Vendredi 2 avril 2004 — Dernier ajout jeudi 5 octobre 2017

Les Sept Saints Dormants

Il y a presque 50 ans, la chapelle dédiée aux Sept Saints Dormants n’était guère connue.
Louis Massignon, professeur au collège de France, spécialiste des questions orientales, mort en 1962, est le promoteur de la rencontre du Vieux-Marché. On a dit de lui qu’il était le plus grand musulman parmi les chrétiens et le plus grand chrétien parmi les musulmans !
Tous les ans, depuis 1954, a lieu le Pardon (chrétien) des sept Saints, à l’occasion duquel se déroule une rencontre entre musulmans et chrétiens, par le colloque du samedi et la lecture de la Sourate de la Caverne, le dimanche après la messe.

Les Septs Saints

Qui sont ils donc ces sept saints pour être honorés et priés, par les Chrétiens et les Musulmans ?

Dans une ville appelée Ephèse étaient alors sept frères. Le 1er Maximilien, le 2e Marc, le 3e Martinien, le 4e Denis, Jean le 5e, le 6e Sérafion et Constantin le 7e.
Eglise des sept Saints
Ils vécurent au temps de l’empereur romain Dèce de 248 à 251. La Gwerz [1] les décrit ainsi : Sept frères de haute lignée, hommes sages et intelligents, sept serviteurs de Dieu, lorsqu’ils étaient sur terre , sept défenseurs pour nous depuis qu’ils sont morts dans la gloire.

En l’an 250, Dèce décréta une persécution contre les chrétiens qui refuseraient de sacrifier aux dieux romains et ne renieraient pas leur foi.

Le motif pour lui était d’affermir l’unité romaine autour de sa religion.

Il envoya à Éphèse ses ambassadeurs pour faire renier leur foi et leur loi aux sept frères qui avaient de hautes charges. Mais les sept frères répondirent net aux ambassadeurs qu’ils ne renieraient ni leur foi ni leur loi, il valait cent fois mieux abandonner leurs fonctions et leurs charges que d’être traîtres et d’abandonner leurs croyances.

Le tyran pensant dompter leur constance, leur fit enlever leurs fortunes et leurs charges, les réduisant à mendier leur pain à cause de leur fidélité à Jésus mais promettant que s’ils le reniaient, ils seraient honorés.

En vain on leur enleva leurs charges, en vain on les força à mendier leur pain, leur fidélité à Jésus le crucifié resta inébranlable, ils se vouèrent à être martyrs.

Devant cet échec Dèce se mit dans une grande colère et voulut venir à eux pour les châtier par le fer et le feu, il les découvrit cachés dans une caverne et au lieu de leur rompre les os il donna l’ordre de les emmurer pour qu’ils meurent de faim et de soif.

Mais Dieu Tout Puissant qui ne laisse pas le travail fait pour lui sans récompense, envoya le sommeil dans la caverne aux sept frères et les garda des peines et des tourments.

Leur sommeil dura dix sept et huit fois vingt ans Seitek bloaz hag eizh ungent , 177 ans.

Quand on ouvrit la caverne on les y trouva réveillés. Dieu venait de les ressusciter pour rendre témoignage de la résurrection des morts.

La nouvelle se répandit partout, jamais on n’avait encore entendu parler d’un si grand miracle. Les gens d’Éphèse vinrent voir, s’agenouillèrent à l’entrée de la grotte et rendirent grâce et louange au Saint Nom de Dieu.

Les pièces de bronze qu’ils portaient sur eux étaient à l’effigie de l’empereur Dèce, ce qui permit de déterminer le temps de leur dormition.

Pourquoi les musulmans viennent-ils ici ?

Comme les chrétiens, les musulmans croient et adorent le Dieu unique, comme nous, chrétiens ils croient à la résurrection des corps et à la fin des temps, ont un véritable culte pour la Vierge Marie et honorent les Sept Saints.

Tous les vendredis dans les Mosquées est lue la sourate 18 du Coran qui rappelle le martyre la dormition et le réveil des Sept Frères.

C’est la convergence islamo-chrétienne sur la résurrection qui motiva la rencontre du Vieux Marché, chacun respectant la foi de l’autre dans un esprit de fraternité.

Comment leur culte est-il venu chez vous ?

Le culte est parvenu au Vieux Marché par l’intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d’Orient sur la route de l’étain. Ils accostaient au petit port du Yaudet en baie de Lannion et remontaient le Léguer vers l’intérieur de la Bretagne. Ils découvrirent le village du Stivel (les Sept-Saints actuels) et son Dolmen qui devient vite un centre de Christianisation. Le Dolmen qui était monument païen fut christianisé, on y instaura le culte des Sept Saints Dormants d’Ephèse, c’était la première chapelle, cela s’est passé au VIe siècle et depuis on honore et on prie les Sept Frères martyrs en ce lieu.

Le pèlerinage des Sept Saints au Vieux Marché

Le culte des Sept Saints au Vieux Marché avant la venue de Monsieur Massignon était très vivant et les Saints très honorés mais il se limitait à la paroisse et aux environs.

Si actuellement notre pardon est de renommée internationale, c’est grâce au professeur Louis Massignon, un éminent orientaliste, professeur au collège de France décédé en 1962.

Il serait bon peut être de faire sa connaissance. Né en 1883 à Nogent-sur-Seine il était le fils d’un artiste. Louis Massignon fait de bonnes études secondaires à Paris. Lauréat du concours général à 16 ans il obtient le baccalauréat l’année suivante, puis la licence de lettres.

Très littéraire il est en contact avec des écrivains. Il visite successivement l’Algérie, et le Maroc. Il perd la foi catholique et se rapproche de l’Islam. Il passe alors des diplômes d’arabe et se passionne pour Al Hallaj un mystique musulman martyriséen l’an 922, auquel il consacre sa thèse d’État. Il devient un orientaliste réputé.

En 1907-1908 il effectue une mission en Mésopotamie, l’Irak actuel, où il traverse une crise psychologique et entame une conversion au christianisme.

Il commence aussi une longue correspondance avec Paul Claudel. Il partage son temps entre l’Europe et le monde arabe. Il étudie la philosophie, puis enseigne l’histoire des doctrines philosophiques à l’université du Caire. Il pratiquait couramment les langues Arabe et Hébreu.

Louis Massignon passe ses étés à Binic et à Pordic où il fait ériger la Croix de Notre Dame de Liesse.

Il noue des liens d’amitiés avec Charles de Foucauld et Lawrence d’Arabie. Il se marie en 1914 à 31 ans. Mobilisé, il demande à faire la guerre sur le front oriental. Il devient adjoint au Haut Commissaire Picot. Chargé de mission en 1919 il contribue à installer l’éphémère royaume arabe de Fayçal en Syrie.

En 1926, il devient professeur de Sociologie musulmane au Collège de France où il restera jusqu’en 1954. Pendant 33 ans il donne des cours du soir à des ouvriers Nord africains.

Traducteur du Coran, œcuméniste convaincu, il rapproche les pratiques des religions monothéistes. Chrétiens, Juifs, Musulmans et les cultes attachés à certains lieux saints. Les Sept Saints de Vieux Marché présentaient une analogie avec les Sept Dormants d’Éphèse.

Il visite la chapelle des Sept Saints en 1953 et assiste à la messe le jour du Pardon, ce jour là il lance les bases d’une rencontre des 2 religions. Le premier pèlerinage a lieu l’année suivante en 1954.

Cette même année il prend sa retraite et préside le comité pour l’amnistie des condamnés politiques d’outre mer.

Pendant sept ans il est visiteur des prisons. Il est reçu par le Pape Jean XXIII comme il l’a été par Pie XII.

Louis Massignon, décède en 1962 et est inhumé à Pordic, quoique tourné vers le monde arabo-musulman, il a marqué la Bretagne et a été marqué par elle.

Pour le centenaire de sa naissance, en 1983, un hommage lui a été rendu devant un parterre de hautes personnalités à l’Unesco et au Collège de France.

Louis Massignon sans se substituer aux dirigeants les mettait en face de leurs responsabilités, toujours en quête de justice et de paix avec sa brûlante puissance de conviction. Un grand homme et surtout un saint homme.

La chapelle

La chapelle dolmen est décrite comme suit dans la Gwerz aux couplets deux et trois :

2. Dans l’évêché de Tréguier, au Vieux-Marché par la vertu de l’Esprit Saint, une chapelle est bien bâtie sans chaux ni argile, ni maçon, ni couvreur, ni charpentier quand l’homme vient à ses côtés il voit la vérité.
3. Il n’y a que six pierres pour la former pour lui faire ses murs il y a quatre rochers, deux autres sont au toit, qui donc ne croirait pas que Dieu Tout Puissant l’a élevé.

À l’intérieur se trouve un autel et sur cet autel quelques très vieilles statues subsistent encore malgré les vols et l’usure du temps.

La chapelle actuelle

Bâtie à flanc de coteau, surplombant la vallée du Léguer, dans un bosquet de châtaigniers elle a fière allure au milieu de son bel enclos et son fin clocher domine les maisons basses qui l’entourent.

En vous présentant devant le porche, vous pourrez lire la date de l’érection de cette chapelle : 22 juillet 1703. Au-dessus, vous aurez plus de difficultés pour déchiffrer l’inscription. La voici : « Je suis bâtie des aumônes, et par les soins, de Yves Le Denmat [2] depuis 1703 jusqu’en 1714 ».

Bâtie en forme de croix latine, les deux transepts sont surélevés de six marches, la seule raison c’est le Dolmen quelle recouvre.

C’est grâce à l’initiative de Monsieur Massignon et à son influence que la chapelle fut classée par les Beaux Arts et restaurée en 1964.

Le mobilier de la chapelle est riche en anciennes statues. Les Sept Saints placés au dessus de l’autel Notre-Dame de Miséricorde au milieu ont fière allure. Un beau Crucifix est placé sur la poutre maîtresse. Sur le dolmen trône Saint Isidore patron des laboureurs de chaque coté du saint un ange avec chacun une houe et saint Michel terrassant le dragon.

Au transept nord, Notre Dame de Bon Secours et une très ancienne Piéta « Notre Dame de Pitié ». A remarquer également une statue de Saint Joseph.

La fontaine

Vous la trouverez à 250 mètres environ dans la direction de Vieux Marché.

Cette fontaine est la fontaine des Sept-Saints. Elle est faite à l’image de toutes celles qui sont liées au culte des Sept Saints. Ici, comme à Guijel en Algérie, l’eau jaillit par sept orifices, un au centre les six autres en couronne tout autour.

Le pèlerinage

Le pardon a lieu le quatrième dimanche de Juillet le dimanche suivant sainte Madeleine. Le pèlerinage commence le samedi matin, et continue l’après midi par un colloque, auquel prennent part des représentants des trois religions monothéistes et un représentant agnostique. Le thème varie tous les ans.

Le soir à la chapelle, grand-messe suivie d’une procession et d’un « Tantad » (feu de joie).

Le dimanche matin, grand messe du Pardon suivie d’une procession qui va à la fontaine où a lieu une cérémonie musulmane, là la sourate 18 du Coran est psalmodiée par un Imam et traduite en français. Ainsi se terminent les cérémonies.

Le pèlerinage terminé, l’Esprit Saint continue son œuvre, semant l’amour dans le cœur de chaque homme et chaque femme.

[1Complainte bretonne.

[2« Denmat » est un mot breton qui signifie : « homme bon »