Dans la série d’émission « Foi chrétienne et Bible »
Mercredi 26 septembre 2012 — Dernier ajout lundi 8 octobre 2012

Les fêtes juives

Emission du 10 septembre 2012 (1/11)

Voir le détail de l’émission et les dates de diffusion dans l’article article 3482.

Podcast

Les fêtes juivesPrésentation de l’émission

Transcription de l’émission

Qu’est-ce qui vous conduit Anne-Marie, Jean et Michèle à nous proposer une série d’émissions sur les Fêtes juives ?

C’est pour trois raisons essentielles que nous osons aborder ce dialogue :

Première raison : Nous avons vécu des sessions « Découvrir le judaïsme » organisées par les Amitiés Judéo-Chrétiennes, et soutenues par les diocèses de la Province ecclésiastique de l’Ouest. La première à l’Abbaye de la Meilleraye (près de Nantes) en Juillet 2010 ; La seconde au Centre d’accueil du Diocèse de Rennes « La Hublais » à Cesson-Sévigné près de Rennes. Lors de ces sessions, nous avons vécus ensemble, juifs et chrétiens, pendant 5 jours. Nous avons partagés les repas, les conférences, des ateliers de danses, chants, des veillées… Nous avons prié côte à côte avec beaucoup de respect. Tout cela nous a montré combien il est important de nous découvrir mutuellement. Pourquoi ? Pour apprendre à se connaître et réaliser enfin ce qui nous unit. Nous pouvons ajouter : pour faire tomber bien des préjugés de part et d’autre.

Deuxième raison : Nous vous invitons à cheminer au sein du peuple juif là où Jésus est né, là où il a vécu, là où il a enseigné. Comment ce peuple vivait en son temps, et comment vit-il aujourd’hui ?

Nous désirons faire découvrir la judéité de Jésus et celle de ceux qui l’entouraient (apôtres, disciples et aussi pharisiens, sadducéens et autres intervenants dans cette vie juive).

Par ailleurs, cette Première Alliance constitue la source elle est le fondement théologique sur lequel s’articule l’enseignement du Christ.
C’est sur la Parole du Père que s’appuie Jésus dans sa façon de vivre et de transmettre, tout en y apportant des sens ou des pratiques nouvelles. L’Eucharistie, ancrée dans la Pâque juive est un événement novateur, pour les chrétiens.

Troisième raison : Le concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate, paragraphe 4, (28 octobre 1965) dit :

Du fait d’un si grand patrimoine spirituel commun aux Chrétiens et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux, la connaissance et l’estime mutuelles qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel.

Mais qui sommes-nous pour proposer ce cheminement ?

Je m’appelle Michèle Merlin, arrivée depuis à peine 4 ans en Bretagne. Je viens du 93, la Seine-St-Denis, département qui, après Paris, a la plus grande communauté juive, ce qui a conduit le diocèse à créer un service de relations juifs-chrétiens, dont j’ai fait partie environ 25 ans. Ce qui m’a conduit à apprendre l’hébreu, à voyager dans la Bible et à me former à travers conférences, stages, groupes etc…

Entre autre, j’ai participé à 8 sessions d’une Association « Davar  » qui consistaient, comme la Hublais à des rencontres entre juifs et chrétiens durant une semaine.

Ce chemin particulier de la rencontre avec nos frères juifs, m’a permis de découvrir, avec bonheur, bien des aspects de ma foi chrétienne et m’a donné des élans nouveaux. J’ai envie maintenant de transmettre toute cette richesse reçue.

Depuis mon arrivée en Bretagne, je suis devenue membre du conseil d’administration des Amitiés Judéo-Chrétiennes de Rennes. J’ai participé à la préparation des deux sessions « Découvrir le judaïsme » et pour la dernière, j’ai été missionnée par Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier.

Et vous quel est votre parcours ?

Je suis Anne-Marie Laurent, mon approche du judaïsme est bien différente. Loin des connaissances bibliques et talmudiques, c’est à travers le quotidien, les liturgies familiales, les fêtes juives que j’ai pu ressentir, une intimité dans la foi et la tradition juives. Ma sœur Élisabeth est mariée avec Zacharie, juif pratiquant. Elle s’est convertie au judaïsme et ils vivent en Israël avec leurs six enfants. C’est cette proximité, cette fréquentation, ce partage de vie, qui m’ont donné du goût à m’intéresser à la Torah écrite et orale (loi juive issue principalement des 5 premiers livres de la bible).

C’est l’expérience qui est motrice dans ma démarche. On pourrait presque parler de mystagogie. J’entends par mystagogie le fait de vivre d’abord un rite et d’en comprendre sa signification que secondairement. Par exemple, j’ai apprécié de vivre un premier chabbat en famille, du vendredi soir à l’allumage des bougies, jusqu’au rite du samedi soir (la havdala), avec les bénédictions, prières, repas, repos… Ce n’est qu’en l’ayant vécu que je perçois toute la profondeur du sens donné à ce jour, différent des autres, qu’est le chabbat. C’est comme un mystère à découvrir… C’est étonnant comme cette confrontation avec ma sœur juive pratiquante, m’éclaire dans ma perception et ma compréhension du Christ. Je me réjouis de me mettre en chemin avec vous, Jean et Michèle, à travers cette émission pour entrer plus en profondeur dans l’Étude du Judaïsme.

Et vous Jean par quel chemin avez-vous pris pour votre rencontre avec le judaïsme ?

Ma découverte du judaïsme remonte à un fait très précis : la participation aux rencontres interreligieuses à l’Abbaye de St-Jacut de la Mer et spécialement aux interventions du rabbin Philippe Haddad. L’écouter expliquer un demi verset du livre de la Genèse m’avait complètement subjugué tant par la richesse du vocabulaire, le sens des mots voire leur étymologie, le lien des mots et des expressions avec d’autres passages des livres de l’Ancien Testament que par la liberté d’interprétation. En somme je découvrais un nouvel univers insoupçonné d’une très grande richesse. Et de fil en aiguille j’ai rejoint localement des groupes bibliques qui proposent l’étude des textes de l’Ancien Testament avec l’approche le regard et la culture de l’hébreu biblique. Et en 2011 nous avons entrepris avec Michèle et Anne-Marie l’apprentissage de l’hébreu biblique.
Je trouve de plus en plus de sens à cette phrase de Pierre Teilhard de Chardin tirée de la Convergence de l’Univers :

En ce moment, comme au temps de Galilée, ce qui nous est nécessaire, ce sont bien moins de nouveaux faits (nous en sommes entourés à nous crever les yeux) qu’une nouvelle façon de regarder les faits. Une nouvelle manière de voir, liée à une nouvelle manière d’agir. Voilà ce qu’il nous faut.
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Et cette autre phrase d’Abraham Heschel est une belle invitation à se mettre à l’écoute de nos frères Juifs :

Quand Adam et Eve se dissimulèrent à sa présence, le Seigneur appela : où es-tu ? (Gn 3,9). Cet appel retentit sans trêve. C’est le faible écho d’une faible voix, jamais exprimé en mots, jamais traduit en catégorie de l’entendement, ineffable et mystérieux… Étouffé, assourdi, il s’enveloppe de silence, mais c’est comme si toutes les choses étaient l’écho de cette question : où es-tu ? (Abraham Heschel)

Notre fil conducteur dans un premier parcours, sera donc la découverte des fêtes juives ?

Nous vous proposons d’aborder les fêtes juives, elles parsèment les Évangiles, Jésus y participe avec sa famille et ses disciples. Entrons dans cet aspect particulier du Judaïsme qui est aussi essentiel pour le juif pratiquant que le sont les fêtes chrétiennes pour nous, chrétiens.

Alors entrons dans les fêtes. Nous allons donc commencer par Pâque ?

Non, Pâque est pour les juifs un temps fort de l’année liturgique. Pâque est le premier jour d’un cycle qui conduit les hébreux à devenir le peuple de Dieu, à partir de leur libération d’Égypte. Mais nous commencerons plutôt par les fêtes qui marquent le début de l’année civile. Puis nous gravirons peu à peu les étapes qui nous conduiront à Pâque, fête que chrétiens et juifs vivent de façon intense, chacun avec une signification particulière.

Pourquoi parlez-vous du début de l’année civile, n’est-il pas pour les juifs comme pour tout le monde le 1er janvier ?

Non, en fait les juifs utilisent le calendrier universel pour la vie ordinaire mais ils entrent le 17 septembre 2012 dans l’an 5773 pour ce qui concerne la vie religieuse. Il ne s’agit alors pas d’un temps profane mais d’un temps biblique et symbolique qui va d’Adam à aujourd’hui. De même pour ce qui est du culte ils respectent un calendrier mixte lunaire et solaire (le nôtre étant seulement solaire).

D’Adam à nous aujourd’hui ! Mais comment cela se peut-il ?

Il suffit de lire ce que relate la Bible. Elle nous indique des temps précis, dans les généalogies, lors d’événements (exode, exils etc…), et la durée des gouvernements (juges, rois etc..). Et cela jusqu’à notre ère chrétienne. En additionnant ces temps, et avec un peu de chance et de patience, vous obtiendrez 5773 ans.
 
Nous allons donc dans cette première émission évoquer les fêtes religieuses juives que nous développerons ensuite dans d’autres émissions

Quelles sont les fêtes que nous allons découvrir ensemble ?

Les grandes fêtes étaient, pour trois d’entre elles, des fêtes de pèlerinage pendant lesquelles les habitants de la Judée, de la Samarie, de la Galilée et de tout le bassin méditerranéen venaient à Jérusalem.

On y retrouvait aussi toute une population hétéroclite attirée par les fêtes (marchands saltimbanques, devins, pratiquants d’autres religions …). La population de Jérusalem devenait ainsi 10 fois plus importante.

En parallèle au culte rendu au Temple, les familles pratiquantes célèbrent aussi une liturgie domestique (à la maison).

Depuis la destruction du Temple, et aujourd’hui encore, les fêtes se vivent à la synagogue et au sein de chaque famille.

D’autres fêtes que nous relaterons plus tard sont des fêtes appelées rabbiniques car, même si elles ont, comme les fêtes de pèlerinages, une origine biblique, leur déroulement a été élaboré par les rabbins. Lors de l’exil à Babylone et surtout après la destruction du Temple en 70 après Jésus-Christ, le peuple juif, obligé de quitter sa terre (devenue la Palestine), se retrouve en diaspora autour du bassin méditerranéen et en Europe centrale.

C’est ainsi que se sont développées deux façons différentes de célébrer, en fonction du pays d’accueil. Un rite ashkénaze pour l’Europe centrale ; et l’autre, rite séfarade, pour le bassin méditerranéen.

Nous allons donc nous aventurer tout au long de l’année à la découverte de ces fêtes. Quelle en sera la première ?

Il s’agit de Roch Hachana. Cela veut dire tête de l’année. En 2012 elle aura lieu les 17-18 septembre ; premiers jours de l’année 5773. Cette fête est solennelle, joyeuse et douce au goût de pomme et de miel.
Chacun souhaitera aux autres « Chana Tova » c’est à dire « Bonne Année ».
A Roch Hachana, l’après-midi débutent les « 10 jours redoutables » pendant lesquels les croyants sont invités à une conversion de leur vie jusqu’au Yom Kippour (= jour du Grand Pardon).

Dix jours redoutables ? Qu’est-ce donc ?

Ce sont des jours pendant lesquels chaque pratiquant doit s’interroger sur sa vie, tant dans ses rapports aux autres, que dans sa relation à Dieu. Ainsi arrivera-t-on, par ce temps de réflexion, de remise en question au Yom Kippour ; littéralement le jour où Dieu pardonne les péchés de ceux qui ont fait repentance. En 2012 Kippour sera le 26 septembre. Chaque année, le juif est invité à faire « techouvah  », c’est à dire faire un retournement dans sa vie pour repartir d’un bon pied dans la bonne direction vers Dieu et vers les autres. C’est aussi ce à quoi sont invités les chrétiens pendant le carême.

En ce jour de Kippour on jeûne et on prie pendant 25 heures. C’est un jour grave, où l’on est dans la crainte de ne pas être pardonné par Dieu. Après avoir obtenu le pardon du frère, le juif espère obtenir le pardon de Dieu.

Et ensuite quelle est la fête suivante ?

Soukkot est une fête qui dure une semaine. En 2012, elle commence le 1er Octobre. Il s’agit de la Fête des tentes, ou fête des cabanes (Soukkot veut dire cabanes). Libérés intérieurement lors de Kippour, les pratiquants commémorent le temps passé par le peuple hébreu dans le désert sous les tentes. Confiants en Dieu, ils acceptent de vivre de façon précaire pendant 8 jours dans une cabane.

J’ai vu à la télévision des juifs danser avec les rouleaux de la Torah à la fin de Soukkot. Drôle de manifestation !

Il s’agit de Simha Torah. Ce qui veut dire la joie de la Torah. Ce jour se situe à la fin de Souccot. Après tous ces jours d’épreuves, on va danser pour fêter la Torah : pour remercier Dieu de son Alliance et de toutes les paroles de Vie qu’Il a donné aux hommes. Ainsi se terminent ce que l’on appelle les fêtes d’automne.

Pourquoi ensuite en novembre ou décembre peut-on voir des lumières derrière les fenêtres des habitations juives ?

Il s’agit de Hanoukka (fête des lumières) qui aura lieu le 9 décembre en 2012. Ce n’est pas une fête de pèlerinage. Elle commémore un miracle qui a eût lieu après l’occupation grecque durant laquelle il avait été interdit aux juifs de célébrer au Temple. Nous vous en parlerons en détail plus tard. C’est une fête joyeuse autour de la lumière. Les enfants, comme les autres membres de la famille, allument chaque jour une des 8 petites lumières du chandelier qu’on appelle une « ranoukiah  ». Et on joue tout particulièrement avec une toupie, symbolisant, par une inscription, le miracle de la lumière. Les enfants reçoivent des petits cadeaux. Mais ça n’a rien à voir avec Noël !

Il paraît que pour la fête suivante, il faut se déguiser. Drôle de fête religieuse !

Oui, non seulement on se déguise mais aussi on peut boire plus que de raison. Il s’agit de la fête de Pourim , « les sorts » (25 février 2013). C’est une fête biblique, qui a son origine dans le récit du livre d’Esther, lu à la synagogue.

Cela va donner lieu à une fête un peu débridée, dans et hors de la synagogue. Adultes et enfants, sont invités à se déguiser pour représenter les principaux acteurs de l’histoire d’Esther. Le tout sera accompagné de bruits divers dont celui des crécelles.

Allons-nous arriver enfin à la Pâque ?

Bien sûr ! La Pâque, Pessah, qui veut dire « passage » commencera le 1er avril 2013. Passage, car l’ange de la mort passera au-dessus des maisons des hébreux. Cette fête célèbre la sortie de l’esclavage du peuple hébreu en Égypte. C’est l’événement fondateur qui précède l’Alliance constitutive du peuple de Dieu au Sinaï.

Cette fête dure une semaine. Elle commence par un repas particulier « le Seder  », très ritualisé, au cours duquel vont se succéder des récits rappelant la vie du peuple hébreu depuis Abraham. Il y aura aussi au cours de ce repas, des gestes symboliques réactualisant le départ d’Égypte, qui sera un départ libérateur et le premier acte de la constitution du peuple d’Israël. Pour nous chrétiens, ce jour est très important car c’est au cours de ce repas de la Pâque que Jésus a institué l’Eucharistie. A partir de ce jour, et pendant huit jours, on ne mangera pas de nourriture contenant du levain. On ne mangera que du pain azyme. Dans les Évangiles, on appellera cette fête « la fête des azymes » ou des pains sans levain (Mt 26, 17).

Pâque est donc la dernière fête avant les prochaines fêtes d’Automne ?

Non pas encore ! Un temps particulier de sept semaines, appelé l’Omer, va conduire à la dernière fête avant l’automne. Il s’agit de Chavouot (15/16 mai 2013). Chavouot veut dire les semaines. C’est une fête importante mêlée aux récoltes nouvelles et on y célébrera particulièrement le don de la Torah, par Dieu, à Moïse au Sinaï. Normalement les juifs pieux lisent, pendant toute la nuit du premier jour de cette fête, si possible toute la Torah, ou le Talmud ou d’autres textes religieux.

L’essentiel étant d’étudier. C’est une fête joyeuse où la vie normale va reprendre son cours : on offrait au Temple les fruits des premières récoltes pour remercier Dieu de nous donner la nourriture pour notre corps, et surtout, la nourriture pour la vie spirituelle : la Torah (cinq premiers livres de la Bible). La Torah enseigne ce qui est nécessaire d’œuvrer pour aller vers notre accomplissement humain.

Le cycle des fêtes est maintenant terminé. Nous vous les avons racontées succinctement. Nous développerons, dans les émissions qui vont suivre, leur sens, leur évolution et les traces que nous retrouvons dans la vie du Christ à travers le Nouveau Testament.

Musicographie  :
Générique de l’émission : « Vivre » de Stéphane Delicq (La Compagnie des anges)
Pause : « Hine ma tov »

Voir en ligne : Voir le détail de l’émission et les dates et heures de diffusion