Jeudi 16 février 2006 — Dernier ajout mercredi 12 mars 2014

Lettre pastorale

Le Conseil presbytéral, pendant trois sessions, a pris le temps de réfléchir sur la réconciliation, son importance dans l’existence humaine et la vie chrétienne. Ensemble, prêtres et évêque, nous voulions bien resituer, dans notre démarche chrétienne, ce grand signe d’amour laissé par le Seigneur. Au terme de ce parcours, nous avons souhaité que tous les chrétiens du diocèse puissent faire à leur tour ce même chemin et découvrir la grandeur de ce sacrement en faisant tomber les a priori négatifs dus à un passé difficile. Aussi nous avons décidé que l’année pastorale 2005 / 2006 serait pour le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier l’année de la réconciliation.

La miséricorde de Dieu a surpris le monde

La manière dont Jésus pardonnait suscitait l’étonnement, la stupeur et même l’indignation. Seuls pouvaient comprendre ceux qui commençaient de se laisser entraîner dans le mouvement de la miséricorde.

Mais la miséricorde nous dépassera toujours. Il nous est difficile de percevoir cette forme d’amour qui consiste pour quelqu’un à vivre la misère de l’autre comme si elle était la sienne. Dans la parabole de l’enfant prodigue, le fils aîné a bien du mal à entrer dans ce mouvement de miséricorde à l’égard de son frère de retour après avoir dilapidé tout son bien. La parabole s’achève sur ce mot du Père au fils aîné : « Ton frère que voici était perdu et il est retrouvé. » Même si elle est difficile, Jésus nous invite à vivre cette démarche. Sans miséricorde, il n’y a pas de réconciliation vraiment possible.

Tout au long de l’année, nous serons invités à nous interroger, à réfléchir, à poser des actes de miséricorde et de réconciliation.

En Eglise nous témoignerons de la miséricorde de Dieu

L’Eglise a reçu mission du Christ de témoigner de la miséricorde de Dieu. Tout ce qui dans le nouveau testament tourne autour de la fondation de l’Eglise, de sa mission, de l’envoi des Apôtres et des Disciples, porte un contenu de pardon, de réconciliation, de récapitulation dans l’amour qui vient du Père et dont le Christ lui-même s’est fait le témoin. Saint Paul avait une vive conscience de cette mission. Dans la lettre qu’il adresse aux Corinthiens, il définit son ministère comme « une ambassade de réconciliation » (2 Co 5,20). Il passe lui-même beaucoup de temps à tenter de réconcilier des frères séparés par un différent ou des communautés divisées.

Tout au long de l’année, nous serons invités à mieux comprendre que nous sommes habilités par le Christ pour témoigner, dans l’Esprit, de la miséricorde du Père dans tous les lieux de conflits, de séparation. Saisir ces lieux, souffrir de ces divisions, ne suffirait pas. Nous sommes « le peuple de la réconciliation » voulu par le Christ. Ce service ecclésial qui nous est confié nous demande de maintenir comme un défi que le pardon est possible, d’annoncer ensemble, par nos actions et nos paroles, que la miséricorde est entrée dans ce monde avec le Christ au terme d’une immense et merveilleuse préparation racontée dans l’Ancien Testament. Nous avons aujourd’hui à montrer le Christ dans sa puissance d’amour, de miséricorde, de pardon.

Envisageons avec confiance cette année de la Réconciliation.

Toutes les paroisses du diocèse, les communautés, les services et les mouvements sont donc invités à entrer dans cette démarche et à envisager avec confiance cette année de la Réconciliation.

Le champ de la réconciliation est vaste. Il nous faudra l’explorer. Nous découvrirons que le Christ nous invite à nous réconcilier peut-être d’abord avec nous-même, avec la vie, avec nos parents et nos voisins, avec nos adversaires, entre nous dans l’Eglise, et ailleurs encore. Il nous invitera à demander le pardon à nos frères et à Dieu lui-même. Il nous invitera à l’accueillir dans une démarche libératrice.

Les prêtres ont reçu le pouvoir de réconcilier avec Dieu. Tous les pécheurs pardonnés reçoivent en leurs mains la puissance de réconcilier qui vient de Dieu. Nous sommes chargés de mettre en œuvre la grâce de la réconciliation.

Je souhaite que cette année de la Réconciliation vous permette de contempler cette dimension merveilleuse de notre identité chrétienne. Nous sommes ambassadeurs de réconciliation et la force du Christ nous est remise. Je souhaite que tous nous retrouvions les chemins de la réconciliation avec nos frères. Je souhaite que tous nous osions, quoiqu’il nous en coûte, vivre la démarche pénitentielle, source de réconciliation avec Dieu.

Des moyens et des temps vont nous être offerts.

Pour vivre cette recherche, entrer dans cette démarche, des outils pédagogiques vous seront remis et des temps de formation vous seront proposés par le Service diocésain de la Formation et le Service diocésain de Pastorale liturgique et sacramentelle.

  • Au tout début de l’année pastorale, vous pourrez disposer d’outils pédagogiques, de fiches, pour vous aider dans la constitution et les rencontres d’équipe de réflexion. Je demande aux E.A.P. de favoriser la mise en place de ces équipes dans tous les relais. Il s’agit de poursuivre ce que nous avons fait pour « Aller au cœur de la foi. » Dans toutes les écoles, les groupes de catéchèse, les mouvements, une attention particulière sera donnée à ces thèmes de la miséricorde, de la réconciliation, du pardon.
  • Le Service diocésain de la Formation Permanente a déjà orienté ses propositions de formation sur ce thème de la Réconciliation. En participant aux soirées ou journées proposées, vous pourrez élargir la réflexion faite dans les équipes de relais ou de mouvement. Les prêtres et les diacres eux-mêmes seront invités à cet approfondissement dans les journées habituelles de formation et dans la grande rencontre diocésaine du mardi de la Semaine Sainte.
  • Le temps du Carême sera un moment favorable pour poser des actes concrets de réconciliation avec nos frères et avec Dieu. Depuis quelques années, certaines paroisses ont proposé des temps et lieux adaptés pour permettre une démarche renouvelée. Je vous invite à élargir ces expériences à toutes les paroisses. Elles ont permis à de nombreuses personnes de retrouver le chemin du pardon sacramentel. Ce sacrement de la Réconciliation sera proposé aux jeunes lors des journées de réflexion, de catéchèse, de pèlerinage, de rassemblement. Nous redonnerons leur sens premier aux nombreux Pardons du diocèse. Pour mettre en place ces célébrations, les « Orientations doctrinales et pastorales » du rituel du sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation nous offrent de nombreuses possibilités.

Je confie cette année de la Réconciliation à Notre Dame de Toute-Aide. Que Marie qui a daigné visiter notre diocèse nous visite encore pour nous aider sur ce chemin de la miséricorde et du pardon. Elle n’a jamais haï personne même pas dans les heures où l’on conduisait son fils au calvaire. Elle n’a été que compassion pour ceux qui le crucifiait. Aujourd’hui, elle nous inspire les mêmes sentiments en nous rappelant que la réconciliation est un don à recevoir.