Samedi 12 décembre 2009

Le parcours d’un futur prêtre

Ordination diaconale de Jérôme Prigent

Jérôme PrigentLorsque j’ai appris que la célébration de mon ordination diaconale aurait lieu en l’église Saint-Jean-du-Baly de Lannion, j’en ai été très heureux. De pouvoir tout d’abord manifester ainsi de façon concrète mon incardination (lien juridique et spirituel) dans le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, et de pouvoir associer famille et amis, présents dans le Trégor, à cette étape importante de ma marche vers la prêtrise. J’ai en effet effectué toute ma scolarité secondaire au collège Saint-Joseph et au Lycée Bossuet, dans les années 8O, du temps où M Le Bourdonnec et M l’abbé Sagorin étaient directeurs. J’ai été scolarisé, en primaire, à l’école Notre-dame de Ploumilliau, où habitent mes parents, chez les Filles du Saint-Esprit à qui je rends hommage : elles étaient encore fort nombreuses à l’époque. J’ai chanté avec la Manécanterie des Petits chanteurs de St Jo, du temps de M. l’abbé Bocher, et entrepris des études d’orgue avec Yves Hillion, titulaire de l’orgue de Saint-Jean. Après une hypokhâgne et une khâgne au lycée Chateaubriand de Rennes, j’ai fini mes études de Lettres classiques en Sorbonne.

J’ai enseigné ensuite 8 ans dans des établissements de l’enseignement public dits « sensibles » en Seine-Saint-Denis, tout en vivant des engagements dans des associations (théâtre, entraide sociale, formation d’enseignants au Liban, radio associative…) et auprès de la paroisse Saint-Eustache dans le quartier des Halles à Paris (1er arrondissement). C’est là que j’ai rencontré de nombreux oratoriens en charge de cette vaste et belle église au cœur d’un quartier en mutations constantes, lieu d’expérimentation des cultures émergentes, mais aussi lieu de mémoire du vieux Paris, éventré après le départ des halles vers Rungis. C’est dans ce contexte de métissages culturels rapides et violents que j’ai été amené à reconfigurer les données de ma foi chrétienne, passée par le feu des modernités successives qui ont affecté les mentalités et les modes de vie de nos contemporains. Saint-Eustache est très présent sur le double terrain de l’action sociale et de l’art d’aujourd’hui (propositions régulières, installations, expositions) et son positionnement dans la vie du diocèse de Paris est original.

Par ailleurs, pendant ces années de maturation, j’ai éprouvé un besoin constant de nourrir les questions suscitées par mon appartenance à l’Église en participant à des formations diverses : sessions d’hébreu, exercices ignatiens, stages « zazen et Evangile », chant choral, séminaires d’histoire de la spiritualité, yoga… ! Parallèlement j’étais un boulimique de création (musiques d’aujourd’hui, littérature européenne et américaine, danse, théâtre…) et cette période fut intense en rencontres et expériences. L’une d’entre elles aura été la redécouverte de la langue et de la culture bretonnes, yezh ha sevenadur hon tadoù koz hag an dud da zont, moarvat … ! [1]

C’est donc assez naturellement que j’ai trouvé dans la congrégation de l’Oratoire de France un lieu d’épanouissement pour une vocation à la prêtrise qui « se cherchait » depuis longtemps. Un cadre de vie où la liberté personnelle est l’objet d’une vigilance réelle, une attention sérieuse aux conditions du dialogue foi/cultures, une valorisation des espaces où la foi n’est pas immédiatement exprimable, une spiritualité d’incarnation, une pastorale des seuils et de l’engendrement, le respect du temps propre à chacun et des méandres des histoires singulières, un goût prononcé pour la recherche intellectuelle et un patrimoine éducatif encore bien vivant, le primat enfin de la vie d’oraison ruminant les Ecritures, voilà ce qui pourrait définir, de façon certes très ambitieuse, le charisme propre de cette petite réalité d’Église qu’est l’Oratoire. Charisme qui trouve son origine, d’une part, dans la figure de Saint Philippe Neri, cet homme libre qui jeta un ferment chrétien dans la culture néo-paîenne de la Renaissance à Rome, et, d’autre part, en France, dans la synthèse spirituelle du cardinal de Bérulle, fortement centrée sur l’humanité du Verbe incarné, Jésus, ami et modèle du prêtre. Cette « Ecole française », soucieuse de redresser l’image du sacerdoce, a ensuite formé ses ministres dans des séminaires. L’Oratoire, dont les effectifs n’ont jamais été nombreux continue de former les aspirants au ministère presbytéral en maisonnées.

J’ai pu, depuis 4 ans aménager ma formation théologique à l’Institut catholique de Paris afin de pouvoir reprendre un travail à temps partiel comme professeur de lettres dans l’un des cinq établissements dont les oratoriens ont la tutelle, au Collège de Juilly dans le diocèse de Meaux, internat et lycée général où l’Oratoire est présent presque sans interruption depuis le début du XVIIe siècle ! Je m’y montre soucieux d’ouvrir l’enseignement des humanités à un humanisme dont les sources chrétiennes ont été trop étouffées par le passé, de sensibiliser les adolescents à ce qui dans la personne et la culture humaines « passe infiniment l’homme ». Après mon ordination diaconale j’interviendrai en outre en secteur paroissial dans la paroisse de Boulogne-Billancourt (diocèse de Nanterre), à la rencontre de nouveaux visages. Actuellement, je pense que la mission première du pasteur est de rassembler, non autour de lui, mais autour du Bon pasteur, le seul capable de briser les logiques claniques et les affrontements stériles et mortifères propres à toute vie de communauté. Dans un corps social il est bon qu’il y ait des oppositions mais elles doivent se laisser évangéliser, convertir. C’est ce dont témoignent les prêtres que je connais et qui ne cessent de me confirmer dans mon choix de vie. C’est par l’annonce de l’Évangile et la célébration des sacrements qu’ils sont des rassembleurs et des passeurs.

Vous comprendrez aisément qu’à l’approche des fêtes de Noël beaucoup d’élèves, anciens élèves, parents et collègues, mais aussi paroissiens parisiens, qui auraient aimé m’entourer pour cette fête de l’Eglise ne pourront faire le voyage. Je compte donc sur vous et votre prière pour que ce que nous allons célébrer soit une belle montée vers la grande fête de Noël, si méditée jadis par le Père de Bérulle, la venue silencieuse de Dieu dans la chair des hommes et des femmes de tous les temps.

Ken ar wech’all !

[1Langue et culture de nos ancêtres et des gens à venir, assurément !