Mardi 10 février 2009 — Dernier ajout mardi 17 février 2009

Le « moine des cités » visite notre diocèse

Dans le cadre de l’année saint Paul, Henry Quinson, co-fondateur de la Fraternité saint Paul à Marseille, exposera son parcours, du monde de la finance aux banlieues, le 5 mars, à Guingamp et St Brieuc.

Église en Côtes d’Armor : Votre livre s’intitule « Moine des cités ». Mais depuis sa publication, vous courez de plateaux de télévision en studios de radios, vous faites la une des journaux. Vous ne portez pas la coule, et votre vie est tout sauf cloitrée. Alors, moine, l’êtes-vous vraiment ?

Henry Quinson : Il faudrait poser la question à saint Bernard, lui qui allait jusqu’à Rome pour conseiller le pape ! Cela ne m’est pas encore arrivé… Moine vient de « monos », en grec, qui signifie un, unifié. Et je me considère bien comme un célibataire, en communion avec les autres pour le Royaume de Dieu. Normalement, le moine ne court pas d’une chaîne à une autre, mais historiquement le monachisme, qui a commencé avec les Pères du désert, s’est défini par le choix d’un lieu. Ma banlieue des quartiers Nord de Marseille, où je vis depuis douze ans, ressemble par certains côtés au désert d’Égypte, périphérie de l’Empire romain. En habitant une cité HLM, je pratique une forme de résistance à la ségrégation sociale et culturelle : la majorité de mes voisins sont pauvres et ne sont pas du tout liés à l’Église. La tradition monastique se définit aussi par la prière et le travail. Mes frères et moi pratiquons dans notre appartement la prière des heures, matin, midi et soir. Nous célébrons l’office dominical avec la paroisse comme les premiers moines le faisaient. Nous travaillons également, à mi-temps (moi comme professeur d’anglais), pour réserver du temps à la prière et à l’accueil. L’hospitalité est une composante importante de la vie monastique. Tout au long de l’année, il y a toujours l’un d’entre nous présent dans l’un de nos appartements pour ouvrir quand quelqu’un frappe. Trois soirs par semaine, nous recevons jusqu’à 80 personnes pour du soutien scolaire. Auprès de beaucoup de pauvres et d’étrangers nous jouons également le rôle d’écrivain public.

ECA : Il y a douze ans, vous avez fondé avec Karim de Broucker la Fraternité Saint-Paul à la cité saint Paul. Quelle est l’influence de ce saint dans votre mission ?

H.Q. : Nous avons choisi ce nom car le quartier le portait déjà ! Et nous souhaitons vivre un enracinement auprès de nos voisins immédiats dans la durée et la proximité. L’apôtre Paul a fait connaître le Christ à la Méditerranée, et Marseille est une ville méditerranéenne. Paul s’est risqué à s’adresser aux juifs, mais aussi aux païens : c’est l’apôtre des nations, et beaucoup de nations vivent ici dans la cité phocéenne. À la fin de sa vie, Paul a vécu deux ans et demi dans un appartement où il recevait, vivant de son travail, en célibataire. Nous suivons un peu sa trace.

ECA : Vous venez le 5 mars à Guingamp et Saint-Brieuc, villes dont les réalités sociales et religieuses sont bien éloignées de celles de Marseille. Qu’allez-vous nous dire ?

H.Q. : Je vais surtout m’appuyer sur mon livre et sur l’année saint Paul. Ancien trader, je pourrai m’exprimer sur la situation financière actuelle. À travers ma propre histoire – une caricature ! - je montrerai comment une vraie rencontre avec Dieu à 20 ans a transformé ma vie. Né à l’hôpital franco-américain de Neuilly, d’un père franco-américain et d’une mère française, je suis un golden boy qui est passé par la case monastère avant de s’installer dans une cité HLM… trois lieux qui nourrissent beaucoup de fantasmes, de craintes ou de désirs chez nos concitoyens. À partir de mon parcours, j’aimerais questionner les gens. Comment, dans une société secouée par la crise financière, par des transformations profondes (3e pays juif au monde qui compte aussi entre 4 et 5 millions de musulmans), témoigner d’un style de vie où l’on ne court plus après l’argent, dire Dieu et revenir à l’Évangile ? Tel est mon objectif.

ECA : Avec vous, le monachisme change radicalement de visage !

H.Q. : Si vous veniez à nos offices, vous vous rendriez compte qu’on y chante les mêmes cantiques qu’à l’abbaye de Tamnié, que notre vie est simple et traditionnelle (prière, lectio divina, travail) et en même temps nouvelle par son environnement humain. Notre cité fut construire en 1962 pour le rapatriement des pieds noirs, et aujourd’hui habitée exclusivement par des populations d’origine étrangère. L’un de nos frères s’appelle Karim, pourtant il est catholique. Le monachisme chrétien a toujours été missionnaire, voyez les moines irlandais évangélisant la Bretagne ! Alors, aujourd’hui, comment à la fois rester ancrés dans notre tradition et en même temps ouvrir le Royaume de Dieu à tout homme, tout en nouant des relations positives quotidiennes avec des musulmans ? Ces défis se posent à notre fraternité mais aussi à tout chrétien qui espère en une Église de témoins, une Église qui a du souffle. Sinon, les chrétiens continueront de vivre un christianisme confortable, mais sans joie ni avenir…

Propos recueillis par Aude Bracq


Écouter
Les conférences de Henry Quinson dans les Côtes d’Armor le 5 mars :

  • à 16h au CFP et à l’Institut catholique de Guingamp.
  • à 20h30 en l’église St-Vincent de Paul à Saint-Brieuc.

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Lire
Henry Quinson retrace son parcours original d’économiste bilingue, passionné par les moines de Tibhirine, dans « Moine des cités, de Wall Street aux quartiers Nord de Marseille » (Nouvelle Cité, 22 euros).

Article publié dans Église en Côtes d’Armor, n°2 de février 2009.

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