Lundi 28 juillet 2014

Les demeures épiscopales de Saint-Brieuc de 1802 aux années 2000

(partie 2) De 1825 à 2000

Source archives diocésaines de Saint-Brieuc

1825-1906

Le 20 novembre 1825 – enfin ! Mgr de la Romagère franchit le seuil de ce nouvel évêché que le Département avait acheté pour remplacer, convient-il d’ajouter, l’ancien évêché spolié par la Nation. C’était l’ancien hôtel de Bréhand.

« Entrée sur la place, écrit le chanoine Le Sage, voisinage de la Cathédrale, cour, jardin, maison vaste, et surtout un parc immense dont la partie occidentale inclinée sur la ville, offre sur celle-ci et la campagne à l’Orient la plus belle perspective qui s’étend même sur la baye de Saint-Brieuc… ».

Hôtel Quicangroigne en 1900
Hôtel Quicangroigne en 1900
Le bâtiment est connu sous d’assez nombreux noms : Hostel Quicangroigne, Quicangrogne, De Boisboissel, Brehand, Maillé, Beauvoir, Corbion, Fortmorel, du Parc, évêché, ancien évêché, Ponts et Chaussées, Direction Départementale de l’Equipement. Il s’agit de l’immeuble situé 3 place du Général de Gaulle, à Saint-Brieuc. Les origines n’en sont pas déterminées avec précision. Cependant, on suppose que c’est dans cette demeure qu’habitait Pierre de Boisboissel, frère d’armes de Duguesclin, et qu’il y fit son testament en 1364. La demeure fut remaniée aux 16e et 17e siècles par les du Rouvre et les Bréhand. Vendue sous la Révolution à Poulain-Corbion, elle est rachetée par l’Etat pour devenir en 1825 la demeure épiscopale. Après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, elle devient en 1906, le bâtiment des Ponts et Chaussées, puis de la D.D.E.

La Préfecture, lors de cette transaction, s’était réservé les deux tiers de ce parc. Les experts assuraient que ce nouvel Evêché était parfaitement habitable ; le chanoine Le Sage était d’avis contraire : « Depuis plus de 40 ans cette vieille maison est condamnée : on n’y dansoit pas chez le dernier vendeur crainte qu’elle ne s’écroulât au son du violon ». Les Briochins connaissent bien cet immeuble qui abrite aujourd’hui la Direction Départementale de l’Equipement.
Mgr de la Romagère se souciait peu de l’opinion du chanoine Le Sage. Son Palais lui plaisait. Il ne s’y attardait pas cependant. Agé de 65 ans et malgré les infirmités contractées sur les pontons de Rochefort, il n’hésitait jamais à partir. Monté sur sa jument, accompagné de quelques recteurs et de son fidèle Joseph en pareil équipage, suivi par un cheval de bât qui portait la malle, il allait partout et ailleurs, visitant les paroisses aux chemins incertains. C’était Tréguier, ce sera l’antique abbaye de St-Aubin des Bois, et, surtout, son Petit Séminaire de Plouguernével. [1]

Les années passent. Six évêques se succèdent dans cet Evêché et y meurent, excepté Mgr Bouché décédé à Tréguier.

1906-Années 2000

Nous sommes arrivés en 1906 : Mgr Fallières meurt le 11 mai. Le 13 juillet suivant, son vicaire général M. l’abbé Jules-Laurent Morelle lui succède : il est sacré le 11 août. Le 17 décembre 1906, à 17 heures, alors que la nuit tombe, il est expulsé en application de la loi sur la Séparation de l’Eglise et de l’Etat.
De nouveau, ce fut le provisoire. Mgr Morelle loua une maison, 3, place Saint-Pierre. Une ligne téléphonique, passant par les jardins, reliait directement la demeure de l’évêque à celle de son vicaire général, M. l’abbé André du Bois de la Villerabel qui habitait 8bis rue du Bourg-Vasé. Le Secrétariat de l’Evêché était établi de l’autre côté de la place, au n°4.
La Maison des Chapelains de la Basilique de Notre-Dame d’Espérance était toute proche : propriété privée, elle n’était pas atteinte par les dispositions de la Loi de Séparation. Il semble que certaines archives de l’Evêché y furent entreposées. En 1909, Mgr Morelle loua la propriété Deszille, n°10, rue d’Orléans (actuellement rue Jean Métairie). La Semaine Religieuse du 1er octobre informait ses lecteurs que le Secrétariat de l’Evêché venait d’être transféré à cette adresse. Celle du 17 décembre faisait savoir que Mgr Morelle venait de prendre possession de sa nouvelle demeure.

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Mgr Morelle devant la façade de l’Evêché côté jardin aux alentours de 1910

Les dépendances de l’Evêché (anciennes remises) étaient séparées de la maison voisine par un passage fermé par une porte qui permettait de se rendre à une fontaine. Le passage fut obturé dans les années 1970. L’eau de cette fontaine s’écoulait par une canalisation pour rejoindre un réseau souterrain. Un puits, désormais recouvert de fleurs, existe toujours dans le jardin de l’Evêché.

Le diocèse n’ayant plus d’existence légale depuis la loi de séparation, il faut avoir recours à des personnes physiques pour la location. [2]

Les Associations diocésaines ne seront reconnues par la IIIè République et le Vatican qu’en 1924. Par vente en date du 24 février 1934, l’Evêché devint propriété de l’Association Diocésaine de Saint-Brieuc et Tréguier.

Depuis près d’un siècle, sept évêques ont successivement occupé la demeure épiscopale de la rue Jean Métairie (autrefois rue d’Orléans) à Saint-Brieuc :

  • Jules-Laurent Morelle (1906-1923)
  • François-Jean-Marie Serrand (1923-1949)
  • Armand Coupel (1949-1961)
  • François Kervéadou (1961-1976)
  • Pierre Kervennic (1976-1991)
  • Lucien Fruchaud (1992-2010).
  • Denis Moutel (2010-…).

La chapelle épiscopale
Un plan retrouvé dans les archives mentionne l’emplacement de ce petit oratoire dès 1921. Avant d’être aménagée en chapelle épiscopale, la pièce était un petit salon de réception.
Sa décoration date de 1956 ; elle fut confiée à Xavier de Langlais, ardent militant de la cause bretonne et membre des Seiz Breur. Sur la fresque située derrière l’autel, la Vierge rassemble, dans la même dévotion quelques grandes figures de l’histoire religieuse de Bretagne. On peut ainsi reconnaître saint Tugdual, fondateur de Tréguier, avec, à ses pieds, la maquette de la cathédrale de Tréguier ; saint Guillaume Pinchon, évêque de Saint-Brieuc, qui commença à faire reconstruire la cathédrale de Saint-Brieuc ; saint Hervé, le poète et musicien aveugle, abbé de Saint-Pol-de-Léon avec le loup qu’il maîtrisa ; un peu à l’écart, saint Yves, et, enfin, au loin saint Guénolé, fondateur de l’abbaye de Landévennec.

Sources complémentaires :

  • Les demeures des évêques de Saint-Brieuc (1802-1825), par A.-R. Gelley, in M.S.E. tome 106, 1977, p.76-86.
  • Le logement de l’évêque, in S.R. n°7, 18 février 1938, p.107-108 (Il s’agit de la reproduction de la lettre écrite le 2 juillet 1808 au Ministre des Cultes. L’évêque marque les différents logements qu’il a occupés jusque là).
  • Le mobilier de l’évêché en 1818, in S.R. n°22, 3 juin 1938, p.365-368 (Il s’agit du procès-verbal dressé en janvier 1818 du mobilier appartenant à l’état et existant au palais épiscopal).

[1Lettre de Mgr de la Romagère à M. Ellès, curé de Lannion, reproduite par la Semaine Religieuse du 4 août 1871 – Mgr de la Romagère racheta l’ancien palais épiscopal de Tréguier, ainsi que l’ancienne Abbaye de Saint-Aubin-des-Bois en Plédéliac. A Saint-Aubin, Mgr de la Romagère avait voulu établir une maison de retraite pour prêtres âgés. Les frères de Saint Jean de Dieu y fondèrent un établissement qui fut ensuite transféré à Léhon.

[2En 1913, l’immeuble est loué à Mgr Morelle par le Comte Latimier du Clésieux, fils d’Achille du Clésieux, écrivain et fondateur de Saint-Ilan.

Voir en ligne : Les demeures épiscopales de Saint-Brieuc de 1802 aux années 2000 - partie 1 de 1802 à 1825