a intérêt à repartir du ministère de l’Église, du fait que l’Église tout entière est ministérielle, c’est-à-dire qu’elle est au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle, dans le prolongement et l’actualisation de celui du Christ, cf. Lc 4 « L’Esprit du Seigneur est sur moi… »
Pour l’exercice de ce ministère global, il y a besoin de ministères particuliers. Pas seulement de ministères ordonnés – sur lesquels on reviendra tout à l’heure – mais de toutes sortes de fonctions particulières, charges ecclésiales suscitées par les besoins de la mission et de la communion. La variété de ces « ministères » est grande… et Paul VI, dans Evangelii Nuntiandi, encourage l’initiative en prenant en exemple la hardiesse des communautés primitives (cf. longue citation en BS p. 124)… mais le fondement est le même : c’est le baptême (d’où le titre de ministères baptismaux). Autrement dit, pour exercer certaines fonctions dans l’Église, il n’est pas besoin d’une ordination sacramentelle : il suffit de tirer les conclusions logiques de l’identité chrétienne et du sacrement qui fait de vous un membre de ce Corps où chacun a un rôle déterminé. (NB. Cela n’implique pas que chacun définisse ce rôle à sa manière et l’exerce à sa guise : l’autoproclamation n’a pas cours dans l’Église).
Ceci peut constituer une transition pour en venir aux ministères ordonnés. J’avais posé la question au départ : Quelle est la spécificité du sacerdoce ministériel ?

3- Quelle est la spécificité du sacerdoce ministériel ?

Puisqu’il est question de sacerdoce ministériel, ou de ministère sacerdotal, c’est-à-dire de l’identité et de la fonction particulière dans l’Église de ceux qu’on appelle les prêtres, je laisserai de côté, par hypothèse, ce qui relève du ministère diaconal, lequel s’exerce sur un autre registre, regarde du côté du Christ-Serviteur, et est conféré également par une ordination sacramentelle.

La raison fondamentale du ministère ordonné est la suivante (FV RIGAL, 25) : Sacrement du salut, sacrement du Christ, l’Église, en tant que Corps, n’a pas sa source en elle-même. Seul le Christ est la Tête de l’Église : il la convoque, l’édifie, lui donne vie et unité (Col 1, 18).

Le ministère ordonné, spécialement sous son mode presbytéral, est là pour le signifier, le manifester et le faire advenir : il en est le signe, le sacrement. Je l’ai souligné au début de mon propos en commentant l’expression « in persona Christi Capitis ».

Je n’ai pas à justifier qu’il faille pour cela un sacrement. Simplement je constate que, depuis l’origine, le ministère pastoral a été conféré sacramentellement (c’est le sens du rite de l’imposition des mains).

Dans ses développements sur les ministères, le Concile commence par rappeler la sacramentalité de l’épiscopat LG 21 et la collégialité de l’épiscopat LG 22, et à l’évêque, dont la mission est d’édifier l’Église sur un territoire qu’on appelle diocèse (ou Église particulière), il adjoint un corps de collaborateurs appelé « presbyterium » (soulignant par là que chaque prêtre n’exerce pas son ministère pour son propre compte). Ensuite, le concile détaille, à plusieurs reprises, la fonction pastorale selon 3 registres, à savoir (Je prends les têtes de paragraphes dans MVP) :
1. Les prêtres, ministres de la Parole de Dieu MVP 4
2. Les prêtres, ministres des sacrements et de l’Eucharistie MVP 5
3. Les prêtres, chefs du Peuple de Dieu MVP 6

Dans son livre « Découvrir les ministères » J. RIGAL reprend ces 3 registres en leur donnant des titres qui explicitent davantage ces 3 fonctions, et il poursuit par un chapitre intitulé « exercer le ministère autrement », où il suggère, précisément, de ne pas s’en tenir au seul second registre, mais de déployer le ministère dans sa totalité. On pourrait dire que l’englobant ici n’est pas le sacerdotal, mais le pastoral. Et le pastoral se décline sur les 3 versants de la Parole, des sacrements et du gouvernement. Voici les titres de Rigal et quelques phrases significatives prises dans son développement :
1. Le service de la fidélité apostolique, par la prédication de l’Évangile, l’enseignement, le discernement, le témoignage. Le ministère des prêtres est au service de la foi des Apôtres… Cette fonction appartient d’abord aux évêques, mais aussi à ceux que Vatican II désigne comme les coopérateurs de l’ordre épiscopal. Elle implique un ministère d’accueil, d’écoute, de reconnaissance, de discernement, d’encouragement, de vigilance mais aussi de recherche et d’invention…
2. Le ministère des sacrements, comme célébrants, gardiens et promoteurs… Dans cette fonction ecclésiale, et de manière plus visible que pour toute autre, le ministère des prêtres manifeste la priorité absolue du Christ sur son Église : c’est lui qui la convoque, la rassemble, la nourrit de sa Parole et de son Corps, et l’envoie. (On peut renvoyer ici à ce qui a été dit plus haut de la formule in persona Christi capitis et de la fonction de présidence).
3. Pour cette troisième fonction JR n’emploie pas le terme de gouvernement. Il préfère celui de la communion ecclésiale, précisant « avec ce que cela suppose d’accueil de la diversité, de pardon et de réconciliation »… Cette communion est à promouvoir très localement, dans la communauté à laquelle le prêtre est envoyé, communion entre ses membres, communion avec l’Église universelle, avec l’évêque et son presbyterium, entre les chrétiens et les différentes communautés locales.

Et J. RIGAL conclut – et nous conclurons avec lui – en disant : Dans cette trilogie, on retrouve les trois fonctions traditionnelles du Peuple de Dieu : prophétique, sacerdotale et royale. Il appartient au ministère pastoral de relier cet ensemble en une seule gerbe, de nouer ces trois fonctions en un faisceau unique. Il y va de l’identité de l’Église et de l’authenticité de sa mission dans le monde. Le presbytérat exerce un ministère de la globalité.  ?

[1cf. les c. 3 & 4 FC 901 et 902.

Vos témoignages

  • Julius 9 octobre 2009 00:00

    Bonjour, juste un point de la part d’un laïc (moi je préfère le terme de « fidèle », qui fait bien référence au baptême, en le situant dynamiquement) :

    « Par rapport au peuple, on utilisera la notion de « présidence », soulignant que son rôle est essentiellement pastoral, voué à la construction de l’Église sous le triple rapport de la Parole, des sacrements et du gouvernement. Et ceci le situe en « vis-à-vis » par rapport à la communauté… »

    Ca ne tient pas la route ! Un pasteur est un berger, pas un président. Il n’est pas assis au milieu de ses brebis, il les guide et donc leur tourne le dos, n’est pas en vis-à-vis.

    Le terme de président (prae-sidens) est adapté à la table de la parole, où il s’agit de lectio, d’oratio, de méditation, de prédication. La liturgie eucharistique demande plutôt un « directeur » (ou si l’on veut, un « président exécutif » au sens où en anglais le chairman n’est pas l’executive president).

    Dans la communion même, où il faut bien qu’il y ait un « vis-à-vis », l’important n’est pas tant le repas que l’union au Christ, qui au cénacle a fait référence à tout le triduum, y compris passion-résurrection. Il s’agit donc bien d’un « chemin », pas d’une halte.

    D’où l’intérêt de cesser la « désorientation » de la prière eucharistique. Il faut probablement être un fidèle pour prendre conscience du mal que cela fait, dans la mesure où cela cléricalise à outrance la célébration, mettant l’accent sur les fantaisies du prêtre, plutôt que sur Dieu.

    Rehausser le rôle des fidèles, repastoraliser le prêtre, n’est pas incompatible, au contraire, avec la correction de certains errements liturgiques, opérés de bonne foi, mais à tort.

    Durant ce qu’on appelait autrefois « l’actio », le prêtre est « premier de cordée », c’est en cela qu’il agit « in persona christi », en tant que « tête de l’Eglise ». La tête ne regarde pas le nombril dans une fascination réciproque !

  • 21 septembre 2009 23:21

    Mon cher Jean,

    Quoique n’étant pas directement concerné par ton exposé du 17 courant qui s’adresse plutôt à tes frères prêtres, je suis évidemment partie prenante du « sacerdoce des baptisés » tel que nous l’a enseigné Vatican II à travers Lumen Gentium.

    Ton exposé est passionnant et d’une véritable clarté.

    Je ne me permettrai pas de porter un jugement de valeur mais je pense que tu es bien dans la ligne des pasteurs qui veulent faire avancer l’Eglise, comme on le retrouve dans les bouquins de Jean Rigal et de Bernard Sesbouë.

    Une nouvelle fois, (puisque en te tranmettant mon inscription au cours de formation je réclamai des formations sur l’enseignement social d l’Eglise depuis Rerum Novarum jusqu’à la dernière encyclique de Benoit XVI), ne serait-il pas possible d’ouvrir une formation sur les textes de Vatican II pour que tous soient imprimés de cette évolution de l’Eglise, plus ouverte au monde et plus proche de la mission à accomplir. Je ne puis m’empêcher de penser à la lettre de notre Père Evêque à la suite du Motu Proprio de Juillet 2007 rappelant que sa mission d’évêque était de faire avancer l’Eglise dans la ligne de Vatican II…..

    Nous pourrions peutêtre prendre le temps un jour d’en parler ensemble même si tu retrouves devant toi un copain qui nage en dehors de l’Eglise et qui en crêve !

    Avec toute mon amitié. Arthur LE LOSTEC arthur.le-lostec chez wanadoo.fr

    • Le sacerdoce des baptisés, c’est très simple. C’est avant tout le sacrifice de nos vies, offert à Dieu, à l’image du sacrifice de Jésus sur la Croix réactualisée à chaque messe lors de la consécration. Tous les humains qui sont béatifiés, puis éventuellement canonisés ont subi des souffrances parfois intense, jusqu’au martyr : Cf. attentat à la Cathédrale de Bagdad, Évêque égorgé et décapité en Turquie, Moines de Tibéhirine égorgés et décapités, etc…. Tout humain qui offre ses souffrances en les associant au Christ en Croix, « en agonie jusqu’à la fin du Monde » (Blaise Pascal) exerce son sacerdoce de baptisé. Ceci est très bien expliqué par une grande mystique contemporaine : Marie de la Trinité, Dominicaine des campagnes, dont l’œuvre considérable (plus de 5 000 pages) commence seulement à paraître.

      • Heureusement on peut vivre le sacerdoce des baptisés autrement qu’en mourant, même s’il faut reconnaître le témoignage de ceux qui ont donné leur vie. Pour ma part, je lirai plutôt le chapitre 2 de Lumen Gentium sur « Le Peuple de Dieu » : http://www.portstnicolas.net/spip.php?page=article&id_article=132&psn_f=gono&psn_id2=Lumen%20Gentium&psn_id=9-17

        • Cher Philippe,

          Il est évident que le sacerdoce des baptisés ne se vit pas qu’en mourant martyr et heureusement. Mais il passe inévitablement par l’offrande de nos souffrances, grandes ou toutes petites pour les associées à celles du Christ, qui a chaque messe réactualise Son sacrifice de la Croix au travers du célébrant.

          L’aspect sacrificiel de la messe a été mis de côté par Vatican II, mais Benoît XVI qui est un des derniers témoins de Vatican II, sait que ce Concile a été manipulé par des forces occultes hostiles à l’Eglise. Le très grand Vaticaniste, Sandro Magister l’a très clairement établi et démontré sur ce lien :

          http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1346167?fr=y

          Par ailleurs, Vatican II n’est pas un concile doctrinal. Il n’y a eu aucun dogme de défini. C’est la raison pour laquelle l’histoire et la sagesse du Magistère, guidé par l’Esprit de Vérité, que Jésus a confié à Pierre et à ses successeurs, va décanter ce beau concile pour en garder ce qui est conforme à la Bible et à la Tradition, et va écarter tout ce qui n’est pas l’œuvre de l’Esprit Saint. Cette partie constitue heureusement peu de chose et nous pourrons donc en garder la très grande majorité des textes.

          Il a fallu 150 ans pour trouver les fruits du Concile de Trente, grâce à Internet nous mettrons beaucoup moins longtemps, mais le cœur du vrai visage de Vatican II reste à découvrir, car très peu d’évêques et de prêtres l’ont lu entièrement. Ils croient le connaître, ils croient l’appliquer, mais en réalité, ils n’appliquent, en particulier sur la liturgie, ce que beaucoup ont cru que Vatican II disait, mais qui n’en parle absolument pas : communion debout, dans la main, canon beaucoup trop nombreux, pas d’agenouillement ou si peu, pas de silence après la communion, occultation du caractère sacrificatoire de chaque messe, etc…

          Joyeux Carême et très fraternellement.

          • Le Christ Prêtre, le sacerdoce des baptisés, le ministère sacerdotal 14 mars 2011 09:44, par Abbé Gérard Nicole, prêtre du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier

            J’apporte les réflexions suivantes à la contribution de Cath 0’Leek.

            • Il n’est pas juste et vrai de dire que le Concile Vatican II aurait « laissé de côté » la dimension sacrificielle de la messe. Il suffit de noter que l’Église a gardé la prière eucharistique n°1 (Canon Romain), que la prière eucharistique n°3 fait référence explicitement aux sacrifices du Christ et de l’Église, idem pour la prière eucharistique n°4. Regardez aussi les préfaces (pour le temps pascal n°5, préface de l’Eucharistie n°1, etc…). Last but not the least, regardez la prière sur les offrandes de ce jour, premier lundi de Carême (« Accepte Seigneur notre fervent sacrifice… »).
            • Il n’est pas juste et vrai de dire que le Concile Vatican II ne soit pas un concile doctrinal. Allez lire le Code de Droit canonique (CIC c.749-2 ). Cela concerne le magistère d’un concile œcuménique. Le Pape tout autant que le Concile (avec à sa tête le Pape ) peuvent vouloir enseigner sans mettre en œuvre l’infaillibilité . Cela est arrivé plusieurs fois à Vatican II.
            • Il est trop peu précis de dire que l’Église aurait pris des décisions en matière liturgique que le Concile Vatican II n’aurait pas énoncées. Si vous avez lu la constitution Sacrosanctum Concilium vous aurez noté le § 21 distingue dans la liturgie ce qui est immuable et ce qui est sujet au changement. Le Concile Vatican II a lui même énoncé très explicitement les domaines où il souhaitait engager ce travail en vue d’un progrès légitime (§.23) : lectionnaire (§ 24)- livres liturgiques (§ 25) - langue liturgique (§ 54)- communion sous les deux espèces (§ 55).

            Il est vrai, juste, et bon de dire qu’il faut lire le Concile Vatican II. J’en relirai quelques pages aujourd’hui même, le chapitre II de Dei Verbum par exemple. Ces pages concernent la Tradition de l’Église, la grande « of course »…

            • Mon Père,

              Tout ce que vous écrivez, je le sais parfaitement depuis longtemps. Mais vous ne dites rien sur le lien de l’article de Sandro Magister qui doit vous procurer un certain malaise car il dit enfin la vérité sur une partie du concile qui a été caché aux fidèles. Benoît XVI en est parfaitement conscient et il est inutile de se fermer les yeux sur la réalité de faits historiques qui sont vrais. Ne pas regarder en face la vérité c’est refuser de voir Jésus qui a dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ». Tout comme pour les évêques Français qui refuse de marcher pour la Vie, c’est faire un péché de refus de Dieu. En refusant de lutter contre l’avortement et en ne pas voulant marcher pour la vie, on refuse Dieu implicitement ! En promulguant Summorum Pontificum que vous avez lu et que vous pratiquez avec charité à tous les fidèles qui vous le demande.

              http://www.cef.fr/catho/actus/archives/2007/20070607summorum_pontificum.pdf

              Le Cardinal Biffi brise un tabou concernant Mgr Dossetti qui a manipulé certains évêques durant le concile Vatican II : http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1346167?fr=y Extrait : "….Dossetti a continué à exercer une influence profonde sur la culture catholique, et pas uniquement en Italie. C’est lui qui a donné naissance – avec quelques historiens qui partageaient ses vues et dont le premier fut Giuseppe Alberigo – à l’interprétation de Vatican II qui a eu le plus grand succès dans le monde entier jusqu’à aujourd’hui, condensée dans cinq volumes de « Storia » [Histoire] qui ont été traduits en plusieurs langues. Ce n’est pas tout. Dossetti a également été pour beaucoup de gens un grand inspirateur en termes de pensée à la fois théologique et politique. Il a exercé un fort ascendant sur le clergé, les évêques et les catholiques politiquement actifs à gauche. Mais alors que son interprétation du concile Vatican II fait l’objet de critiques croissantes depuis quelque temps – en particulier depuis le mémorable discours que Benoît XVI a consacré à cette question le 22 décembre 2005 – personne n’avait osé, jusqu’à ces dernières semaines, mettre en doute avec autorité et publiquement la solidité de sa vision théologique.

              Celui qui a brisé le tabou, c’est le cardinal et théologien Giacomo Biffi, qui a été, de 1984 à 2003, archevêque de Bologne, le diocèse de Dossetti.

              Contrairement à beaucoup d’Evêques et de prêtres qui n’ont pas lu les actes de Vatican II, les laïcs sont maintenant bien formés et ont pris le pouvoir que leur donnait justement Vatican II et J-P II dans l’EAPS : « Christifideles laici » du 30/12/1988. Ils ne peuvent plus être bernés par des clercs gallicans et progressistes qui ont dénaturé le Concile. Vous avez raison de dire que les textes de la liturgie conciliaire n’ont pas gommé complètement le caractère sacrificiel de toute eucharistie mais durant trop longtemps et dans bien trop de paroisses de France et d’Europe le caractère « banquet » a été mis en avant pour faire passer au second plan le caractère sacrificiel. D’ailleurs, c’est au début des années 70 que pour les cadeaux de confirmation, on n’offrait plus de crucifix avec Jésus, couvert d’un seul pagne en croix, mais des croix nues ou avec des Christs habillés. Lors de la sortie de « La Passion » de Mel Gibson, la CEF a pris position contre ce film alors qu’il ne montrait que la réalité (ou presque, car ce n’est qu’un film) de ce qui s’est passé. Ce fut d’ailleurs le seul commentaire de Jean-Paul II sur ce film. Un Cardinal de la Curie a tout de même eu le courage de dire que le fait d’avoir vu ce film avait complètement changé la manière dont il célébrait sa messe.

              Je suis aussi d’accord avec vous pour apprécier tous les apports positifs de Vatican II sur la liturgie eucharistique :

              1. Langue vernaculaire, 2. Lectures de l’AT, et des psaumes 3. Variété des lectures sur un cycle dominical de tris et journalier de deux ans. 4. Prêtre face à l’assemblée, comme depuis toujours à St Pierre de Rome, 5. participation des fidèles,

              Mais enfin, où trouvez-vous dans les actes du concile Vatican II les prescriptions liturgiques suivantes :

              1. communion debout et dans la bouche, 2. communion donnée par le premier venu sans bénédiction préalable, 3. communion distribué en dehors du cœur : au fond de l’église par exemple, 4. absence d’utilisation du plateau, 5. auto communion par intinction, 6. absence d’agenouillement durant la totalité de la consécration, 7. pas de silence après la communion, 8. variété beaucoup trop grande des préfaces et des prières eucharistiques, 9. baisers de paix se réduisant à une banale poignée de main sans paroles échangées, 10. animateur de chant gesticulant et trop voyant ce qui polarise le regard sur lui (ou elle) alors que le regard doit rester concentré vers le célébrant, et l’oreille sur les paroles qu’il prononce. 11. traduction du Notre Père induisant une quasi apostasie : « ne nous soumet pas » au lieu du « ne nous laissez pas succomber » beaucoup plus fidèle à l’original en hébreu (Cf. « A l’écoute du Notre Père » par le Père Jean Carmignac) ou même en araméen (Cf. travaux du Père Fréderic Guigain). 12. Homélies ne rappelant plus la nécessité des confessions fréquentes, de l’excommunication des personnes ayant pratiqué ou assisté des personnes dans l’acte des avortements, des personnes divorcées remariés qui sont interdits de communion, de l’interdiction pour les Catholiques de prendre la pilule contraceptive. A ce sujet, des études américaines récentes ont démontré que la prise régulière de pilules provoquait : a. Un risque de cancer accru de 54 % b. Un volume d’hormones supérieur à ce qu’un éleveur Breton donne à ses truies durant toute leur vie ! c. Une pollution des rivière entrainant d’inquiétantes altération de la faune des rivières et par voie de conséquence une baisse de la fertilité de la semence masculine Toutes choses qui auraient pu être évitées si les prêtres avaient régulièrement rappelé l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI et datant de 1968.

              Toutes ces pratiques sont peu à peu devenues très courantes depuis la fin des années 60 alors même qu’elles sont toujours déconseillées, voire interdites pour certaines ! Cf. l’instruction Redemptionis Sacramentum § 90 à 96, 102 à 107, 108 à 117.

              En vous souhaitant un joyeux carême je prie pour la sainteté de votre ministère.

              Cath. O’ Leek

              • Je me permets d’intervenir (en tant que laïc et responsable de ce site web), vous êtes en dehors du sujet de cet article en ce qui concerne les reproches que vous faites au Concile et aux prescriptions liturgiques. Quant aux mémoires du cardinal Biffi, elles n’engagent que lui.
                Permettez-moi de vous dire ensuite, que vous êtes loin de la vérité quand vous affirmez que les évêques et les prêtres sont loin d’avoir lu les textes de Vatican II.
                Je tenterai de conclure en disant que nous n’avons sans doute pas la même vison de l’Église : même s’il n’est pas question de faire n’importe quoi, la nôtre c’est celle du Christ disant « Viens et vois » (Jn 1, 46), certainement pas une Église passant son temps à énoncer une liste de ce qu’il faut faire ou ne pas faire.
                Bon Carême à vous aussi.

                Philippe Giron
                Tisserand du site diocésain