Diaconat permanent
Mardi 20 septembre 2011 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

Le diacre, ministre ordonné

Le diacre : un service matériel et une mission spirituelle

La signification du diacre est beaucoup plus vaste que le service aux plus démunis. Dans les Actes, les apôtres pensent qu’il faudrait désigner des personnes qui soient au service des veuves pour assurer le service des tables. Sept diacres sont donc institués, tous avec des noms grecs. Mais ce qui est curieux, c’est de constater qu’ils ne se contentent pas d’un service matériel, ils exercent une mission spirituelle. Étienne, par exemple, fait un magnifique discours sur la foi de l’Église, sur le Christ qui est l’unique Messie. Dès les origines, les diacres sont eux aussi capables d’annoncer la Parole de Dieu et de célébrer les sacrements parce qu’ils vivent la diaconie intégrale, l’amour de Dieu. Ceci est essentiel. »
On parle de diacre « permanent » pour le différencier du diacre ordonné en vues de devenir prêtre, même si bien sûr l’un et l’autre bénéficient du même rite d’ordination.
Les diacres exercent là toute la mission du Christ dans son ampleur spirituelle. Ils permettent de développer les relations entre les chrétiens et les nouveaux chrétiens à la mesure du Christ, grâce à son Esprit-Saint. […] Les diacres sont l’âme de la diaconie de l’Église, de sa mission qui consiste à révéler cet amour de Dieu au plus grand nombre. Nous sommes loin d’un simple service social, même si la révélation de cet amour, de cette charité passe par un service social. […]

Plus proches des éloignés de l’Église

Le concile Vatican II a restauré, non pas la forme ancienne du diaconat -– la société actuelle est tout à fait différente de celle des premiers siècles -– mais l’exercice du diaconat. C’est à nous, peu à peu, patiemment, de trouver les formes de l’exercice du diaconat permanent correspondant à son identité fondamentale depuis les débuts de l’Église. […] La fonction essentielle du diacre consiste à assurer la communion donnée par l’amour de Dieu avec ceux dont l’Eglise est loin. […] Très proche de l’Évêque et très proche des absents, le diacre se situe dans un double mouvement. Dans le « déjà là » et « pas encore ». […] Nous nous ressourçons à la Parole de Dieu lors de l’eucharistie. Nous devons aller la porter aux plus lointains. Dans cette démarche, le rôle des diacres est essentiel. […] C’est par les diacres que la communauté rassemblée évite de succomber à cette tentation permanente de devenir propriétaire de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Certes, le prêtre et l’évêque témoignent aussi de cela, mais l’identité du diacre rappelle que la communion concerne tous les absents.
Un serviteur liturgique

C’est toujours le diacre qui lit l’Évangile, Parole de Dieu, même lorsque l’évêque est présent. Pourquoi l’évêque, ou le prêtre, ne lisent-ils pas l’Évangile lorsqu’un diacre est là ? Pour distinguer celui qui rend Dieu présent visiblement (le prêtre ou l’évêque) de celui qui lit la Parole, pour montrer que la Parole de Dieu n’a pas encore atteint tous ceux qu’elle doit atteindre. Alors que la lecture de l’Évangile lui revient, au moment de la prière eucharistique le diacre se tait. Ne symbolise-t-il pas alors tous ceux que ne peuvent pas s’associer à l’action de grâce, qui ne peuvent pas joindre leur voix à la louange de Dieu par la prière eucharistique ? Ne symbolise-t-il pas aussi tous ceux qui sont réduits au silence dans notre société ? Tous ceux qui n’ont pas droit à la parole et qui pourtant, eux aussi, ont une dignité infinie ?
Le diacre donne la paix. Il invite au respect de la dignité de chacun. Il invite à la paix non seulement entre les participants, mais aussi avec ceux qui ne sont pas là. Le diacre nettoie la patène et la coupe. Il ramasse les miettes, par analogie avec toutes les existences blessées, en morceaux. A la fin de la messe, le diacre envoie dans « la paix du Christ ». C’est l’envoie en mission, pour la communauté et tous les hommes et toutes les femmes avec Dieu et entre eux.

Le caractère sacramentel du diaconat

Le caractère sacramentel du diaconat ne fait aucun doute, mais attention à un dualisme. On dit souvent : les évêques et les prêtres sont sacrements du Christ-Tête, le diacre, sacrement du Christ-serviteur. C’est le même Christ qui est Tête et Serviteur. Dans la liturgie, les évêques et les prêtres insistent surtout en montrant le point d’arrivée, l’aboutissement du don de Dieu, la réconciliation réussie. Le diacre, lui, montre que le don est proposé et qu’il n’est pas encore totalement accueilli, qu‘il peut même être refusé ? Le diacre rappelle le combat de la foi, le combat de la charité, en pleine pâte humaine. Le fondement du ministère diaconal, c’est le service de la charité, de l’Agapè. Cette charité, les diacres la ressourcent dans la Parole, dans la célébration eucharistique et dans la célébration des autres sacrements. Mais cette charité est là pour irriguer la vie quotidienne, toute la vie sociale. Il revient à la responsabilité des diacres, une fois que la charité de Dieu a accompli sa fécondité, de la rapporter à Dieu le Père, avec l’offrande du corps et du sang du Christ dans l’Esprit saint, à la fin de la prière eucharistique. En ce sens, le diacre est ministre des relations de Dieu, de la diaconie de Dieu. Être ministre ou serviteur, ce n’est pas avoir en soi-même la raison d’être de son existence. C’est la recevoir d’un Autre et c’est vivre pour Lui. »

Tiré de l’article de Mgr Bernard Housset dans la revue « Diaconat aujourd’hui » n° 151