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lundi 2 mars 2009— Dernier ajout vendredi 9 mars 2012

Le poison et la potion (logo)Le poison et la potion

Dimanche 22 mars 2009

Voilà bien longtemps que les hommes ont appris à soigner le mal par le mal. « Poison » et « potion » partagent semble-t-il une même racine étymologique.

Évangile selon saint Jean

cChapitre 3, 14-21

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.

Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »

Voilà bien longtemps que les hommes ont appris à soigner le mal par le mal. « Poison » et « potion » partagent semble-t-il une même racine étymologique. La différence, de fait, ne tient qu’à une subtile question de dosage dans le « pot ». Ainsi ce qui est cause de souffrance et de mort peut-il devenir cause d’apaisement et de guérison.

L’histoire étrange du serpent dans le Livre de l’Exode redit cela. Celui qui dans sa morsure entraînait la mort, par sa contemplation entraîne la vie. Les pharmaciens et les infirmiers l’ont naturellement choisi pour symbole.

C’est aussi et avant tout l’image de Jésus dans l’Évangile. La croix n’est-elle pas le lieu d’un formidable renversement où le symbole de haine, de violence et de mort, transfiguré dans l’amour du Christ ressuscité, devient signe de paix et de vie. Et quand les chrétiens contemplent la croix du crucifié c’est à la fois la laideur du péché poison et la beauté de l’amour potion, qu’ils regardent. Renversement pascal. « Le Fils de l’homme élevé obtient la vie éternelle ».

Mais nos vies d’hommes et de femmes sont elles aussi remplies de ces passages. Ces épreuves dures et terribles qui au lieu d’anéantir font parfois mûrir et grandir. Mutations incessantes de poison en potion quand on trouve la grâce de rebondir.

Peut-être avez vous connu cette grâce de croiser un jour sur votre chemin un ami en retour d’épreuve. Vous auriez pensé que, face à cela, il aurait fini abattu, démissionnant de croire et de vivre tant l’épreuve dans la chair de sa vie était rude. Mais vous le voyez en retour d’exil, encore marqué par la dureté de la traversée. Et c’est comme une autre densité de vie, une nouvelle et mystérieuse clarté dans son existence, un renouveau de la foi, plus profonde, plus lucide et plus forte à la fois. Une résurrection.

À quelques jours de Pâques, notre monde traverse une zone d’énorme turbulence dont personne ne semble connaître vraiment la dimension. Les mauvais chiffres s’emballent et nous craignons pour tous ceux qui vont en subir les conséquences. Cette redoutable épreuve va-t-elle conduire vers plus d’égoïsme et de violence ou bien sera-t-elle pour notre humanité un appel fort à rechercher de tout notre être la justice et la paix ? La potion plutôt que le poison : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

C’est de ce côté là seulement que conduit la prière au Dieu de l’Évangile.

P. Laurent Le Boulc’h

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