Fraternité Saint-Jean-Baptisqte
Vendredi 2 octobre 2009 — Dernier ajout mercredi 14 septembre 2016

Le témoignage d’Yves

Qui est Yves ?
Il a 74 ans, marié, il a quatre enfants et trois petits enfants.
Cadre administratif, il a été mis en retraite d’ invalidité à l’ âge de 53 ans, après cinq ans de congés de maladie.
Il témoigne de son parcours.

18 ans : mes premiers souvenirs d’ alcoolisation apparaissent. Timide,complexé, je me referme sur moi. Naissent des questions, des angoisses que je garde pour moi. Boire de l’ alcool me donne de l’ assurance, l’ impression d’ être comme les autres. L’ alcool est là pour compenser mes peurs.

En 1970, viennent les soucis, des responsabilités que j’ ai du mal à assumer. Mes enfants m’impressionnent, je ne sais pas comment faire avec eux. Avec l’ alcool, je m’évade dans la vie facile. Les copains de boisson sont des gens peu exigeants. Je suis bien avec eux pour finir la journée et décompresser. C’ est ce que j’ appelle l’alcool convivial, gai, insouciant.

En 1980, la vie commence à devenir un problème. Problème pour la santé, problème de travail, à la maison et avec la famille… Je bois seul dans ma voiture, tous les soirs après le travail. Avec l’alcool, je voyage. Tout devient plus simple. C’ est ce que j’ appelle l’ alcool triste et solitaire.

1985. Voilà cinq ans que je suis suivi en psychiatrie. Deux hospitalisations de quatre mois chacune. À bout de nerf, je pleure sans contrôle au travail, je ne comprends pas, je suis déboussolé. J’apprends que j’ai une malformation héréditaire dans le dos et que je suis cardiaque. Je me crois puni, j’en veux à tout le monde. C’est ce que j’ appelle l’ alcool médicament.

Une fois saoul, je n’ ai plus mal au dos et je ne vois plus les problèmes. Je m’évade ainsi ailleurs presque tous les jours.

De 1985 à 1987, je suis en congé de maladie depuis déjà trois ans. Je connais un mal–être permanent, je ne vois plus d’issue, je n’entreprends plus rien, c’ est l’impasse. Je ne vois plus d’issue, les choses de la vie et le vie elle–même n’ont plus d’ importance. Je ne me saoule plus à fond car j’ ai peur lorsque je deviens inconscient.

Mais du matin jusqu’ au soir, je bois suffisamment pour être entre deux eaux, ne plus voir la réalité. Je ne pouvais plus m’ en passer, je ne pouvais plus contrôler mes consommations.

L’ abstinence, pourquoi faire ? À quoi bon ? L’alcool, une délivrance, enfin étais–je en paix ? J’avais des tentatives de suicide.

La sortie du Tunnel

En janvier 1988, le psychiatre qui me suit depuis huit ans s’aperçoit de mon état et m’hospitalise pour une cinquième période de quatre mois. Après un mois de remise en état par perfusions, ce médecin me fait comprendre que j’avais des problèmes de santé, des difficultés dans ma relation avec les autres et dans ma vie tout court, mais aussi que l’ alcool était la source de mon mal–être, que boire ne faisait qu’ aggraver les choses.

Résoudre mon problème d’alcool devait passer en premier, c’est une maladie, je ne l’ai pas voulue, mais c’est ainsi. Il allait arrêter de me donner des médicaments, si je ne faisais pas quelque chose. Et là, j’ai vu que j’allais devenir clochard, coucher sous les ponts, perdre l’affection de ma famille. J’allais perdre ma dignité humaine. J’allais finir par crever seul dans un coin, j’ai eu très peur.

Après cette période de cinq jours de grande appréhension, j’ai dit au docteur : « Je crois que vous avez raison, il est préférable que j’arrête de boire », ça y est, j’étais prêt, mais, je n’y arriverai jamais.

Le déclics successifs

Je voulais prendre contact avec tous les mouvements d’anciens buveurs. L’ assistante sociale, le médecin n’arrivaient pas à trouver les coordonnées du troisième. Et voilà qu’au début février, je vois dans Ouest-France le numéro et l’adresse que je cherchais. Cinq jours plus tard, j’ai rencontré un ami que j’avais bien connu dans l’alcool. Il était dans ma chambre, à la clinique, abstinent, souriant et détendu. J’ai acquis la conviction que je n’étais pas seul avec mon malheur et mes difficultés, il avait trouvé la solution, il avait un secret. Je l’ai cru et je l’ai suivi dès ma sortie de la clinique.

À ce jour, j’ ai acquis le sentiment profond et apaisant que je n’ étais pas abandonné, mais aimé par quelqu’un en secret. La formule « Aide – toi et le ciel t’ aidera » a pris un sens évident et elle est devenu une devise permanente car tout ceci n’ est pas venu par hasard.

Au cours des premières réunions, quelque chose de nouveau se révèle doucement. Je suis accepté, écouté, je suis relié à des personnes semblables, des frères, des sœurs avec qui je peux partager et échanger, parce qu’ils ont souffert eux aussi, des amis sincères et véritables. Je retrouve confiance dans les autres. Il y a l’amour lorsque l’ on se réunit ensemble.

Derrière cet amour, il y a un sentiment nouveau que je ressens, il y a Dieu. Il ne m’a jamais abandonné, c’est moi qui avais fermé la porte. Désormais, je sais où m’accrocher. Il m’a donné des amis nouveaux, des références, un programme de vie et des outils solides. Avec la Fraternité Saint-Jean-Baptiste, je sais que chaque jour, je peux me confier à Dieu, revenir vers Lui, me reposer sur Lui, sur ce qu’il m’a fait connaître. J’ai le moyen de redresser la tête, il suffit d’ essayer rien qu’aujourd’hui ! Je suis aimé, je Lui demande souvent de m’aider à rester à son écoute et à être attentif à sa présence.

Les bienfaits que j’ en tire, ce que je ressens aujourd’hui :

  • Un nouveau regard sur mon entourage, épouse et enfants. Un regard confiant et respectueux. Je retrouve ma place, je suis présent.
  • Une nouvelle liberté, un nouveau bonheur simple. Un oiseau, une fleur, un sourire, une certaine estime de moi. Je sais pourquoi j’étais malheureux et tout seul.
  • J’ ai perdu le sentiment affreux d’être minable, un bon à rien. J’ai le sentiment d’être utile. Ma vie a un sens aujourd’hui.
  • Je découvre le bien–être en allant vers vers mes semblables, cherchant à tendre la main, à aider celui que je peux rencontrer et qui me demande à l’aide. Cela me permet de me réconcilier avec moi–même et avec Dieu.

Un message d’ espérance, la méthode : remplacer le spiritueux par le spirituel , utiliser la Bible .