La vie du diocèse hier et aujourd’hui
Jeudi 10 novembre 2011

Les bulletins paroissiaux, une source précieuse pour l’histoire

La collection des bulletins paroissiaux conservée à l’évêché vient de faire l’objet d’un travail de classement et d’inventaire : un prétexte pour évoquer brièvement l’importance de cette source documentaire pour l’histoire religieuse du XXe siècle

Plourivo pour une première…

En avril 1900, en pleine période de Pâques, le clergé de Plourivo entreprend de publier un bulletin mensuel destiné aux paroissiens. L’idée est dans l’air du temps et cette nouvelle formule d’information de proximité plaît aux évêques. Dès la parution des premiers numéros, la Semaine Religieuse du diocèse en fait l’écho, encourageant « les pasteurs, principalement sur la côte, à suivre un exemple aussi réconfortant » (S.R. n°41, 11 octobre 1901).

Bulletin paroissial de Plourivo, 1902
Bulletin paroissial de Plourivo, 1902
Premier bulletin paroissial du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, dont le 1er numéro date d’avril 1900.

Ce premier bulletin sera suivi par beaucoup d’autres. Les curés s’improvisent rédacteurs et cherchent des titres susceptibles de susciter l’intérêt : la Famille Pleubiannaise, la Flèche de Plumaugat, l’Etoile de Pléneuf… Dans le Trégor et la Cornouaille, les en-têtes restent fidèles à la langue bretonne : Kloc’h Braz Gras (Grâces-Guingamp), Itron Varia Consolation (Le Vieux-Marché), Kloc’hig Sant Sunforian (Paule)… On dépasse très vite la cinquantaine de ces journaux, illustrés, en partie, par le professeur de dessin des Cordeliers de Dinan, l’abbé Joseph Le Guen, qui signera Jos Gwennic et laissera une œuvre considérable.

Bulletin paroissial de La Vicomté sur Rance, 1912
Bulletin paroissial de La Vicomté sur Rance, 1912
Remarquons la finesse du dessin signé Jos Gwennic (pseudonyme de Joseph Le Guen)
(La signature est placée en bas à gauche).
Bulletin paroissial de Paule, 1934
Bulletin paroissial de Paule, 1934
Le titre en breton évoque la fameuse cloche hexagonale, dite de Saint-Symphorien
Un en-tête particulièrement réussi, où même le monument aux morts est dessiné.

Le prône à domicile

De par sa proximité, le bulletin paroissial s’avère un excellent moyen de liaison paroissiale et d’apostolat fécond. Ces lettres hebdomadaires ou mensuelles, plus intimes qu’un grand journal, sont mieux adaptées à la mentalité locale. Elles sont également un lien entre la paroisse et les absents : marins, exilés, voyageurs, étudiants… En outre, elles permettent d’atteindre un public peu concerné par la pratique religieuse, comme le soulignait en 1919 l’abbé Constant Dutemple, curé-doyen de Lamballe, dans le Registre de la paroisse Saint-Jean : « J’ai estimé que l’avantage d’avoir ainsi un porte-voix permettrait d’atteindre même ceux qui ne fréquentent guère l’église. Nous lui avons donné un titre à la fois simple et significatif, « La Vie Religieuse ». Cette nouveauté a été bien accueillie, et notre « journal » prend. J’espère qu’il prolongera notre action ».

Bulletin paroissial de Lamballe, 1936
Bulletin paroissial de Lamballe, 1936
Un dessin également signé Jos Gwennic, grâce auquel le patrimoine religieuxsera largement mis en valeur.

Pendant les années de guerre, une partie du journal informe sur la situation des soldats de la paroisse, donnant notamment les noms, la date et parfois les circonstances détaillées des « morts au champ d’honneur ». Certains rédacteurs, à l’instar du curé de Saint-Cast, tiennent une véritable « chronique militaire », en renseignant les lecteurs sur l’évolution des événements.

Bulletin paroissial de Saint-Cast, 1916
Bulletin paroissial de Saint-Cast, 1916
Une image qui en dit long sur l’état d’esprit du curé face aux événements.

L’écho de la vie paroissiale

Durant les années 30, le contenu des journaux tend à s’harmoniser, même si des différences persistent selon chaque rédacteur. Quoi qu’il en soit, les rubriques sont multiples : « Le mot du curé. Chronique des œuvres. Baptêmes, mariages, enterrements. Offices de la semaine. Résumé du sermon. Réfutation des objections contre la religion. Evénements de la semaine. Histoire locale. Bons mots. Devinettes ». Les recteurs prennent soin d’évoquer les activités des patronages. A Saint-Donan, les séances de la troupe de théâtre sont annoncées ; à Plestin, la projection du samedi est soumise à l’avis du curé… Le ton est parfois un brin autoritaire : « Les membres de la Fanfare sont priés de se réunir mercredi prochain à 20h avec leur instrument et… leur embouchure » (La Vie Paroissiale de Plaintel, n°15, avril 1943).

Des fusions nécessaires

Au tournant des années 60 et 70, beaucoup de bulletins deviennent interparoissiaux, par souci d’économie et parce qu’un esprit communautaire s’est développé progressivement. Il en est ainsi pour les paroisses de Morieux et Coëtmieux, où le bulletin paroissial est rédigé par le recteur de Morieux et est imprimé par celui de Coëtmieux.

Bulletin interparoissial de Coëtmieux-Morieux, année 1973
Bulletin interparoissial de Coëtmieux-Morieux, année 1973
Bulletin interparoissial de Coëtmieux-Morieux, année 1997
Bulletin interparoissial de Coëtmieux-Morieux, année 1997
Remarquons l’évolution iconographique et calligraphique, avec un dessin qui tend à se styliser.

L’aménagement pastoral du diocèse rendu nécessaire par la diminution du clergé entraînera aussi inéluctablement de nouvelles formules, tout en essayant de préserver un tant soit peu « l’esprit de clocher » qui fait le charme de ces périodiques…

Conclusion

Le bulletin paroissial est certes un document en apparence modeste, mais il constitue une source précieuse sur la vie religieuse à l’échelon de base qu’est la paroisse. L’histoire de ces imprimés reste à écrire, mais la menace qui plane aujourd’hui sur leur disparition ne permettra peut-être jamais d’en réaliser une étude approfondie à l’échelle du diocèse…

Yves-Marie Erard


Un travail essentiel de sauvegarde

Les bulletins paroissiaux rassemblés à l’évêché garnissent actuellement près de 50 mètres linéaires de rayonnages. Une pièce vient d’être aménagée pour recevoir cette belle collection (cotée B.P. 01 à 107) qui reste néanmoins lacunaire et fragmentaire. Vous pouvez contribuer à la compléter en nous signalant les exemplaires que vous pourriez avoir repéré, dont vous n’avez peut-être plus utilité aujourd’hui, et qui viendront ainsi enrichir le fonds de l’évêché.
L’archiviste peut se déplacer en paroisse sur simple demande. Renseignements au tel 02 96 68 12 74 ou archives chez diocese22.fr

Vos témoignages

  • Dominique 13 octobre 2013 11:27

    Madame, Monsieur,

    Entre 1729 et 1737, les registres paroissiaux de l’évêché de Saint-Brieuc notent dans certaines paroisses des « baptêmes douteux ».
    Auriez-vous des informations concernant ces baptêmes ? (lutte contre le jansénisme, croyances des parrains et marraines, étendue du phénomène ?…)
    Je vous remercie par avance.
    Avec mes sincères salutations.

    Mme Dominique Collet