Lundi 7 juillet 2008

Lectio divina : quelques éléments pour cette lecture de la Parole

Quelque 40 animateurs pastoraux du diocèse se sont retrouvés à Campénéac les 9 et 10 juin pour une récollection. L’équipe de préparation et d’animation de cette récollection avait choisi de la faire sous la forme d’une « Lectio Divina » de la parabole du Bon Samaritain Dans ce cadre, quelques notes écrites ont été remises en fin de parcours aux participants. Elles reprennent les étapes de cette forme de lecture de la Parole de Dieu telle qu’elle a été pratiquée durant ces 2 journées.
À noter : 2 autres approches de cette parabole avaient été proposées durant le même temps : le témoignage du docteur Yves Fleury et une prière prolongée autour du vitrail de Bourges.

En introduction, une conviction

Lectio divinaLa Parole de Dieu est un lieu-source de notre vie chrétienne. Elle nous révèle la présence vivante de Dieu à la terre, à notre humanité depuis les origines.
Elle nous dit sa volonté de faire Alliance avec l’homme. Une Alliance sans cesse renouvelée avec un peuple à travers l’évolution, les méandres, les vicissitudes de son histoire. Un peuple « à la nuque raide », pécheur toujours pardonné.
Elle nous livre le témoignage inouï de Jésus, le Fils de Dieu, venu en notre humanité. Celui-ci nous donne à voir, à entendre par ses gestes et ses paroles que Dieu est un Père plein de tendresse et de miséricorde. _ Cette « Nouvelle de bonté inouïe », Jésus nous la rend présente dans ses actes et ses paroles. Il nous donne d’avoir part à sa qualité, à son bonheur de Fils, dans nos vies telles qu’elles sont, malgré notre péché. _ Dans sa Mort-Résurrection il est vainqueur du péché et de la mort. Au moment de son départ de ce monde, il nous donne l’Esprit « qui nous fera souvenir de tout ce qu’il a dit ». Il nous laisse une communauté de foi qu’il a lui-même initiée, rassemblée : l’Église.
Cette Parole nous est laissée pour prendre vie dans nos propres existences, dans les grands et les petites choses.
Ces quelques dizaines d’années de la vie de l’Église, la Bible est devenue accessible à tous. Il y a urgence à l’accueillir, à en faire notre nourriture.

La Parole/nos existences sont donc appelées à se rejoindre, à se croiser, à se donner vie et dynamisme. C’est un lieu du dialogue vivant entre Dieu et nous.
Pour cela, il faut une présence attentive à nos vies, une présence à ce que la Parole nous donne à entendre.
La « Lectio Divina » en est un moyen privilégié.

1. Approcher le texte avec respect et gratuité

  • Le respect veut qu’on le reçoive pour ce qu’il est avec des moyens appropriés : un travail de l’intelligence. La gratuité fait qu’on aborde ce texte, prêt à recevoir ce qu’il nous réserve d’inattendu, d’insoupçonné.
  • C’est un message venant d’au-delà de nous. Il a été entendu, porté, vécu par des croyants différents de nous, parlant d’autres langues, vivant dans une autre culture, à une étape plus ancienne de l’histoire de l’Alliance avec Dieu. Des croyants affrontés aux grands problèmes de la vie humaine qui sont encore les nôtres ; mais aussi à des questions qui ne se posent plus ou se posent autrement aujourd’hui.
    Qu’il s’agisse d’un enseignement, du récit d’un évènement, de précisions concernant la loi… cette parole a pris vie dans un cadre précis, avec des acteurs et des auditeurs donnés. C’est cela qu’il nous faut découvrir.
  • Accueillir le message pour ce qu’il est en le resituant dans son contexte.
    • Très concrètement, éviter toute précipitation. Saint Ignace conseille avant l’oraison : « À deux pas de l’endroit où l’on doit méditer le texte, s’arrêter, le lire avec respect. » C’est une image. Elle vaut pour signifier qu’il faut « se mettre à distance ». Elle favorise la prise en compte de la gratuité, l’altérité. Elle rend possible un dialogue avec cette parole, l’accueil d’un appel d’au-delà, d’ailleurs que de nous-mêmes.
      → Chacun/chaque groupe trouve lui-même les moyens de cette « mise à distance » au service d’une meilleure compréhension.
    • « Donner du champ » au texte.
      Découvrir l’environnement : le contexte immédiat. Ce qui vient avant, ce qui vient après.
      Voir les références à d’autres textes. Elles sont indiquées dans les traductions de la Bible : TOB, Bible de Jérusalem.
      Comparer avec les textes parallèles dans d’autres auteurs. Repérer les éléments communs, les différences, les omissions. Est-ce que cela nous inspire quelque chose ?
      Connaître le contexte plus large : tout un Évangile. Qui l’écrit ? Quelle est la communauté dans laquelle ce message a été annoncé, répandu ? Quelles difficultés, quel accueil reçoit-il ?
      →Des moyens sont de plus en plus à notre disposition pour cette intelligence du texte.
      Des formations suivies, proposées, des commentaires lus, des notes dans les différentes traductions bibliques.
      Prendre le temps suffisant et se servir d’outils accessibles et adaptés pour connaître et
      assimiler les données nécessaires sur ces points.
    • Regarder, entendre ce que dit le texte.
      Se rendre attentif aux personnages : qui ils sont, ce qu’ils font ? Ce qu’ils disent ? Ont-ils un point commun avec nous ?
      Noter les verbes, les mots-clefs, les expressions/les mots qui reviennent… les objets, les symboles…
      Voir la progression du texte, sentir le mouvement.
      Dans la lecture à plusieurs, être attentif à ce que d’autres ont vu, entendu…

Toute cette observation permet de donner aux détails et à l’ensemble du texte, le relief qui n’apparaît pas forcément à la première lecture.

Cette « lectio » — comme on l’appelle — n’est pas un but en soi. Elle doit s’ouvrir à la conversion puis à la contemplation. C’est un travail de l’intelligence, au service d’un cœur qui s’ouvre à la conversion, au service, enfin et surtout, d’une rencontre de chacun avec Dieu.
« Cette lecture doit être pratiquée un peu de temps, afin de pouvoir passer au-delà. Suffisamment longtemps pour que la suite ne soit pas stérile. Pas trop longtemps pour ne pas en casser la dynamique. »

_ Cardinal C.M. Montini
« Se retrouver soi-même »

2. Se laisser questionner, interpeler, instruire par le texte

  • Je fais silence. Je me mets dans les conditions que je sais être les meilleures pour moi. Je relis à nouveau le texte personnellement ou je me le redis de mémoire (ici, être attentif à ce qui échappe, à ce qui est dit autrement dans le texte que dans notre mémoire…)
    Si c’est une « lectio Divina » en groupe, on relit le texte pour ce 2e temps.
  • Qu’est ce qui retient davantage mon attention ? Qu’est-ce qui me touche ? me questionne ? Qu’est-ce qui résiste ? m’attriste ?
    En quoi tel ou tel acteur du récit, telle ou telle parole, tel ou tel geste rejoint-il mon existence ? Qu’est-ce qui me vient à l’esprit de mon histoire, de mon comportement, de mes relations, de ma situation présente ?
    Quels sentiments me viennent : joie ? tristesse ? résistance intérieure ?
    Quel chemin cette parole, ces gestes… font-ils en moi ? une lumière, un désir de changement…
  • En tout ceci, tous les domaines de notre vie sont concernés : ce qui me vient à l’esprit peut toucher davantage ma vie personnelle, familiale, ma vie de relation… ou davantage mon service d’Église : ma manière de faire, de me mettre en relation, de travailler avec d’autres, la joie, les difficultés que éprouve dans ce service d’Église.

Ce message est celui de Quelqu’un. La Parole entendue, offerte est un lieu de rencontre, de dialogue avec lui. Nous entrons alors dans la prière spécifiquement chrétienne, la prière « en esprit et en vérité ».

3. Le « cœur à cœur » avec Dieu … « comme un ami parle à son ami. »

Regarder, entendre ce que dit le texte -  voir en grand cette image
Regarder, entendre ce que dit le texte

C’est une nouvelle étape. Celle à laquelle nous nous sommes préparés par ce travail de connaissance du texte, par cette « plage » où nous avons laissé la Parole retentir en notre vie. Les attitudes qui conviennent à notre foi au Dieu de l’Alliance, à notre foi en Christ, nous sont devenues plus apparentes, elles questionnent notre vie. Dans la réflexion, le questionnement, Dieu est déjà venu à nous. Nous pouvons alors mieux « goûter » les fruits que l’Esprit donne à ceux qui se tournent vers Dieu avec droiture.
« Nous ne savons pas comment prier comme il faut…
L’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. »
Rom 8,26

  • Renouveler mon silence : un fond musical peut m’y aider. Un lieu, une position du corps… Le silence et les moyens pris traduisent une attitude de disponibilité, d’ouverture. Ils la favorisent. Nous n’avons pas prise sur ce qui va se passer dans la prière mais, nous avons la responsabilité des moyens à prendre.
  • Demander la Grâce : à la lumière de cette page méditée, comment vivre la situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui ? Comment traverser l’épreuve présente dans un compagnonnage avec Jésus ? Comment vivre en communion avec Dieu ce moment de réussite et de bonheur ?
    Je lui en parle, avec mes mots, avec mes peurs, avec la joie que j’éprouve, avec mon trouble, mes questions.
  • Dire « je » et « tu »… reprendre des paroles du textes en « je » et en « tu ». Être moi-même devant Dieu, comme je suis, simplement… Me laisser dessaisir de mes réserves, de mes craintes…
  • Goûter… les fruits de l’Esprit. Ils sont « Charité, joie, patience… » (Gal 5, 22-2)
    Goûter la qualité humaine de la charité, de la bonté de Dieu contemplée en Jésus… Cette qualité humaine perçue chez d’autres et dont nous avons été témoin…Dire mes désirs en ce sens.

En conclusion…

Le but de cette lecture est que la Parole de Dieu devienne familière à notre vie, à notre cœur, à notre pensée. Une manière de tendre à « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit » Luc 10,27.
Devenir « familier de la Parole » en toutes circonstances, est une œuvre de longue haleine. Elle demande une fréquentation assidue, une disponibilité intérieure pour l’entendre et la laisser nous transformer. Elle approfondit peu à peu notre désir d’être et de vivre « à son image et ressemblance », posant les actes de la foi que la vie appelle et requiert de nous.