Dans la série d’émission « Foi chrétienne et Bible »
Dimanche 7 octobre 2012 — Dernier ajout lundi 8 octobre 2012

Le nouvel an juif - Roch Hachanah

Emission du 1er octobre 2012 (2/11)

Voir le détail de l’émission et les dates de diffusion dans l’article article 3482.

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Transcription de l’émission

Quel va être le sujet de l’émission aujourd’hui ?

Dans la dernière émission nous avons évoqué les principales fêtes juives. Maintenant nous allons, en plusieurs émissions, développer chacune d’elles. Aujourd’hui, nous allons vous parler d’une des fêtes d’automne.

Roch Hachanah - Le Nouvel An : 1er jour du 7e mois Tichri (mois du calendrier juif). Roch Hachanah (roch= tête ; hashana = l’année) est le début de l’année civile.

Pâque sera plus le début de l’année sur le plan spirituel. On y fera mémoire de la délivrance des hébreux en Égypte et donc de l’acte de naissance du peuple juif en tant que peuple de Dieu. C’est Dieu qui, par l’intermédiaire de Moïse, délivre son peuple.

En Lévitique 23, 23-25, il est dit : Le Seigneur adressa la parole à Moïse et dit :

Parle aux fils d’Israël : le septième mois, le premier jour du mois, c’est pour vous jour de repos, un jour de souvenir et d’acclamations, avec réunion sacrée. Vous ne ferez aucun travail pénible et vous présenterez un mets consumé au Seigneur (un holocauste).

On pourrait penser, par ce texte, qu’il s’agit de la fête de Roch Hachanah, mais dans son livre « Les temps du partage » Armand Abécassis nous précise : La fête de Roch Hachanah n’a jamais existé pendant l’époque biblique. Aucun texte liturgique, ni historique n’en parle. Le premier jour du 7e mois était une néoménie un peu plus solennelle que d’habitude, car il annonçait un mois particulièrement chargé en fêtes. En fait l’expression Roch Hachanah est introuvable dans la Bible, elle a été forgée par les Tanaïm, (maitres de la Michna) et donc à la période juive après la destruction du second Temple en 70.

Précision : une néoménie est une fête pour célébrer le premier jour du mois.

Pourtant le terme de Roch Hachanah « tête de l’année » n’apparait comme tel qu’en Ézéchiel 40,1, mais il s’agit du début de l’année de la construction du Temple qui a eu lieu au mois de tichri après le retour de l’exil à Babylone. Mais il faut préciser qu’avant l’institution des fêtes d’automne, il y avait dans les pays du bassin méditerranéen des réjouissances après les moissons et des cultes dédiés aux dieux pour les remercier d’avoir fait fructifié la terre et pour leur demander leur bénédiction pour que les moissons à venir soient abondantes.

Le judaïsme inscrira ses fêtes sur ces célébrations païennes, mais leur donnera un sens nouveau, celui de faire « moisson » du vécu depuis l’année précédente. Et Roch Hachanah célèbre la création du premier homme, et se réfère au fait suivant comme le souligne Armand Abécassis :

La création du monde est de tout instant, puisqu’à chaque instant, il doit y avoir un homme, un peuple, qui la prend en charge : Abraham, Jacob, Joseph, Israël ou le Messie
À Roch Hachanah, le juif apprend à orienter l’Histoire vers un commencement et vers l’origine .

  Dans la Bible, chaque événement ou chaque personnage nouveau vient signifier un « commencement » grâce auquel l’histoire continue, et Dieu peut renouveler son alliance de façon perpétuelle et universelle.

Après ces précisions, peut-on revenir à ce qu’est concrètement Roch Hachanah ?

À la fête de Roch Hachana, l’après-midi, débutent les dix jours, appelés les 10 jours redoutables, qui mèneront les pratiquants jusqu’à la fête de Kippour. Ensuite il y aura Soukkot puis le jour de Sim’ha Torah : c’est ainsi que se succèdent les fêtes appelées de façon générale les fêtes d’automne. La fête de Roch Hachanah que nous allons plus particulièrement étudier aujourd’hui n’est pas seulement le début de l’année mais elle commémore le début de la création de l’être humain. Roch Hachanah, début d’année « civile », s’inscrit dans l’histoire universelle alors que Pâque est le commencement de l’histoire du peuple de Dieu. Nous avons donc affaire à deux cycles qui se superposent avec des significations différentes. En 2012, le 1er Tichri tombe le 17 septembre.

Le jour de Roch Hachanah a plusieurs appellations : jour du souvenir - jour du jugement - jour où on sonne du chofar.

Que fête -t-on à Roch Hachanah ?

Ce jour ne fête pas le jour Un de la création qui, avec ses lois, préexiste à l’être humain et échappe au bon vouloir de ce dernier. A Roch Hachanah on remémore la création de l’Adam, qui est le prototype de tout être humain « mâle et femelle » comme le dit la Bible en Gn 1, 27.

Mais comment trouver la date de 5773 ?

Il faut utiliser les repères que nous donne la Bible, avec les âges des personnages, les évènements (exil, etc.), les royautés… et en additionnant les différents temps, on arrivera en 2012 à cette date le de 5773.

Alors que va-t-il se passer pour commencer l’année nouvelle ?

Elle débutera par ce que l’on appelle « Le jour du jugement ». La sonnerie du chofar annonce, ce jour-là, l’ouverture des 10 jours redoutables où Dieu ouvre le grand Livre de la Vie où sont inscrits tous les hommes ; il va décider qui restera inscrit en fonction de ce que chacun est, et de ses capacités à faire « techouvah ». « Techouvah » veut dire littéralement « se retourner », reprendre une nouvelle direction, le bon chemin, en abandonnant ce qui a entravé notre vie jusqu’alors.

Qu’est-ce que le chofar ?

C’est une corne de bélier au son rauque dans laquelle on souffle. Le rythme des sons est très codifié selon les évènements qui sont mis en valeur. Pour Roch Hachanah cette sonnerie fait mémoire de la ligature d’Isaac (Gn 22, 13), passage où Abraham pense devoir sacrifier son fils à la demande de Dieu mais un bélier viendra remplacer Isaac sur l’autel du sacrifice. Ce texte sera lu lors de l’office de Roch Hachanah. Isaac est considéré comme un homme nouveau parce qu’il a été délié de l’attachement à son père, Abraham, qui l’aime pourtant beaucoup. Mais Dieu va le délivrer de cet amour qui peut aller jusqu’à le sacrifier par obéissance. Dieu nous veut libre, même vis à vis de ses volontés !

C’est à nous d’adopter des conduites qui nous libèrent et nous conduisent à notre pleine humanité. Pour cela Dieu nous donne des chemins à suivre tout au long de la Bible. Mais il nous laisse le choix. L’homme nouveau est un homme libre.

Le son du chofar est donc signe de délivrance et il annonce le monde à venir. Il nous invite à nous poser cette question : Dieu est-il bien présent dans nos vies ?

Le texte de Genèse 22 sera lu à la synagogue comme paracha, lecture biblique du jour. Ce jour-là, il y aura un office supplémentaire avec la récitation de prières particulières glorifiant Dieu et faisant appel à sa clémence.

Armand Abécassis souligne :

À Roch Hachanah, Dieu est proclamé roi par les prières et par le chofar. Par le chofar encore, nous proclamons notre libération de ce qui est et de ce qui a été, pour nous ouvrir à l’avenir et à la transcendance. Au fond c’est la question du pouvoir qui est posée à l’homme, obligé de choisir le maître qu’il doit servir désormais.

Ce jour est un jour de fête qui inaugure un temps nouveau, celui de l’homme nouveau : Adam premier homme a fauté et a ainsi montré toute la faiblesse de la nature humaine. Mais tout homme peut se corriger et être délivré ; repartir avec plus de confiance, avec l’aide de Dieu, vers son avenir. Chrétiens, nous sommes aussi appelés pendant le carême à prendre conscience de nos faiblesses, de nos errances, de nos fautes plus ou moins graves envers nos prochains ou envers Dieu. Nous avons 40 jours pour cet examen de conscience. Les juifs ont principalement 10 jours pour cela : appelés les 10 jours redoutables.

Dans certaines communautés le temps de repentance commence plus tôt. En Gn 3, 9, après la faute d’Adam, Dieu lui demande « Où es-tu ? » C’est cette même question que Dieu pose à tout être humain le jour de Roch Hachanah et il lui sera donné 10 jours pour faire « Techouvah » (repentance) et cheminer jusqu’à Yom Kippour (jour du grand Pardon).

« Techouvah » veut dire aussi reprendre un autre chemin. On est parti dans la mauvaise direction en ne respectant pas les commandements de Dieu, il est nécessaire de retourner vers Dieu en faisant contrition, et autres mortifications (par exemple : jeûner) en se souvenant des fautes commises et en demandant à Dieu d’être clément.

Le pèlerinage est l’occasion d’un changement tel que le décrit Ezéchiel (46, 9) : On ne passera pas par la même porte par où l’on sera venu, mais on sortira du côté opposé .

Comment se vit le jour de Roch Hachanah ?

Aux offices à la synagogue, la couleur blanche domine dans les ornements et la façon de s’habiller. C’est une journée très festive. Dans le judaïsme la spiritualité ne s’exprime pas seulement par des prières ou des rites mais elle est aussi vécue par des gestes de la vie courante :

« La table juive selon les textes talmudiques, est considérée comme un autel : chaque fois que l’on fait un repas, il y a, dans la tradition juive, l’idée qu’on offre un sacrifice à Dieu  »

La nourriture est considérée comme un moyen d’exprimer sa spiritualité. Autrement dit, on ne se nourrit pas seulement pour se sustenter mais pour s’élever, le but de la consommation de nourriture étant de nous animer, littéralement de nous donner une âme. Extraits d’un livre «  La table juive » qui donne, non seulement le descriptif et le sens des fêtes juives dans les différents pays, mais aussi les recettes des mets qui conviennent à chaque fête. Par exemple, pour Roch Hachanah, la pomme et le miel sont à la base des mets du jour. La pomme, par son acidité rappelle l’acidité de la vie dans tout ce qu’elle présente de vécus difficiles. Le miel est là pour compenser l’acidité de la pomme et redonner de la douceur qui symbolise ce qu’on souhaite pour l’année à venir.

Dans cette journée, en particulier au début du repas, on trempera des quartiers de pomme dans du miel, et les plats salés ou sucrés, eux aussi, seront confectionnés à base pomme et de miel.

La tradition juive dit que le jour de Roch Hachanah, les justes parfaits sont inscrits à jamais dans le grand Livre de Vie de Dieu et les méchants parfaits en sont à tout jamais exclus.

Quel est le sort des autres êtres humains ni parfaits, ni méchants ?

Eh bien, vous le saurez au cours de nos prochaines émissions qui vous présenteront la suite des fêtes d’automne !

Voir en ligne : Voir la présentation de l’émission et les dates et heures de diffusion