Scouts et Guides de France
Dimanche 27 novembre 2011 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

Le scoutisme Lannionnais serait-il victime de son succès ?

À en croire les chiffres annoncés par Élodie et Cyrille (cf. l’encart ci-joint), mais aussi et surtout par l’enthousiasme de ce jeune couple, vivant à Perros-Guirec, le scoutisme est à cent lieues d’être un mouvement de jeunesse ringard et réservé aux couches sociales aisées et bourgeoises.

Il reste que les clichés et les caricatures ont la peau dure ! Car, c’est bien ainsi qu’Élodie percevait ce mouvement avant de rencontrer Cyrille, l’homme de sa vie.

Quelques jeunes du groupe scout de Lannion
Quelques jeunes du groupe scout de Lannion

Cyrille, lui, est « tombé dedans » tout-petit. Né d’une famille qui, dès l’âge Louveteaux, lui a fait connaître les Scouts de France, il « gravit » tous les « échelons » (Scout, Pionnier puis Compagnon) pour finalement
donner de son temps comme jeune chef des « Bleus » ; le bleu étant la
couleur des chemises des 11-14 ans des Scouts et Guides de France
(SGDF). Arrivé à Lannion pour son travail, il y entraîna sa fiancée, il y a 3 ans, en répondant à un appel des SGDF locaux.

Pour Élodie, on pourrait parler d’un second « coup de foudre ». « Je croyais que c’était réservé aux familles bourgeoises… et j’ignorais ce qui s’y vivait, notamment le rapport des jeunes avec la Nature ». Elle souligne combien, à son arrivée, elle avait trouvé le groupe très ouvert aux nouveaux membres, autant pour les enfants que pour les jeunes animateurs extérieurs au scoutisme, comme elle. Et, du même coup, cette volonté d’ouverture se manifeste par une implication plus grande des jeunes parents et un accueil plus large des enfants du quartier de Ker-Huel où se trouve précisément le local du groupe (Ferme dite « de Kerroux »).

Il est vrai que la fête des 100 ans du scoutisme, en 2007, véritable appel d’air pour tout le scoutisme mondial, a notoirement bénéficié au groupe de Lannion. Par ailleurs, et selon Élodie et Cyrille, le rassemblement de plusieurs milliers de Pionniers (Chemises rouges) français et étrangers, pendant l’été 2010, peut également expliquer le développement actuel du scoutisme notamment auprès des adolescents qui, jusque-là, s’en détournaient. Cet événement, fort bien relayé par les grandes chaînes de télévision, avait pour thème : le développement durable.

Ces événements fortement médiatisés, dont le scoutisme avait véritablement besoin pour rénover son image, ont semble-t-il permis de découvrir, ou re-découvrir, les valeurs essentielles d’un mouvement de jeunesse, fondé en Angleterre autour d’une vingtaine de garçons de différentes classes sociales conduits par un officier retraité de Sa Gracieuse Majesté : Robert Baden Powell.

Ce mouvement de jeunesse, considéré aujourd’hui comme le plus important au monde, par son nombre et la variété de ses déclinaisons, s’enracine
sur des valeurs universelles telles que le partage, l’amour de son prochain, la solidarité, la rencontre avec d’autres, l’ouverture aux autres et aux religions. « C’est le scoutisme qui m’a fait devenir l’adulte que je suis, c’est-à-dire avec toutes les valeurs que je peux porter… », déclara Cyrille.

Le scoutisme, ajouta Cyrille, « c’est pas une colo ! » Raccourci de langage qu’on lui accordera mais qui signifie, pour lui, que le scoutisme se veut d’abord une école de la vie. Car, en plus des aventures peu communes et du relatif inconfort de la vie dans la nature, le mouvement scout privilégiera toujours l’éducation des jeunes par les jeunes. Deux exemples cités par nos deux amis : la relecture et le temps « spi ».

Expérience vécue par Élodie : au cours d’une relecture d’une journée de camp et après que les chefs ont pu formuler ce qu’ils pensaient de l’attitude d’un enfant, celui-ci fut invité très librement à exprimer son avis sur l’action des chefs. « Il faut aussi que tu nous aides à grandir”, lui a-t-on dit… Cela leur donne l’impression d’être au même niveau que nous et de grandir à leurs yeux  », et, en guise de point d’orgue, comme une confidence, Élodie ajouta « Ils sont super gentils… j’aime bien les jeunes ! ». « Auprès des jeunes enfants, notre statut est particulier, nous ne sommes ni parents, ni copains, ni professionnels de l’éducation… du coup ils nous accordent une sorte de confiance et de respect », conclura Cyrille.

La dimension spirituelle fait partie du projet éducatif des Scouts et Guides de France. Et sur ce point, Élodie explique l’originalité de la démarche : l’un des membres de l’équipage (ou patrouille) joue le rôle de « témoin » ; il dispose du « GPS » (Guide Pour le Scoutisme) qui l’aide dans sa préparation et dans l’animation du « temps spi ». À propos de ces temps spi, souvent en absence d’aumônier, nos deux amis sont parfois frappés par la profondeur des échanges et l’énergie des enfants à mener à bien ce temps.

Il va sans dire que la qualité de l’animation d’un tel mouvement ne s’improvise pas. En effet, les SGDF sont particulièrement soucieux de la formation de leurs cadres. Aussi, Élodie, qui - rappelons-le - n’avait jamais connu le scoutisme, est frappée par le niveau étonnant de qualité et le sérieux de la formation dispensée, ainsi que par le soin accordé au suivi par les responsables des niveaux supérieurs. D’après un Inspecteur « Jeunesse et Sports » qui les avait visités au dernier camp d’été, les SGDF peuvent être considérés comme l’une des rares institutions respectant le plus les critères de qualité définis par son ministère de tutelle. Serait-ce la raison qui pousse de nombreux jeunes adultes, non scouts, à pousser la porte des stages dispensés par les SGDF pour obtenir le BAFA ? Pour autant, Cyrille pense qu’il faut quelques qualités particulières pour être chef scout ? « Être ouvert, être à l’écoute… ne pas être paumé soi-même… se connaître un minimum… se sentir capable de prendre le dessus sur 24 enfants… c’est une responsabilité ! »

Faute de jeunes adultes et du fait des obligations réglementaires, le groupe de Lannion a dû refuser, pour cette rentrée 2011-2012, plusieurs nouvelles inscriptions d’enfants. « Expliquer le scoutisme, même à des amis, ce n’est pas évident… On ne sait pas quoi dire ! » me disait un Pionnier il y a quatre ans. Seul le témoignage, seul l’appel intérieur, « seule la vie peut toucher la vie… seul un cœur peut ouvrir un cœur  » (Maurice Zundel – aumônier scout pendant son exil au Caire, en Egypte) et nous mettre sur le chemin d’autres jeunes, comme Élodie et de Cyrille. À l’instar de nos deux amis, le ou la jeune qui acceptera ce chemin, tout en étant « dans le monde », « bien dans ses baskets », tout en préservant sa vie personnelle et familiale, prendra un risque : celui de la rencontre. Rencontre, naturellement avec des plus jeunes, mais aussi et surtout, rencontre avec le plus intime de lui ou d’elle-même où sourd la source d’une générosité qui le ou la dépasse.

Propos recueillis par Jean-Claude Petit

Scouts et Guides de France de Lannion
Quelques chiffres :

  • 30 Louveteaux (8 - 10 ans)
    5 chefs, dont 2 majeurs
  • 24 Scouts/Guides (11 - 14 ans)
    2 chefs majeurs
    24 Pionniers/Pionnières (15 - 17ans)
    2 chefs (couple)
  • 12 Compagnons (17 - 19 ans)
    1 adulte accompagnateur

Contact  :
Mme Fabienne Nivois
tel 02 96 47 20 82

Article paru dans le n° 171 de décembre 2011 de Mouez Itron Varia Sklerder, le bulletin de la Communauté pastorale de Perros-Guirec.

Voir en ligne : Le site web du groupe de Lannion